Le CNRS  SHS  Autres sites CNRS  English

Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

 Accueil > Ressources en ligne > Les archives de la Lettre de l’IHTP > La Lettre de l’IHTP n°6, octobre - novembre 2010


La Lettre de l’IHTP n°6, octobre - novembre 2010

 




N° 6, octobre – novembre 2010


« La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit. »

Victor Hugo, « Les Djinns », Les Orientales, 1829.




La rumeur… Objet total, la rumeur fait surrection dans l’actualité depuis quelques temps. Rumeurs sur le couple présidentiel français, devenues objet d’études pour ce Centre de « recherches » si particulier qu’est la DCRI, rumeurs de départ du Premier Ministre, elles n’en sont pas moins un objet d’études dont l’Institut s’est saisi de façon fréquente par le passé, avec un très bel article de Nicolas Werth sur les rumeurs apocalyptiques en URSS, et un travail sur les rumeurs dans les rapports du SD intégré dans Croire et Détruire. La rumeur enseigne beaucoup sur celui qui la propage et sur celui qui la croit.
Plus proche encore de nous, l’Institut a fait l’objet de rumeurs quant à sa santé et ce notamment dans un entretien donné à Historiens et Géographes par un universitaire, ancien membre de son réseau de correspondants, qui y propage l’étonnante nouvelle de notre implosion, et de l’échec d’une enquête de correspondants sur la guerre d’Algérie. Et c’est bien de fait sur cette rumeur-là que nous voudrions nous arrêter, car en effet elle enseigne beaucoup…
L’Institut, ainsi, aurait implosé : Si l’implosion, c’est délaisser les approches résistancialistes, c’est comprendre que l’histoire de la France occupée nécessite de parler l’allemand et réinsérer, comme le fait l’Institut, l’occupation française dans l’Europe en guerre, alors oui, nous le confessons : nous avons implosé. De même que nous reconnaissons que l’historien en question ne peut, tout absorbé qu’il est par ses recherches, se tenir au courant des publications portant sur la guerre d’Algérie, et qu’il est ainsi tout excusé d’avoir laissé passer la publication de l’enquête des correspondants par Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche chez Autrement (1) et qu’il ne peut non plus se renseigner sur l’exsangue activité de l’Institut, reflétée par le site Web depuis désormais pratiquement dix années.
Nous confessons aussi notre « place marginale » dans le paysage historiographique français. La discrétion de notre notation par l’AERES, le recrutement d’une nouvelle chercheuse, la mise en place de réseaux internationaux et nationaux constituent sans doute autant d’indices trompeurs, à la limite de l’usurpation, pour le lucide historien. On lui sait gré de sa fulgurance diagnostique…
Assez souri : sachons lui opposer, pour finir sur la rumeur qu’il a matérialisée, ces quelques mots du poète guerrier :

« La poésie est pourrie d’épileurs de chenilles, de rétameurs d’échos, de laitiers caressant, de minaudiers fourbus, de visages qui trafiquent du sacré, d’acteurs de fétides métaphores, etc.
Il serait sain d’incinérer ces artistes
. » (2)


1. Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault (dir.), La France en guerre, 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d’indépendance algérienne, Paris, Autrement, 2008. (coll. Mémoires Histoire).
2. René Char, "Moulin Premier", XLVII, in Œuvres complètes, La pléiade, 1983, 1500 pages, ici p. 74.

Christian Ingrao


A propos du dictionnaire sur l’historiographie, à paraître en octobre :
Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies. Concepts et débats, I et II, Gallimard, 2010.

Voir aussi la rubrique "Publications"

Introduction :
Historiographies : un état des lieux (Extraits)

Les historiens de métier n’ont jamais eu le monopole de l’écriture de l’histoire. Le passé appartient à tous et les appropriations qui en sont faites ont toutes leur propre légitimité, qu’il s’agisse de celles des essayistes, des romanciers ou encore des fêtes néo-celtes ou néo-médiévales. La présence du passé dans l’espace public n’est certes pas une nouveauté mais, depuis une trentaine d’années, elle gagne en force et en intensité. Aussi ce dictionnaire entend-il répondre au besoin de faire le point sur l’histoire comme discipline qui produit des connaissances mais, aussi, à celui de mettre en perspective les usages contemporains du passé.
Il a, en outre, l’ambition de combler une lacune. Après 30 ans de débats, d’importantes remises en cause, de renouvellements, l’heure nous semble venue d’un nouvel état des lieux. Pour autant, cet ouvrage n’est pas celui d’une école, il admet le pluralisme interprétatif qui s’est imposé dans l’historiographie française au cours des trois dernières décennies et le lecteur attentif pourra y voir en actes certains des clivages qui parcourent, parfois de façon discrète, parfois de façon affirmée et publique, la communauté des historiens.

