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Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

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Le témoignage dans l’histoire française du temps présent

par Danièle Voldman

 

En
France, la réflexion sur le témoignage et sur la possibilité pour les historiens d’utiliser comme source les dires d’individualités
instaurées en témoins a été constitutive de l’émergence
et de la définition de l’histoire du temps présent, tant sur le
plan académique que méthodologique. À partir des années
1980, pour se différencier de l’histoire contemporaine, l’histoire du
temps présent s’est définie comme celle d’une période chronologique
au cours de laquelle coïncidaient le moment étudié et celui
de son étude
[1].

Il ne s’agissait pas d’une rupture épistémologique dans la discipline.
Les adeptes de cette manière de faire l’histoire ne se sont pas fait
faute de rappeler la permanence de cette préoccupation. Ils se sont abrités
derrière les grands exemples des maîtres ayant travaillé sur le temps qu’ils vivaient en même temps qu’ils l’élucidaient,
de Thucydide à Tite-Live, de Marc Bloch à Pierre Renouvin. Mais
l’évolution épistémologique et institutionnelle de l’histoire
depuis la fin du XIXe siècle, induisait une appellation spécifique
pour nommer la partie la plus récente de l’histoire contemporaine. L’école
historique française, centrée sur l’Europe occidentale, se distingue
en effet par un découpage en séquences finies, commencées
et terminées par un événement daté formant passage,
dilaté dans le cas des grandes invasions entre l’Antiquité et
le Moyen ge, plus resserré pour la découverte de l’Amérique,
césure entre le Moyen ge et les Temps modernes. La période contemporaine
commençant avec la Révolution, à la fin du XXe siècle,
deux cents ans après l’événement, il y avait une nécessité méthodologique à trouver un facteur de différenciation
à l’intérieur de cet ensemble chronologique pour affiner une périodisation
marquée par la rupture des événements révolutionnaires.
Une nécessité de distinction académique, aussi, vis-à-vis
des dix-neuviémistes et des premiers vingtiémistes, comme vis-à-vis
des sociologues et des politologues. Si l’on admet l’obligation, discutable,
de donner des appellations figées aux grandes séquences historiques,
on pourrait même imaginer un nouveau nom pour la période 1789-1989
(période des industrialisations ?, des États-nations ?), et garder
provisoirement période contemporaine pour les débuts du troisième
millénaire. Mais ceci est un autre propos.

Sans revenir sur les points abordés par les articles de Pieter Lagrou
et Henry Rousso du présent dossier, rappelons qu’à prendre à la lettre l’appellation « temps présent », cette histoire
a un caractère fondamentalement évolutif. Celle que l’on faisait
il y a vingt ans n’est plus exactement la même que celle faite maintenant.
De ce point de vue, l’histoire du temps présent perd le caractère
fini des autres périodes : sans commencement ni fin autre que le moment
où elle s’écrit, en perpétuel devenir, doublement inachevée,
parce que son écriture est contemporaine des événements
analysés et que les acteurs de cette histoire sont toujours vivants.
Cette particularité, répétons-le, n’est pas neuve. Mais
elle a pris une acuité en raison de la professionnalisation du métier
au cours du XXe siècle. Dans cette période, toujours plus préoccupés
de scientificité et d’objectivité, soucieux de bien administrer
les preuves, s’entourant de précautions méthodologiques garantes
de leurs démonstrations, les historiens ont peu à peu effacé ce qui semblait naturel et évident pour leurs prédécesseurs
 : quel que soit son objet et la période considérée, l’histoire
pose et se pose les questions de son propre temps et de son propre présent.

Aiguillonnée par l’essor d’une « histoire orale » à l’écoute des exclus et des marginaux, comme des faibles producteurs de
traces écrites, l’histoire du temps présent a eu recours au témoignage
au point d’en faire une de ses marques
[2].
Il y a plusieurs raisons de revenir sur la question du témoignage au
moment où, comme le dit Pieter Lagrou, l’histoire du temps présent
des années 1980 est déjà du passé. La première
concerne les chantiers de recherche qui ne s’arrêtent pas à la
période chronologique de la fin du long second après guerre. L’histoire
de la Ve République française, comme celle de la Guerre du Golfe,
de la politique extérieure des États-Unis ou de la dislocation
de l’Empire soviétique est en train de s’écrire, déplaçant
le curseur du temps vers l’aval. La deuxième tient à l’importance
prise par le témoignage dans les sociétés contemporaines,
vivant à « l’ère du témoin », selon la belle
formule d’Annette Wieviorka. Tout n’a pas encore été dit de la
tension entre le discours historique, légitimé par sa volonté de scientificité et la parole potentiellement infirmative d’un individu
disant « ce n’était pas ainsi, j’y étais ». La troisième
est liée à la diffusion planétaire et en temps réel
(par la télévision et les réseaux télématiques)
de l’information, parallèle à un apparent besoin d’histoire de
la société et à une utilisation massive par l’ensemble
du corps social de traces mémorielles, plus ou moins instrumentalisées
selon les lieux, les groupes et les circonstances.

