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 Accueil > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > Les « Nord-Africains » à Renault : un cas d’école de gestion coloniale de la main-d’œuvre en métropole


[ Du colonisé à l’immigré : des sujets contrôlés ]

Les « Nord-Africains » à Renault : un cas d’école de gestion coloniale de la main-d’œuvre en métropole

par Laure Pitti

 

Encadrement
de la main-d’œuvre « nord-africaine » en
métropole au début des années 1950 : si ce
dernier qualificatif est récurrent à cette époque, il
ne doit cependant pas prêter à confusion. L’on peut en
effet tout autant parler d’encadrement de la main-d’œuvre
algérienne (ou « française musulmane d’Algérie »
selon la dénomination institutionnelle), les Algériens représentant,
dans la première moitié des années 1950, plus de
90 % des immigrants d’Afrique du Nord en France métropolitaine.
La décennie 1946-1956 constitue, pour l’émigration algérienne
en France un tournant à double titre : celle-ci sextuple alors
(on compte ainsi 300 000 Algériens en France métropolitaine
en 1956 contre 50 000 dix ans plus tôt) ; et le nombre d’actifs
« nord-africains » recensés par le STMO (Service
du travail et de la main-d’œuvre) du ministère du Travail,
qui n’emploie pas d’autre catégorie dans ses décomptes,
double entre 1948 et 1956, passant de 89 000 à 186 000 personnes,
dont 92 % d’Algériens. Au 1<span
style='font-size:9.0pt;vertical-align:super'>er janvier 1956,
« plus d’un homme adulte algérien sur sept se trouve
en métropole », soit près de « 13 à
15 % de la population masculine adulte musulmane en Algérie »<span
class=MsoFootnoteReference>[1]
. Les secteurs industriels les plus concernés
par l’emploi des Algériens sont ceux dont l’activité
est alors en forte croissance, du fait de la reconstruction ou de l’évolution
des modes de production industrielle, tels le bâtiment et la construction
automobile.

Sur
ce double fond de hausse de l’émigration en provenance d’Algérie
et de reprise de l’activité industrielle, sur lequel Andrée
Michel par exemple insiste, dans son enquête sur Les Travailleurs
algériens en France
name="_ftnref2" title="">[2], la RNUR
(Régie nationale des usines Renault) peut apparaître comme exemplaire
à plusieurs titres : elle est, en France métropolitaine,
l’entreprise qui emploie « l’effectif de Nord-Africains
le plus important »<a
href="#_ftn3" name="_ftnref3" title="">[3]
au début des années 1950, composé en très grande
majorité d’Algériens. Elle se veut également, du
fait de son statut nationalisé, à la fois une entreprise pilote
de la modernisation industrielle et un laboratoire social name="_ftnref4" title="">[4] - et
l’on verra que ces deux éléments (recours accru à
une main-d’œuvre coloniale, d’une part, référence
nationale, d’autre part) ne sont pas sans lien. Enfin, sa principale
usine, à Boulogne-Billancourt name="_ftnref5" title="">[5], est
un bastion cégétiste, réputée forteresse ouvrière<span
class=MsoFootnoteReference>[6]
 : les grèves de 1947, par
exemple, où le slogan « Ramadier-ramadan-ramadiète »
suggère la présence massive de « Nord-Africains »
par la référence au culte musulman qu’il mobilise, y ont
été particulièrement dures title="">[7].

Les
deux brochures et l’extrait de journal, sur lesquels cet article s’appuie
plus particulièrement, se font l’écho de cette triple
exemplarité : Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'> et Le Problème « nord-africain »
à la RNUR
name="_ftnref8" title="">[8], deux
études que l’entreprise consacre aux « Nord-Africains »
dans la première moitié des années 1950, se veulent
des guides sur la façon d’« accueillir »
(le terme y est récurrent) ces derniers dans les entreprises et la
société métropolitaines ; « Pas de service
d’exception », article paru en 1952 dans L’Ouvrier
nord-africain de la Régie Renault
<span
class=MsoFootnoteReference>[9]
, journal de la Commission nord-africaine
du syndicat CGT de l’usine, et diffusé sous forme de tract, atteste,
par cette dénonciation même, de l’existence à Renault
de dispositifs d’encadrement propres aux ouvriers « nord-africains ».