Si le passé revient ainsi en force, c’est que notre temps semble connaître un dérèglement des mécanismes de la mémoire et de l’oubli qui signe peut-être une crise de la perception collective de l’avenir. Certes, jamais le futur n’a été certain, jamais il n’a été d’avance écrit. Mais la société a pu avoir, à d’autres époques, des visions plus assurées du devenir commun, que celles-ci reposent sur la projection du développement continu et harmonieux de la nation ou sur le triomphe d’une classe libératrice. Ces visions du futur ont joué un rôle essentiel dans la lecture de l’histoire. Elles indiquaient ce qui devait être retenu ou bien écarté du champ de l’analyse comme de celui du récit. Elles permettaient d’écrire une histoire animée d’un sens fort, déterminée par sa fin escomptée, une histoire téléologique.
Multiplication des commémorations, élargissement continu de la notion de patrimoine, convocation de toutes les mémoires et de toutes les histoires, actualisation du passé, autant de manifestations qui ont retenu l’attention des historiens, à la fois comme objets en tant que « lieux de mémoire » et comme terrains pour appréhender autrement l’histoire et la lire aussi à travers ses représentations et ses interprétations sédimentées. L’historicité – c’est-à-dire le « rapport social au temps » – est devenue, depuis les années 1980, un chantier majeur de l’histoire au point de redéfinir l’identité de la discipline par son rapport privilégié au temps. Longtemps thématisée par les seuls philosophes, la notion, en elle-même, est ancienne. Pour les sciences sociales, il revient à des anthropologues de l’avoir, parmi les premiers, rendue opératoire. Ce questionnement est repris à nouveaux frais, dès le début des années 1980, par l’anthropologue Gérard Lenclud et l’historien François Hartog qui proposent alors, en reprenant notamment des travaux de Reinhart Koselleck, la notion de « régime d’historicité » pour rendre compte des différentes « formes d’expérience du temps. »
En ce sens les interrogations sur l’historicité se trouvent au carrefour des mutations récentes de l’historiographie. L’autre dimension est plus interne à l’écriture de l’histoire elle-même : explorant l’historicité des formations sociales qu’il étudie, – même si celles-ci relèvent du présent – l’historien se doit, plus que jamais, de penser l’historicité propre de son travail et l’historicité de toute mise en catégories des réalités sociales du passé. Ainsi prendre au sérieux le temps des sociétés et des acteurs conduit-il l’historien à une interrogation épistémologique et historiographique plus ambitieuse et plus chargée d’enjeux que précédemment.
Le « détour historiographique », auquel participe ce dictionnaire, a pour ambition d’exhumer la pluralité des écritures de l’histoire afin de mieux comprendre le prix payé par chacune des ruptures opérées pour que le discours historique conforte son autonomie et son régime de vérité singulier. L’interrogation sur les notions et concepts dont ont usé les historiens ne peut plus aujourd’hui faire l’économie du détour par le passé de la discipline, non à des fins d’auto-commémoration, mais afin d’entrer de plain-pied dans une nouvelle ère, celle du moment « réflexif » de l’opération historique. C’est à cette condition que l’historien sera en mesure de rouvrir les potentialités de son présent à partir des possibles non avérés du passé. Sa fonction reste donc bien vivante et le deuil – qu’il doit accompagner – des visions téléologiques peut ainsi devenir une chance pour penser le monde de demain.
Ce « détour historiographique » peut en particulier aider à mieux prendre la mesure des déplacements conceptuels et des nouvelles pratiques de recherche qui ont, plus explicitement que par le passé, installé la discipline dans un régime de pluralisme théorique revendiqué. Parmi ces changements il faut signaler en particulier le choc épistémologique du linguistic turn et du postmodernisme, le « tournant culturel », l’affirmation de la gender history et des différents champs d’application des Cultural Studies (comme les Subaltern Studies et les Post-colonial Studies), les nouveaux dynamismes de l’histoire politique, les reconfigurations de la global history et le désenclavement planétaire accéléré des historiographies nationales qui alimentent, chacune à leur manière, la nouvelle sensibilité « compréhensive » de la discipline toute entière.
Christian DELACROIX, François DOSSE, Patrick GARCIA, Nicolas OFFENSTADT