Depuis le début des années 1980, tandis qu’une partie des interrogations
concernant « l’histoire orale » est restée sans réponse
totalement satisfaisante, une autre part du débat a été clarifiée. Parce que les sciences sociales, se répondant les unes
les autres, ont porté leur effort sur la distinction entre les pratiques
et les méthodes employées, ethnologues, anthropologues, sociologues,
archivistes et historiens ont mieux circonscrit leurs champs d’intervention
et cerné « l’inventaire de leurs différences ». Pour
les historiens, il n’y a plus à justifier le recours à l’histoire
orale, vaste contenant où se glissent l’utilisation des sources orales
en général et celle du témoignage en particulier. À propos de ce dernier, demeurent trois types de problèmes, bien connus
de tous ceux qui travaillent sur le temps présent et auxquels chacun
apporte des solutions variées.

D’abord, la définition du témoignage. Pris comme une source, il
sert à l’administration de la preuve. Renaud Dulong définit le
témoignage oculaire comme « le témoignage qui s’engage à rester stable sur la présentation qu’il a donné des faits »<A
NAME="to3">
[3].
Selon cet auteur, le témoignage est donné une fois pour toutes,
sans variation possible Mais que se passe-t-il quand un témoin revient
sur ce qu’il a déjà dit ? Est-ce simplement une nouvelle pièce
au dossier ? Autrement dit, de quel type de preuve le témoignage est-il
porteur ? Ensuite, le témoignage en histoire est sollicité pour
des faits (événements, ensemble d’événements, impressions,
éléments biographiques ) en général anciens. C’est
une parole de maintenant sur ce qui est advenu avant. Il s’agit donc de mémoire,
d’une présence du passé
[4].
Or, l’histoire n’est pas, ou pas seulement, présence du passé mais aussi, surtout, sens du passé. Les deux discours sont-ils antinomiques
 ? Le témoignage ne peut-il servir qu’à une histoire de la mémoire
 ? Enfin, le témoignage est la parole d’un individu. Or l’histoire, comme
la sociologie, s’occupe principalement du collectif. Même dans le cas
d’une biographie, les deux disciplines tirent d’un récit personnel des
régularités et des singularités. Comment peuvent se rejoindre
les études du collectif et de l’individuel ?

Le
recueil d’entretiens : archive, source, histoire

Dans
les premières années d’existence de l’IHTP, outre l’effort de
justification, académique et méthodologique, du recours à l’entretien dans l’écriture de l’histoire du temps présent, l’essentiel
du travail a porté sur une clarification de ce qu’englobait l’expression
« histoire orale ». Cela a abouti à la publication de La
Bouche de la vérité ?
[5] Le sous-titre La recherche historique et les sources orales énonçait
avec fermeté le parti pris. En se démarquant de l’histoire participative
anglo-saxonne comme des méthodes de la sociologie, il s’agissait avant
tout de revendiquer la possibilité de faire une histoire contemporaine
au sens premier du terme, en utilisant toutes les ressources documentaires disponibles<A
NAME="to6">
[6].
Le recours à la source orale, voire à l’archive orale recueillie
par une autre personne que l’utilisateur, participait d’une volonté d’invention
de la source, signe de la curiosité et de l’habileté de l’historien
qui s’y essayait. La réflexion sur l’emploi des mots « témoin
 » et « témoignage », affleurait dans les divers textes.
Mais elle restait hésitante. Préoccupés avant tout de montrer
la pertinence de ce type de source, les auteurs employaient sans pousser plus
loin, l’un ou l’autre de ces mots, synonymes d’informateur pour le premier et
d’information pour le second.

L’effort était centré sur la différenciation entre le recueil
producteur d’archive, le recueil producteur de source immédiatement analysée
et le recueil producteur d’histoire à dimension mémorielle et
identitaire. En ayant bien évidemment conscience que les cloisons ne
pouvaient être étanches entre ces trois catégories, on voulait
montrer qu’une campagne d’entretiens destinée à une utilisation
ultérieure par d’autres historiens avait une spécificité qui s’apparentait au travail archivistique. C’est ce qu’avait revendiqué le travail pionnier de Danièle Hanet et Dominique Schnapper sur le personnel
de la sécurité sociale ou celui de Odile Rudelle sur les milieux
politiques pendant la guerre d’Algérie
[7].
Cette voie est actuellement poursuivie par les Archives nationales et par les
Comités d’histoire des ministères et des administrations, qui
s’attachent à archiver des entretiens avec une méthodologie propre,
obéissant néanmoins aux règles de la diplomatique renouvelée
par la technologie de l’enregistrement et de la numérisation <A
NAME="to8">
[8].

La fabrication de sa source par l’historien du temps présent a conduit
à une réflexion sur le type de témoin et sur les conditions
de l’entretien, mot repris sans grande précaution de la sociologie. Il
était nécessaire de montrer comment l’entretien, caractéristique
du métier de l’historien du temps présent, devait être travaillé comme une source écrite. Du reste, souvent retranscrits, les entretiens
devenaient de l’écrit. À dire vrai, cela n’allait pas sans malaise.
Car en voulant se démarquer de l’histoire orale mise au service des exclus,
en tentant de sortir de la perspective sociologique, les historiens se sont
focalisés sur une défense de la méthode au détriment
d’une explicitation des présupposés. En particulier, les justifications
se sont centrées sur une importance par défaut du recours au témoin.
Tout s’est passé comme si l’utilisation de la source orale était
un pis-aller pour pallier le manque de sources écrites, soit en raison
de la fermeture des archives pour une histoire postérieure aux trente
ans réglementaires, soit parce que l’objet étudié — la Résistance étant emblématique — avait peu ou pas
produit de traces écrites.