Ces
trois documents bien qu’émanant de sources différentes,
permettent d’étudier non seulement ce que sont et comment fonctionnent
ces dispositifs mais également d’analyser les discours que la
Direction du personnel de ce qui est alors la plus grande entreprise française,
nationalisée qui plus est et, ce faisant, référence nationale,
développe à l’endroit de cette main-d’œuvre
qu’elle distingue systématiquement sous le terme générique
de « Nord-Africains » alors que celle-ci est, à
cette époque, partie intégrante de la main-d’œuvre
nationale, en théorie tout au moins. Les représentations qui
président à de tels discours, notamment la distinction réitérée
entre « Nord-Africains » et « Métropolitains »,
légitiment aux yeux de l’entreprise, on va le voir, la mise en
place de dispositifs d’encadrement spécifiques, qui mettent à
mal cette égalité en droit par une distinction de fait et montrent
combien le « système colonial » name="_ftnref10" title="">[10] inclut,
dans ses fondements idéologiques, non seulement les territoires coloniaux
mais également la métropole.

Après
avoir présenté les deux études émanant de l’entreprise
et analysé les motifs qui ont pu présider à leur publication
dans une période relativement courte (5 à 6 ans), j’étudierai
plus particulièrement la catégorie, récurrente, de « problème
nord-africain » - problème face auquel les dispositifs
d’encadrement mis en place dans cette période sont présentés
comme des solutions par la direction et dénoncés comme des « services
spéciaux », reproduisant « les méthodes
racistes des colonialistes » par le journal de la Commission nord-africaine
de la CGT.

Les
« Nord-Africains » dans l’entreprise, un objet
d’étude

Du
douar à l’usine
et Le
problème « nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'>, études dont la Direction du personnel et des
relations sociales de la RNUR<span
class=MsoFootnoteReference>[11]
a l’initiative, sont réalisées
dans un contexte où Pierre Lefaucheux, PDG de la RNUR de 1945
à 1955<span
class=MsoFootnoteReference>[12]
, et une partie de l’encadrement
s’interrogent fortement sur les questions de personnel et les relations
sociales au sein de l’entreprise - jusqu’à contribuer
à la mise en place d’un « service d’Études
des problèmes de personnel » en octobre 1953 title="">[13], dont on peut penser
qu’il est plus particulièrement à l’origine de ces
publications. Elles ont été éditées à plusieurs
reprises entre 1950 et 1956 et semblent avoir connu un large écho,
au-delà de l’entreprise elle-même, tant auprès des
employeurs que des spécialistes des questions « nord-africaines ».

Pour
preuve, Du douar à l’usine est
une première fois mis en circulation au sein de la Régie au
début des années 1950, sans qu’il soit possible de
déterminer avec exactitude la date de sa première publication.
Celle-ci est, dans tous les cas, à situer avant 1952 : si
cette première édition n’a pas été conservée
dans les archives de l’entreprise, on en connaît néanmoins
l’existence par les allusions qui y sont faites dans le numéro
de
L’ouvrier nord-africain de la Régie Renault
daté du 28 avril 1952, où il est question d’une
“brochure [présentée] par Monsieur Lefaucheux (Pour soigner
l’embauche)”
<span
class=MsoFootnoteReference>[14]
. Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'> est réédité par les Études
sociales nord-africaines en 1956, avec un avant-propos assurément nouveau
puisque placé sous le signe de la guerre, qualifiée de « douloureux
événements actuels »<span
class=MsoFootnoteReference>[15]
selon la terminologie officielle de
l’époque. Le Problème « nord-africain »
à la RNUR
<span
style='font-style:normal'>, quant à lui, est publié une première
fois en 1953, en septembre dans la revue L’Usine nouvelle,
sous le titre « Le problème des Nord-Africains dans les
usines Renault », puis en octobre dans les
Documents
nord-africains
<span
class=MsoFootnoteReference>[16]
. Il est réédité,
le 10 novembre 1954, dans une version réactualisée
et dactylographiée, portant comme indication « documentation
technique », donc vraisemblablement à usage interne<a
href="#_ftn17" name="_ftnref17" title="">[17].