Agenda

Le laboratoire présente ses prévisions de séminaires et activités pour les mois d’octobre et novembre.



- Le 1er octobre, se tiendra le Séminaire Histoire de la mode. Farid Chenoune parlera d’Yves Saint Laurent.
Farid Chenoune est historien de la mode. Il a été commissaire associé pour l’exposition sur la rétrospective de l’œuvre d’Yves Saint Laurent, qui a eu lieu au Petit Palais, à Paris, du 11mars au 29 août 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La présentation et le programme du séminaire



- Du 28 septembre au 1er octobre, se tient à Berlin le 48ème Congrès des historiens allemands. Avec Dieter Gosewinkel, Peter Schöttler organise à Berlin une « section » sur le thème « L’Europe antilibérale » ; avec le commentaire de Henri Rousso. Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Lire la suite
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le site du congrès

- Du 4 au 5 octobre, aura lieu à l’Institut Français de Vienne (Autriche) la suite d’une série d’ateliers organisés par un groupe de recherche intitulé La philosophie des sciences en Autriche et en France au XXe siècle : histoires croisées, héritages, réceptions et influences réciproques. Peter Schöttler y présentera une communication sur le physicien, philosophe et diffuseur scientifique Marcel Boll qui joua un rôle clé dans la réception du « Cercle de Vienne » en France pendant l’entre-deux-guerres. Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le site de l’institut

- Les 6 et 7 octobre, à l’occasion du 40ème anniversaire de l’Université François Rabelais de Tours, a lieu un colloque international : Un passé pour quel avenir ? L’histoire des universités : quelles perspectives ? Peter Schöttler donnera une conférence : « Les universités germaniques face à leur histoire ». Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Lire la suite
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le programme du colloque

- Du 14 au 17 octobre, Les Rendez-vous de l’histoire, à Blois, avec
pour thème de cette 13ème édition, « Faire Justice ».
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le site des Rendez-vous de l’histoire


Comme l’an passé, dans le cadre du "Cycle cinéma", Les Rendez-vous de l’Histoire et l’IHTP se sont associés pour décerner le Prix du film de fiction.

Comment le film s’approprie-t-il l’histoire au présent et peut-il nous aider à penser cette histoire ?
Créé en 2009 sous le parrainage de l’Institut d’Histoire du temps Présent (IHTP-CNRS), le Prix du film de fiction pour l’histoire du temps présent entend distinguer, au sein de la production cinématographique de l’année, un film qui articule un propos sur la société autour d’une problématique historienne. Dans une perspective extensive, ne se limitant a priori au XXe siècle, il s’agit de promouvoir une réflexion et une écriture cinématographiques sur la temporalité.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le Prix du film de fiction




Les chercheurs de l’IHTP participent aux différentes manifestations proposées par les Rendez-vous, salon du livre ; débats, tables rondes et communications, cycle cinéma ; expositions ; spectacles ; etc.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir en détail


- Le 19 octobre, au château de Vincennes, Anne-Marie Pathé et Fabien Théofilakis participent à la Table ronde organisée par le Service historique de la Défense, Les prisonniers de guerre Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le site
Le programme Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La table ronde

- Le 18 novembre, de 18h à 20h, reprise du Séminaire Histoire culturelle du cinéma, à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) – Galerie Colbert - 2 rue Vivienne ou 6 rue des Petits-Champs, 75002, Paris – Métro : Bourse ou Palais-Royal, en salle Pierre Demargne (rez-de chaussée).
Christophe Gauthier, Anne Kerlan et Dimitri Vezyroglou présenteront la séance introductive.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La présentation et le programme du séminaire