De façon implicite ou explicite, la source écrite restait reine.
Mais puisque l’on affirmait la possibilité de faire l’histoire d’une
période sans recul temporel, on légitimait la scientificité de l’emploi de ces sources particulières. C’était, de ce point
de vue, un type d’entreprise similaire à celle menée par l’école
historique européenne de la fin du XIXe siècle, pour donner un
statut scientifique à la recherche historique. En cherchant à classer les témoins, les grands et les petits, ceux qui disent « je » et ceux qui disent « nous », ceux qui sont porteurs consciemment
et inconsciemment d’une mémoire de groupe ou individuelle, en plaidant
pour que l’histoire recueillie devienne une source destinée à être archivée, donc une archive, il y avait l’idée de procéder
comme cela avait été fait cent ans auparavant avec les sources
écrites. De ce point de vue, l’action des archivistes a été déterminante. Leur travail de constitution de recueils de sources orales,
entouré des meilleures règles de leur métier, a aidé les historiens à apprivoiser ce qui reste une source d’un genre nouveau.
Dédouanés de la suspicion d’être juges et parties, ils ont
pu mieux les manier.

Singularité du témoignage

Il
n’est pas tenable, scientifiquement, intellectuellement et humainement, d’utiliser
le témoignage, recueilli et archivé, seulement pour compléter
les lacunes des archives publiques ou privées. Ce n’est même qu’une
toute petite partie de la question. Reprenons-la donc. Quel est le statut de
la source orale dans l’histoire du temps présent ? Quelles sont les raisons
d’une gêne, exprimée ou non, mais perceptible dans beaucoup de
travaux ?
Les premières concernent l’administration de la preuve et sa fiabilité.
Du point de vue de l’accessibilité du matériel recueilli, les
objections sont désormais balayées par les efforts de ceux qui,
historiens et archivistes, ont depuis une bonne quinzaine d’années, uvré pour rassembler, étiqueter, rendre accessible ce type de document. Avec
l’extension des objets historiques vers des champs moins bornés par le
politique, les historiens ont pris l’habitude de travailler sur d’autres sources
que les écrits produits par l’État, ses administrations et toutes
les institutions et organisations issues de la société civile.
Tant que ces sources nouvelles restaient données de façon extérieure
à l’historien, leur pertinence est devenue acceptable par l’école
méthodique la plus rigoureuse. Les réticences se sont alors concentrées
sur leur intériorité et sur l’absence de distanciation de l’historien,
participant du même univers mental que ses objets d’élucidation.
Comment satisfaire l’objectivité historique quand l’historien lui-même
produit sa source ? La proximité du travail historique et de la méthode
sociologique a sans doute obscurci le débat. Quel que soit le type de
matériau, une critique interne et externe bien menée devrait le
suspendre. Il n’y a en effet ni plus ni moins de raison de croire « sur
parole » un texte ou une déclaration sollicitée. Aux historiens
d’exercer correctement leur métier, en s’entourant des précautions
habituelles et nécessaires à l’élaboration de leur raisonnement.

Les secondes raisons sont plus complexes et touchent directement l’histoire
du temps présent. Elles tiennent moins au recours à la source
orale, qu’à la question, bien connue des sociologues, des ethnologues
et des anthropologues, du « retour d’enquête » auprès
des enquêtés, considérés soit comme acteurs, soit
comme informateurs
[9].
Le statut d’acteur donne au témoin une posture de vérité et surtout de responsabilité qui lui permet de dialoguer sur un terrain
de rationalité discursive avec l’historien qui l’interroge. Même
si, lors de la restitution dans le travail historique, surgissent des conflits
d’interprétation, la parité de statut des interlocuteurs permet
aux fleurets de rester mouchetés
[10].
Les difficultés naissent quand le témoin, évidemment toujours
acteur, est néanmoins avant tout un informateur. Il peut à bon
droit, et pour des raisons variées, se sentir dépossédé de sa parole, instrumentalisée, hissée ou ravalée, c’est
selon, au rang de source.

De ce point de vue, la différence est grande entre un historien confronté à un renouvellement d’interprétation venu de ses collègues
et un autre, accusé par le témoin utilisé, de n’avoir pas
donné le bon sens de l’histoire. Ce dernier navigue entre un document
trop mort et un témoignage trop vivant dont la parole est constitutive
d’identité. Il doit concilier le respect pour les affirmations d’un témoin
et les contraintes de découvertes infirmatives. C’est toute la question
de l’histoire mise sous surveillance selon l’expression employée par
Marc Ferro et reprise par Pierre Laborie
[11].
Pour le premier nommé, « en France, l’histoire est censée,
pour les uns consolider l’unité de la nation et la légitimité de l’État, pour d’autres rechercher la " vérité " sur le passé, pour d’autres restituer à des communautés
particulières, leur identité, pour d’autres enfin, elle est censée
aider les citoyens à rendre intelligibles les mécanismes de la
vie économique et politique » ; ce que le second précise
en affirmant que l’historien doit désormais « conjuguer la conscience
civique à la triple obligation de sauvegarde de la mémoire, d’établissement
de la véracité des faits et de rigueur critique ». La différence
n’est pas entre l’écrit et l’oral, mais entre les assignations de l’histoire
et les aspirations des « historiés », entre l’absence des
morts à tout jamais silencieux et la présence des vivants, à tout instant libres de redire autrement.