Ces
études visent un public différent, ce qui fournit une première
explication au fait que la Régie publie, coup sur coup, deux études
spécifiquement consacrées aux « Nord-Africains »
et non une seule. Du douar à l’usine
porte ainsi, comme sous-titre, « à l’usage des cadres
et de la maîtrise » mais semble, par les thèmes abordés,
tels que l’embauche (présentée sous la rubrique « soigner
l’embauche »
name="_ftnref18" title="">[18]) ou
la gestion au quotidien des rapports hiérarchiques (déclinée
sous les rubriques « être chef au sens complet du mot »
et « savoir organiser l’atelier »<span
class=MsoFootnoteReference>[19]
), et par la didactique du chef mise
en avant, davantage s’adresser à la maîtrise qu’aux
cadres. Le Problème « nord-africain » à
la RNUR
y fait d’ailleurs référence
en présentant
Du douar à l’usine
comme « spécialement imprimée pour toute la maîtrise
de la RNUR »
<span
class=MsoFootnoteReference>[20]
. À l’inverse, ledit Problème
« nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'>, par sa structure de note de synthèse et l’inventaire
qu’il dresse des mesures mises en œuvre par l’entreprise
pour traiter de ce « problème », semble davantage
être destiné aux cadres de l’entreprise en charge de la
gestion du personnel voire, plus largement, aux autres entreprises employant
des « Nord-Africains ». Ses rédacteurs affirment
en effet, en guise d’entrée en matière, « combien
sont importants, pour la Direction de cette entreprise nationalisée,
les problèmes qui sont en général posés à
tout employeur de main-d’œuvre nord-africaine »<a
href="#_ftn21" name="_ftnref21" title="">[21].
La référence à la nationalisation confère un statut
d’exemplarité à la Régie, ainsi située d’emblée
comme entreprise-pilote en matière de gestion de la main-d’œuvre
« nord-africaine », ce qui peut d’ailleurs expliquer
que celle-ci s’emploie à actualiser et rééditer
les études qu’elle lui consacre.

Le
quotidien Le Monde s’en fait
l’écho, le 6 novembre 1954, soulignant que « les
résultats [des] observations [de la RNUR] sont valables pour les entreprises
placées dans la même situation », à savoir
employant des « Nord-Africains » car « [les]
conclusions [de ces rapports périodiquement mis à jour] valent
d’être connues alors que le gouvernement se préoccupe,
par l’intermédiaire de Monsieur Conombo, secrétaire d’État
à l’Intérieur, de trouver du travail aux 100 000 Nord-Africains
sans emploi et des conditions décentes de logement pour les 200 000 autres »
title="">[22]. Notons ici au passage
qu’en dépit de leur statut de citoyens français en métropole
et des mesures telles que l’arrêté du 26 juillet 1949,
enjoignant les employeurs à embaucher prioritairement des « Nord-Africains »
plutôt que de recourir à une main-d’œuvre étrangère,
le chômage touche plus fortement ces derniers que les “Métropolitains”,
voire les Européens en métropole<span
class=MsoFootnoteReference>[23]
. Plus largement, l’analyse des
« problèmes » posés par cette main-d’œuvre
et les solutions préconisées par la Régie sont donc considérées
par d’autres que l’entreprise elle-même comme exemplaires
et font de la RNUR, également en ce domaine, un laboratoire social,
tant pour l’ensemble des entreprises « métropolitaines »
que pour le gouvernement.