- Le 23 novembre, première séance du séminaire Comprendre le XXe siècle des musées.
Le séminaire, organisé par Agnès Callu, se tient le mardi, 18h à 20h, à la salle EPHE de l’INHA - 2, rue Vivienne, 75002 Paris.
Cette séance aura pour thème « Objet(s), méthode(s) et historio-bibliographie(s) » et sera composée de deux interventions :
* Enjeux et perspectives, par Agnès Callu ;
* L’IMEC et les fonds d’artistes, par Yves Chèvrefils-Desbiolles.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La présentation et le programme du séminaire


- Après la publication sur le fonds Mongrédien [Anne-Marie Pathé, Yann Potin, Fabien Théofilakis, Archives d’une captivité, 1939-1945, Éditions Textuel, 2010], et en préalable au colloque international sur la captivité au XXe siècle (manifestation organisée en partenariat IHTP - Service historique de la défense), Anne-Marie Pathé et Fabien Théofilakis participent à une table ronde sur les prisonniers de guerre, cf. ci-dessus, "Hors les murs", 19 octobre.

- Liste des dernières acquisitions de la bibliothèque.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La liste des ouvrages



- Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies. Concepts et débats, I et II, Gallimard, 2010.
Sortie prévue le 7 octobre.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir plus Tome I
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir plus Tome II
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La liste des auteurs






- Christian Ingrao, Croire et détruire. Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Fayard, 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir plus










- Malika Rahal, Ali Boumendjel. Une affaire française. Une histoire algérienne. Biographie, Les Belles Lettres, « L’histoire de profil », 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir plus






- Fabien Théofilakis, « Société française et prisonniers de guerre allemands au lendemain de la guerre (1944-1948). Représentations sociales et contacts à l’échelle de la Gironde », in Pernot, François ; Toureille, Valérie (dir.), Lendemains de guerre... De l’Antiquité au monde contemporain : les hommes, l’espace et le récit, l’économie et le politique, P.I.E. Peter Lang, Bruxelles, 2010, p. 195-203.



- Vincent Auzas et Van Troi Tan (dir.), Patrimoines sensibles : mots, espaces, pratiques, coll. « Patrimoine en mouvement », Presses de l’université de Laval, 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La présentation de l’ouvrage









Foules, événements, affects
- Van Troi Tran (dir.), "Foules, évenements, affects", Conserveries mémorielles, n°8, 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14La présentation de l’ouvrage











- Appel à communication
* Un colloque Histoire du temps présent se tiendra les 24 et 25 mars 2011.
Rappel : Les propositions de communication sont à adresser avant le 28 octobre 2010. Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le texte de présentation

* Rappel : Les propositions de contribution aux journées d’études sur les administrations coloniales (21 janvier 2011) et sur la décolonisation (mars 2011) peuvent être envoyées jusqu’au 30 octobre 2010.
Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Le projet de recherche

- A venir
Colloque les 1er et 2 décembre : La Moviola et les cimaises. Usages et pratiques des images animées en contexte patrimonial : des dispositifs à l’épreuve des publics.
Informations à venir sur le site du laboratoire Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Voir




Pour consulter les Archives de la "Lettre de l’IHTP". Histoire culturelle du cinéma, table des matières 2013-14Lettre


Si vous souhaitez vous abonner ou vous désabonner à cette Lettre, veuillez adresser un message à l’adresse ihtp@ihtp.cnrs.fr en indiquant l’objet de votre démarche


La Lettre de l’IHTP
Institut d’Histoire du Temps Présent
CNRS – UPR 301
59/61 rue Pouchet
75849 Paris cedex 17
http://www.ihtp.cnrs.fr/

Directeur de publication : Christian INGRAO
Rédacteur en chef : Nicolas Schmidt

 

Acquisitions, juillet 2010 - 1.3 Mo


Patrimoines sensibles - 935.3 ko


Croire et détruire. - 32.3 ko


Table ronde, SHD, 19.10.10 - 105.3 ko


Historiographies - Auteurs - 79.2 ko

 

 

À lire dans la même rubrique :

 

 

CNRS
Annuaire
Rechercher
Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Mentions légales
Crédits
RSS
Essai podcast