À ces injonctions difficiles à concilier, s’ajoute en effet un
problème de taille. Qu’advient-il quand, contrairement à la définition
donnée par Renaud Dulong, un témoin revient sur ce qu’il a dit
 ? Qu’on arrive à en percer ou non le mystère, ce qui s’est passé ne peut être transformé. Le fait connu à partir du document
écrit est donné une fois pour toutes ; son interprétation,
quand à elle, peut en revanche varier
[12].
C’est ce qui permet à l’histoire d’évoluer dans ses interrogations
comme dans sa construction. La possibilité de changement de la source
orale, entendue ici comme présence du vivant qu’il écrive ou qu’il
dise, est le véritable fait nouveau dans l’histoire du temps présent.
Car la parole individuelle obéit aux variations du devenir, à l’évolution personnelle et aux changements sociaux et culturels. Qu’un
même témoin donne au cours de sa vie plusieurs versions d’un même
témoignage ne discrédite ni sa parole, ni le travail historique
fait à partir des traces plus anciennes. Contrairement au domaine judiciaire,
il ne s’agit pas dans ce domaine de la chose jugée une fois pour toutes,
mais d’un traitement simultané de ce qui se passe dans l’en soi du témoin
et de sa position dans le cours de l’histoire. La discipline historique n’a
pas été préparée à cette particularité ; elle peut néanmoins relever ce défi, continuer à donner
un sens au passé, sans récuser les dires changeants des témoins,
sans les accuser de mensonge, sans craindre leurs foudres ou leur contestation.

C’est pourquoi il est indispensable d’analyser les conditions dans lesquels
s’établissent le lien entre l’historien et le témoin et d’élucider
les conditions et les termes du contrat passé entre les deux protagonistes.
À partir des années 1970, la réflexion, englobée
dans tout ce qui a trait à l’historien sous surveillance, avait beaucoup
porté sur leurs rapports de don (l’interviewé donne sa version
de ce qui s’est passé) et de contre don (l’intervieweur la transforme
en histoire), un peu sur la confiance réciproque indispensable au bon
déroulement de l’entretien, à peine sur les aspects psychologiques
de l’opération, en particulier les mécanismes de transfert et
de contre-transfert, au sens des psychanalystes
[13].
Dans les années 1980-1990, quelques heurts entre producteurs de mémoire
et producteurs d’histoire ont incité à approfondir les analyses
[14].
Par le refus d’une distinction simpliste entre vivant/non vivant, « trop
nette pour être honnête », on affirme que tout type de source
mérite un traitement croisé. Par un retour sur la spécificité du témoin sollicité par l’historien ou sollicitant son concours,
on revient sur l’altérité de la parole, irréductible aux
autres traces traditionnellement utilisées.

« L’ère du témoin » ?

Quatre
phénomènes, de nature différente et sans liens apparents,
sont à rapprocher pour approfondir cette réflexion sur le témoignage
 : la tenue des procès, postérieurs à Nuremberg, contre
les criminels de la Seconde Guerre mondiale, inaugurée par le procès
d’Eichmann en 1961 ; l’institutionnalisation de l’histoire du temps présent
au crépuscule du XXe siècle ; la prise de conscience, surgie à peine quelques années auparavant, de la fin prochaine des témoins
ayant vécu les grands tourments de cet « âge des extrêmes
 »
[15] (les deux guerres et ses massacres, les totalitarismes et leur volonté de réécrire l’histoire) ; la diffusion du négationnisme.
Dans cette conjonction, prend place la réflexion d’Annette Wierviorka
sur l’importance du témoin et du témoignage dans l’histoire des
Juifs d’Europe. Dans sa présentation des Livres du souvenir, elle
montre que pour leurs auteurs, « témoigner est un acte de résistance
en ce qu’il s’oppose au projet nazi d’effacer toutes les traces de l’existence
des Juifs, et de conserver de l’extermination les images servant leur dessein
 »
[16].
Cette conception du témoignage n’est évidemment pas la seule qui
nous intéresse, elle coexiste avec les autres formes évoquées
plus haut. Pourtant, l’importance de l’événement dans l’évolution
des sociétés occidentales, le fait, aussi, qu’il ait été lié au domaine judiciaire, lui donne un statut paradigmatique. Si tous
les témoins n’ont pas ce rôle absolu de sauvegarde d’une négation,
ils en ont tous au moins un éclat.