À
l’échelle de l’entreprise, les éditions et réactualisations
successives de ces deux brochures indiquent que les « Nord-Africains »
constituent un objet d’étude de premier plan et laissent à
penser, par la proximité temporelle de leur publication, qu’ils
représentent même, dans la première moitié des
années 1950, un des axes du programme d’études de
la RNUR en matière de « problèmes de personnel »
et de « relations sociales ». Cette focalisation sur
les « Nord-Africains » est tout d’abord à
mettre en relation avec un fort accroissement du recrutement de ces derniers
dans l’entreprise, plus particulièrement dans son usine de Billancourt.
Mais tout en s’inscrivant dans le souci qu’a alors la Régie
de porter une attention soutenue aux questions de gestion du personnel et
d’encadrement, ces deux études témoignent plus largement
d’un regard particulier porté sur cette main-d’œuvre.

Quand
le « problème nord-africain » découle
du nombre

L’une
et l’autre des deux études débutent en effet par des données
chiffrées, concernant la France métropolitaine ou l’entreprise
en particulier. L’avant-propos de l’édition de 1956
Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'> souligne ainsi que « trois millions de Nord-Africains
sont passés par la France depuis près de 50 ans, 300 000
à ce jour sont sur notre territoire : ouvriers surtout [...].
Ce coude à coude, ce brassage de tant d’hommes dans nos cités,
ont créé des problèmes. Nul ne peut rester indifférent
à leur sort [...] »<span
class=MsoFootnoteReference>[24]
. On voit ici confirmé que, par
« Nord-Africain », il faut plus précisément
entendre « Algérien » dans la France métropolitaine
des années 1950 : le chiffre de 300 000 « Nord-Africains »
présents en métropole en 1956 qu’avancent les rédacteurs
du Douar à l’usine recoupe
en effet celui des seuls Algériens, ce dont témoignent par exemple
les statistiques relatives à la migration algérienne en France
métropolitaine que publient les
Cahiers nord-africains<span
style='font-style:normal'> pour la même année<a
href="#_ftn25" name="_ftnref25" title="">[25].

Le
Problème « nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'> avance plus nettement encore l’argument numérique,
indiquant d’emblée que la RNUR emploie, en novembre 1954, « environ
10 % des 40 000 travailleurs nord-africains de la région
parisienne » et que « l’effectif de Nord-Africains
y est le plus important de toutes les entreprises françaises » name="_ftnref26" title="">[26]. Certes,
la proportion exacte, après recoupements avec les statistiques émanant
du ministère du Travail, apparaît légèrement moindre :
3 347 « Nord-Africains » travaillent à Renault,
soit 8,5 % des travailleurs « nord-africains »
recensés dans le département de la Seine name="_ftnref27" title="">[27]. Mais
la deuxième affirmation, tout en étant difficilement vérifiable,
est cependant fortement vraisemblable et renforce l’exemplarité
de l’entreprise. Alain Touraine, dans son ouvrage intitulé Évolution
du travail ouvrier aux usines Renault
,
publié en 1955
<a
href="#_ftn28" name="_ftnref28" title="">[28],
souligne que la RNUR « est la plus importante entreprise industrielle
française et [que] même dans l’industrie automobile, où
la quasi-totalité de la production est assurée par six fabricants,
elle ne se laisse comparer à aucune autre »<span
class=MsoFootnoteReference>[29]
. Sur le plan de la main-d’œuvre
« nord-africaine », Citroën, par exemple, l’autre
grande entreprise automobile de l’agglomération parisienne, emploie
à cette époque 3 000 « Nord-Africains »,
donc un effectif légèrement inférieur à celui
de la Régie. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la prédominance
de cette dernière : le gigantisme de l’entreprise, tout
particulièrement de son établissement de Billancourt qui emploie
plus de 30 000 ouvriers au début des années 1950,
est certes déterminant dans ce recrutement ; mais les salaires
plus élevés qu’à Citroën ou Simca par exemple
et la stabilité de l’emploi au moins jusqu’à la
fin des années 1950, à la différence tout particulièrement
de Simca, peuvent aussi expliquer cette force d’attraction de Renault.