Le passage à « l’ère du témoin » dans la deuxième
moitié du XXe siècle a des conséquences sur la pratique
de l’histoire. On peut les énoncer en plusieurs points.
Le premier a trait au statut de la vérité
[17].
Celui qui a vu, ce « témoin oculaire » si difficile à cerner pour les historiens, atteste que cela est vrai pour permettre à la justice des hommes de trancher. De ce point de vue, il y a télescopage
entre le témoin juridique et le témoin indispensable au passage
des générations et à leur conscience identitaire. Mais
la construction historique n’est pas la chose jugée et les régimes
de vérité de la justice et de l’histoire ne sont pas identiques.
Production de connaissance, cette dernière se déploie à côté des jugements, ce qui ne la met pas hors-jeu, bien au contraire.
Quel historien, du temps présent comme du temps passé, pourrait
nier les enjeux politiques de ses activités ? Le deuxième point
touche au changement du statut de l’histoire savante. Le recul relatif de l’analphabétisme,
la démocratisation tout aussi relative des sociétés contemporaines,
ont provoqué une réaction contre la professionnalisation de l’histoire,
en même temps qu’une attente démesurée vis-à-vis
des historiens promus experts en vérité. De façon contradictoire,
ceux-ci sont accusés de confisquer une partie de l’histoire à ceux qui l’ont vécue, directement ou dans la chaîne des générations.
Pourtant, ceux-là même qui estiment avoir à maintenir la
flamme mémorielle et subsidiairement à établir la vérité de l’histoire, sollicitent les historiens pour les aider dans leur entreprise
et légitimer leurs résultats. Enfin, troisième point, à l’ère du témoin, où la reconnaissance de la dette à l’égard du passé est sans doute plus généralisée
que dans d’autres temps, autant qu’est si important le registre de la parole,
l’histoire porte en elle de grands dangers que les promoteurs du devoir de mémoire
ont fort bien sentis. Menace de déconstruction des mythes, de déboulonnement
des héros, de rectifications déstabilisantes, de réajustements
douloureux, elle peut, avec ses vérités toujours et toutes bonnes
à dire, violemment heurter des personnes ou des groupes aux identités
autrement constituées.

En travaillant les témoignages, les historiens ont à satisfaire
des aspirations tout aussi bien parallèles, convergentes ou divergentes
 : écouter la parole des témoins pour sauvegarder la mémoire
d’événements devenus objets historiques, faciliter les liens entre
les générations et combler les besoins d’histoire pour objectiver
les racines, donner un sens au passé, ni obscurci, ni magnifié.
Il y a donc dans cette ère du témoin, qui valorise la parole,
un antagonisme, essentiel mais non rédhibitoire, comme un empêchement
non dirimant, entre l’histoire et la mémoire, les historiens et les témoins.

Ceci devrait conduire, se plaçant du point de vue des historiens et non
des témoins, à préciser le vocabulaire. Bien qu’en ayant
pris soin de distinguer les types de témoins — experts, acteurs,
informateurs, mandants, porte-parole, demandeurs, demandés —, on
a jusqu’ici laissé agir la polysémie des mots, agglomérant
témoignage écrit et témoignage oral, laissant dans l’ombre
la date de la « déposition », ne discutant pas le protocole
de l’entretien, réfugié dans l’application à dire l’importance
de la source et à lui donner un statut. Sans doute faut-il garder l’imprécision
et retenir le sens biblique du mot, « celui qui porte en lui la présence
 ». En l’occurrence, ce ne serait pas, bien évidemment, la présence
du divin, mais celle de l’autre ; l’autre de l’histoire, l’objet de sa quête,
le passé. En ces termes, il n’y a pas d’histoire sans témoins
et on ne peut faire l’histoire de notre temps sans recourir à eux.

Qui sont-ils, ces indispensables témoins à l’ère de laquelle
nous vivons ? Quelle place prennent-ils dans et pour l’histoire, quel emploi
veulent-ils et réfutent-ils, quelle fonction leur est donnée et
refusée ?
Les réponses à ces questions, qu’il est fondamental de poser à l’orée de toute recherche, sont d’une diversité aussi grande que
le type de sujet abordé (histoire des humbles et des élites, histoire
des entreprises et des médias, histoire des massacres et des guerres,
histoire des victimes et des bourreaux, histoire des sentiments et des modes
de vie, histoire des politiques et des institutions). Demeure un seul invariant.
Les témoins ont — et gardent quoi qu’il arrive — la liberté d’être ce qu’ils veulent être. Libres, ils le sont de dire et de
se dédire, de redire et de médire. Souverains dans ce qu’ils choisissent
de taire, de déformer ou de souligner. En aucun cas, ils ne sont des
faux témoins
[18].
La contrepartie est à la même mesure, laissant l’historien libre
de naviguer entre une source experte et une source suspecte, arrimé à l’indispensable critique de sincérité et d’exactitude. Ce qui
revient à souligner une fois encore le caractère fondamental du
protocole d’entretien, grâce auquel chacun sait qui il est, pour quoi
et pour qui il parle.

Contrat entre deux consciences, en somme, loin d’être toujours établi,
tant la clarté des intentions n’est pas la chose la mieux partagée.
Même si un abîme sépare l’obscur, persuadé d’avoir
couru derrière l’histoire, du haut personnage, convaincu de l’avoir faite,
l’entretien n’est jamais loin de basculer dans les embarras des manipulateurs
manipulés. Les déclinaisons des formes « manipulateurs »,
« manipulant », « manipulés », dérivent
du verbe manipuler pris dans son sens premier, non péjoratif, de « manier avec soin en vue d’expériences ou d’opérations scientifiques
ou techniques » (Dictionnaire Robert, 1967). Même, encore, si la
connaissance du sujet place l’historien en forte position de bonne écoute.
Hormis la boutade sur le manque de clarté des intentions, un accord préalable
clairement défini ne garantit rien de la suite, qui confronte les historiens
à l’incertitude de l’entretien, voire à celle du témoin.
Car, le seul fait d’être pressenti pour devenir « témoin
 », investit celui-ci, l’érige, comme porteur de vérité.
Voilà l’historien au milieu des écueils : comment laisser à l’individu sa vérité et son usage sans taire la sienne, comment
maintenir le cap qui consiste à transformer une histoire en pièces
en un morceau de l’histoire, avec ou sans l’assentiment de celui qui l’a confiée,
comment scruter le sens de ce qui est arrivé à l’un, unique, pour
en tirer du sens pour tous, comment écouter l’individuel pour comprendre
le collectif, comment en un mot s’approcher du nud de l’énigme tout en
la sachant irrémédiablement insolvable.

Des
pactes testimoniaux

Dans
la mesure où les travaux, réfléchissant, analysant ou utilisant
les témoignages se sont multipliés depuis l’éclosion de
l’histoire du temps présent, il nous reste à aborder la question
des différentes formes de leur appréhension à travers des
cas emblématiques, radicalement différents les uns des autres.
Avant de les décliner, il n’est pas inutile de rappeler deux constats.
La grande majorité des auteurs éprouvent encore maintenant le
besoin de justifier leur démarche, preuve que si le témoignage
est banalisé, quelque chose en lui résiste à la démarche
historienne
[19].
Par ailleurs, il est évident que son appréhension dépend
du type d’histoire entrepris. En fait, le choix de l’objet historique conditionne
profondément les rapports établis entre les historiens et les
témoins. Histoire douloureuse des massacres, histoire tue des basses
besognes, histoire identitaire de groupes sociaux, histoire glorieuse des héros,
histoire des réussites politiques et des élites, histoire grandiose
de projets économiques menés à leur terme, histoire d’échecs
en tous genres, histoire des sentiments et des représentations : on peut
énumérer à l’envi l’immensité des curiosités
historiques, qui entraîne à chaque fois des différences
de posture.

La palette est large des façons d’utiliser le témoignage, de la
tentative de traiter la parole comme de l’écrit, à celle qui installe
l’individu dans la majesté de sa subjectivité.
Dans une communication au séminaire sur la décolonisation tenu
à l’IHTP en 1999-2000, Jean-Charles Jauffret a relaté une des
façon possibles d’utiliser les sources orales dans « l’écriture
de l’histoire militaire de la Guerre d’Algérie »
[20].
Afin, dit-il, « d’éviter les dérives d’une histoire orale
non dirigée [...] nous avons établi un formulaire de 152 questions
[...] Ce document a servi de base aux entretiens au cours desquels les témoins
se sont exprimés librement », liberté cadrée néanmoins
par 17 autres questions « dites fermées ». Ici, non seulement
le témoin est enserré dans un double filet de questions, dont,
pour certaines, le témoin « n’a qu’un choix limité de réponses
 », mais les enquêteurs ont multiplié le nombre d’entretiens
pour éviter la non représentativité de l’échantillon.
Nous avons ici un recours au témoignage qui privilégie la recherche
des régularités et des différences, qui ne désire
pas s’attarder, pour eux-mêmes, sur les cas singuliers. Dans un nuancier
totalement opposé, Raphaëlle Branche tente de comprendre les motivations
et les réactions des soldats aux prises avec la torture pendant cette
même guerre
[21].
D’une recherche à l’autre, on passe de plus de 500 personnes sollicitées
à tout juste vingt-cinq anciens soldats « ayant fait l’expérience
de la torture, du côté des tortionnaires ». Dans le deuxième
cas, point de questions préalables, mais un protocole clair sur un sujet
difficile et la conscience d’être « au croisement de la subjectivité du témoin et celle de l’historien ». Autre différence de
méthode : d’un côté un entretien préparé par
un questionnaire abondant et fouillé, de l’autre, une incertitude revendiquée
sur la future conduite de l’entretien, une fois exposé, lors de la première
prise de contact, le sujet de la recherche sur les violences pendant la Guerre
d’Algérie. « Ils ne savaient pas ce que j’allais leur demander
et je ne savais en général pas s’ils avaient torturé des
Algériens, ou s’ils avaient seulement été des témoins
passifs de violence perpétrées par d’autres ». À cette première incertitude —les interlocuteurs n’ont pas été élus pour ce que l’historien sait qu’ils ont fait — s’ajoute celle
sur ce qui sera évoqué : « choisir de laisser dire, de laisser
surgir, de se laisser surprendre fut essentiel ». Ce sont bien là deux types d’utilisation de l’entretien, la recherche d’informations précises
et cadrée contre l’attention à un passé inconnu, pour la
première fois raconté.