Les
chiffres relatifs au nombre de « Nord-Africains » employés
par la Régie dont fait état Le
problème « nord-africain » à
la RNUR
et qui, contrairement à
ce que laisse entendre le titre même de cette étude, concernent
plus précisément son établissement de Billancourt
<span
class=MsoFootnoteReference>[30]
, témoignent ainsi d’un
accroissement important et constant des effectifs entre 1946 et 1954 :
ceux-ci augmentent de plus de 200 % dans l’intervalle. À
Billancourt, en 1954, les ouvriers « nord-africains »
représentent 12 % de l’effectif ouvrier de l’usine ;
à titre de comparaison, cette proportion n’était, en 1932,
que de 1,2 % name="_ftnref31" title="">[31]. Enfin,
comme l’indique les rédacteurs du Problème « nord-africain »
à la RNUR
<span
style='font-style:normal'> sous la rubrique « origine et stabilité »,
cette main-d’œuvre, « dans sa quasi-totalité
(95 %), est composée d’Algériens » title="">[32].

Cette
prépondérance des Algériens dans l’émigration
en provenance d’Afrique du Nord, de même que ce changement d’échelle
de la migration algérienne après la Seconde Guerre mondiale,
constatables à Renault et, plus largement, en métropole, trouvent
une première explication dans le fait que ceux-ci, juridiquement « sujets
français », étaient alors libres de circuler entre
les trois départements français que constituait l’Algérie
à cette époque et la France métropolitaine. Le Problème
« nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'> souligne ainsi « qu’il est facile
d’expliquer [le fait que la main-d’œuvre « nord-africaine »
est composée à 95 % d’Algériens] par l’obligation
où sont les Tunisiens et les Marocains d’obtenir un contrat de
travail dont sont exempts les Algériens »<span
class=MsoFootnoteReference>[33]
. Plus largement, parce qu’ils
étaient « intégrés théoriquement à
la main-d’œuvre nationale » name="_ftnref34" title="">[34] - la
loi du 20 septembre 1947 prévoyant que lorsqu’ils « résident
en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés
à la qualité de citoyen français et sont soumis aux mêmes
obligations »<span
class=MsoFootnoteReference>[35]
 -, les Algériens
n’entraient pas dans les dispositions relatives à l’entrée
et au séjour des étrangers en France et notamment celles de
l’ONI (Office national de l’immigration).

Recourir
à une main-d’œuvre algérienne permettait donc aux
entreprises de procéder elles-mêmes au recrutement, selon leurs
propres critères, et pour Renault en particulier de disposer d’un
volant de main-d’œuvre peu qualifiée, non soumise à
quota, recrutable sur place, le plus souvent « sur le tas »
ou « par cooptation » name="_ftnref36" title="">[36], tout
en respectant les dispositions légales qui imposaient alors d’employer
prioritairement la main-d’œuvre nationale. La firme au losange
a tout particulièrement besoin de ce volant de main-d’œuvre
au moment où elle se lance dans la production en très grande
série et où elle a massivement besoin d’embaucher des
OS (ces Ouvriers spécialisés dont la spécialité
est marquée par le cantonnement à une seule tâche, répétitive).