Dans ces deux démarches emblématiques, le statut de la vérité n’est pas exactement le même. De plus, dans tous les cas de figure, entre
en jeu un « pacte testimonial », essentiel pour notre propos, sans
doute plus fondamental dans une histoire où la souffrance est le principal
enjeu
[22].
Il n’est, en effet, plus question, pour l’historien, de se demander si son interlocuteur
parle vrai, s’il a des raisons, conscientes ou non, de déformer son témoignage.
« Bien que présentant certaines similitudes avec l’écoute
analytique, l’écoute testimoniale en diffère sur bien des points,
dont les principaux sont le partage de l’expérience et le renoncement
à l’interprétation
 »
[23].
Ce qui n’exclut pas les mécanismes de transfert et de contre-transfert,
qu’il serait dangereux pour les historiens de méconnaître.

D’autant qu’ils interprètent, non pas, face au témoin, son histoire
individuelle, mais à partir de sa parole, celle d’autres personnes ou
groupes de personnes dont l’insertion sociale fut similaire. Ne sont-ils pas
là, ces historiens, pour donner, par leur écriture, du sens au
passé, lui en trouver un autre ou même le changer ? De ce point
de vue, une fois le témoin entendu, une fois le type d’histoire défini,
il y a bien une certaine instrumentalisation du témoin par l’historien.
Un équilibre fragile s’instaure entre une empathie qui peut contribuer
à la reconstitution d’identité et une distanciation indispensable
à la mise en histoire
[24].
Cette affirmation abrupte mérite débat, mais il vaut mieux la
formuler que l’esquiver.

Dans tous les types d’histoire, la question de la protection de la vie privée
des personnes concernées est posée. L’utilisation du témoignage
ne fait que la renforcer. On se servira, pour terminer, des propos de Jean-Marc
Berthomé sur la solitude des témoins
[25].
On a conscience que cet auteur étudie une parole particulière,
consécutive aux traumatismes concentrationnaires et génocidaires.
Toute proportion gardée, sommes-nous, pourtant, si loin des corpus de
témoignages d’électriciens-gaziers ou d’assureurs, exposés
dans La Bouche de la vérité ? « La parole du témoin
est objectivée, prise en charge, relayée. Elle devient un enjeu
de mémoire, de justice, de pouvoir, de savoir. N’est-ce pas là la condition de tout sujet parlant, qui, acceptant d’entrer dans le jeu de l’échange
symbolique, accepte du même coup qu’il devienne autre chose ? »
[26].
Qu’il devienne autre chose, c’est bien à quoi œuvre l’historien.
Mais cet autre chose enlève au témoin sa singularité, de
ce point de vue toujours dépossédé de sa parole, restant,
seul, avec son secret.

La
réflexion sur le témoignage dépasse et englobe les seules
discussions sur les sources orales. On a essayé de montrer que la différence
entre l’écrit et l’oral n’était pas fondamentale pour le travail
historique dans la mesure où chaque type de sources demande un traitement
approprié et spécifique. En revanche, la conscience d’un nécessaire
changement de posture face à une parole dite, ici et maintenant, peut
guider les historiens dans la façon complexe d’appréhender l’histoire,
cette quête d’un passé définitivement mort et pourtant toujours
vivant.


Notes :

[1].
Cet article est le fruit d’une réflexion commune à l’équipe
de l’IHTP. Je remercie tous les participants du séminaire interne de
l’Institut, qui y retrouveront mes emprunts, pour leurs suggestions.
[2].
Sur l’histoire de « l’histoire orale », Michel Trebitsch, « Du mythe à l’historiographie », in Danièle Voldman
(dir.), La Bouche de la vérité ? La recherche historique et
les sources orales
, Les Cahiers de l’IHTP, n° 31, p. 13-32.

[3].
Renaud Dulong, Le Témoin oculaire. Les conditions sociales de l’attestation
personnelle
, Paris, Éditions de l’École des hautes études
en sciences sociales, 1998.
[4].
Marie-Claire Lavabre, « Usages et mésusages de la mémoire
 », Critique internationale, n° 7, avril 2000, p. 37-48 ; « Histoire, mémoire, identité et culture politique », in Daniel Cefaï (dir.), Cultures politiques, à paraître
aux PUF en 2000.

[5].
Danièle Voldman (dir.), La Bouche de la vérité ? ,
op. cit.
[6].
Du point de vue historique, les deux ouvrages fondateurs sont Paul Thompson,
The Voice of the Past : Oral History, Oxford University Press, 1978 et
Philippe Joutard, Ces voix qui nous viennent du passé, Paris,
Hachette, 1983. Pour la sociologie, la bibliographie est abondante, citons la
mise au point commode de Daniel Bertaux, Les Récits de vie. Perspective
ethnosociologique
, Paris, Nathan, 1997. Également, Gaston Pineau
et Jean-Louis Le Grand, Les Histoires de vie, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1993.

[7].
Dominique Aron-Schnapper, Danièle Hanet, Sophie Deswarte, Dominique Pasquier,
Histoire orale ou archives orales ? Rapport d’activité sur la constitution
d’archives orales pour l’histoire de la sécurité sociale
,
Paris, Association pour l’étude de la Sécurité sociale,
1980 ; Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites »,
Actes du IVe colloque international d’histoire orale, CREHOP/IHTP, 1982.

[8].
Guide des Comités d’histoire et des services historiques, Club
des Comités d’histoire, mars 1999.
[9].
Pour une étude récente sur le dispositif d’enquête et son
retour, Isabelle Merle, « Des archives à l’entretien et retour
 : une enquête en Nouvelle-Calédonie », Genèses,
n° 36, septembre 1999, p. 116-131.

[10].
Un bon exemple dans la thèse d’Éric Lengereau, La Cinquième
République et la politique de l’architecture, 1958-1981. Les hommes,
les idées, les dispositifs
, université Paris I, décembre
1999. Egalement Jean-Pierre Lévy avec la collaboration de Dominique Veillon,
Mémoires d’un franc-tireur. Itinéraire d’un résistant
(1940-1944)
, Bruxelles, Complexe,1998.

[11].
Marc Ferro, L’Histoire sous surveillance, Science et conscience de
l’histoire
, Paris, Calmann-Lévy, 1985, p. 11 ; Pierre Laborie, « L’historien sous haute surveillance », Esprit, janvier 1994, p.
36-49.
[12].
Sur les variations d’un témoignage écrit, voir les travaux de
Florent Brayard, en particulier, « Un rapport précoce de Kurt Gerstein
 », Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem,
n° 6, printemps 2000, p. 69-88.

[13].
Michael Pollak, Nathalie Heinich, « Le témoignage », « La gestion de l’indicible » Actes de la recherche en sciences sociales,
n° 62-63, 1986, p. 3-29 et 31-53 ; Michael Pollak, L’Expérience
concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale
,
Paris, Métailié, 1990.

[14].
Karel Bartosek, Les Aveux des archives. Prague-Paris-Prague, 1948-1968,
Paris, Seuil, 1996 ; « Les Aubrac et les historiens. Le débat »,
Libération, 9 juillet 1997 ; Jean-Marie Guillon, « L’affaire
Aubrac ou les dérives d’une certaine façon d’écrire l’histoire
 », Modern and Contemporary France, vol. 7, n° 1, février
1999, p. 89-92.

[15].
Eric J. Hobsbawm, L’âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle
1914-19991, Bruxelles, Complexe, 1999.
[16].
Annette Wievorka et Itzhok Niborski, Les Livres du souvenir. Mémoriaux
juifs de Pologne
, Paris, Gallimard, coll. « Archives », 1983,
p. 15.

[17].
Cette question a été abordée lors d’un colloque sur le
vrai et le faux organisé au Collège international de philosophie
par Françoise Remaux. Danièle Voldman, « Le témoignage
et l’écriture de l’histoire », à paraître aux éditions
du CNRS en 2001. Une partie de la démonstration est reprise ici.

[18].
La question du supposé faux témoignage en histoire, illustrée
par plusieurs affaires récentes (Wilkomiski, Rigoberta Menchu, Aubrac)
a été abordée dans l’article cité à la note
précédente. Elle mériterait un travail à elle seule.

[19].
Un bon exemple dans William Guéraiche, « Archives orales, sources
historiques : l’exemple des femmes politiques », Histoire et archives,
n° 6, p. 145-149.
[20].
Jean-Charles Jauffret, « De l’écriture de l’histoire militaire
de la guerre d’Algérie », communication faite à une séance
du séminaire du groupe de recherche de l’IHTP « Conflits coloniaux
et post-coloniaux », le 28 février 2000.

[21].
Dans le cadre de sa thèse en cours, je remercie Raphaëlle Branche,
de m’avoir communiqué la partie qu’elle a rédigé sur « Les entretiens avec d’anciens soldats : une source pour l’histoire de la torture
pendant la guerre d’Algérie ».

[22].
Régine Waintrater, « Le pacte testimonial, une idéologie
qui fait lien ? », Revue française de psychanalyse, LXIV,
1, 2000, p. 201-210. L’ensemble de ce numéro, intitulé « Devoir de mémoire : entre passion et oubli » et coordonné par Jacques Angelergues et Eva Weil est utile pour notre réflexion. Sur
les liens entre psychanalyse et histoire, voir également, Diane Le Buf,
Roger Perron, Georges Pragnier, (dir.), Construire l’histoire, Paris,
PUF, 1998, collection des monographies de la Revue française de psychanalyse.

[23].
Régine Waintrater, « Le pacte testimonial », art. cité,
p. 208.
[24].
Michael Pollak, « Survivre dans un camp de concentration » entretien
avec Margareta Glas-Larson, commenté par Gerhard Botz et Michael Pollak,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 41, février
1982, p. 3-28.

[25].
Jean-Marc Berthomé, Recherche psychanalytique sur la survivance aux
traumatismes concentrationnaires et génocidaires de la Seconde Guerre
mondiale
, thèse pour le doctorat de médecine, université Paris XI, 1997.
[26].
Ibid., p. 397.

 

 

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