Ce
cadre légal influence en effet les orientations d’embauche de
la RNUR. En 1951, « la proportion des embauches est d’environ
un ouvrier étranger pour 25 ou 30 ouvriers nord-africains »<span
class=MsoFootnoteReference>[37]
. Ceux-ci constituent alors près
de 70 % de la main-d’œuvre non métropolitaine à
Billancourt - et ce au moins jusqu’à la fin des années 1950 :
en 1957 par exemple, cette main-d’œuvre est constituée à
68,6 % d’ouvriers originaires d’Algérie, contre 5,5 %
d’ouvriers marocains et tunisiens et 25,9 % d’ouvriers étrangers
(en majorité espagnols, polonais, russes et italiens)<a
href="#_ftn38" name="_ftnref38" title="">[38].
On retrouve en toute logique les « Nord-Africains »
dans des emplois de manœuvres (23,5 % le sont en 1954) et davantage
encore d’OS (pour 71,5 % d’entre eux à la même
date) ; ceux-ci sont affectés aux secteurs de la production où
les conditions de travail sont les plus pénibles : en fonderie
pour 24 % d’entre eux, à l’emboutissage et en tôlerie
pour 21 %, sur les chaînes de montage pour 20 %.

La
proportion écrasante d’Algériens au sein des « Nord-Africains »
incite une nouvelle fois à penser que par « problème
nord-africain », la Régie désigne avant tout un « problème
algérien ». On peut d’ailleurs se demander si cette
synonymie implicite explique les guillemets auxquels la Direction du personnel
recourt lorsqu’il s’agit de caractériser ce « problème ».
Il est permis de le penser a fortiori
si l’on tient compte de la date à laquelle est réédité
le document éponyme, le 10 novembre 1954, soit 10 jours après
le déclenchement de ce qui est alors qualifié de « sédition »
name="_ftnref39" title="">[39] en
Algérie. Dans ce contexte, recourir au qualificatif d’algérien
risquerait de dissoner au moment où le pouvoir politique affirme son
refus de reconnaître l’existence d’une nation (et par là
même d’une nationalité) algérienne. D’ailleurs,
à l’exception du passage consacré à « l’origine »
(géographique) de cette main-d’œuvre, c’est systématiquement
par la dénomination « nord-africain » que la
Régie l’identifie : il est ainsi successivement question,
dans l’ensemble du Problème « nord-africain »
à la RNUR
, des « affectations
des Nord-Africains à la Régie »
<span
class=MsoFootnoteReference>[40]
, de la « répartition
des Nord-Africains par classification »<span
class=MsoFootnoteReference>[41]
, de la « qualité
de la main-d’œuvre nord-africaine » name="_ftnref42" title="">[42], de
sa « psychologie » et plus largement, et des « problèmes »
que celle-ci pose et des solutions que l’entreprise nationalisée
développe à son endroit, au regard desquels elle met en avant,
on l’a vu, son devoir et sa compétence.

Davantage
encore que les chiffres, c’est cette notion de « problème(s) »,
récurrente dans chacune de deux études - jusqu’à
constituer le titre de la deuxième -, qui apparaît
comme le point nodal de ces publications et légitime, aux yeux de l’entreprise,
la mise en place de dispositifs d’encadrement spécifiques.

Le
stéréotype de l’indigène arriéré,
ou la force de l’idéologie coloniale en métropole

On
trouve cette notion de « problèmes » assignée,
dans l’avant-propos du Douar à l’usine<span
style='font-style:normal'>, au « brassage de tant d’hommes dans
nos cités » title="">[43] ; on la retrouve
en conclusion, déclinée en ces termes : « la
présence en France d’un nombre sans cesse croissant d’ouvriers
nord-africains pose des problèmes graves et urgents »<span
class=MsoFootnoteReference>[44]
, au rang desquels « l’embauche »
et la « sélection » title="">[45], sans plus de détails.
Le Problème « nord-africain » à la
RNUR
, dans la mention qu’il fait
de cette première brochure, permet d’identifier plus précisément
les « problèmes » dont il est question aux yeux
de l’entreprise. Il y est en effet souligné que, « dans
[le] domaine [du contact avec la maîtrise],
un effort tout
particulier
a été accompli
à la RNUR pour l’information de cette maîtrise sur
le
problème nord-africain
. Une remarquable
brochure, éditée par l’ESNA, a été imprimée
spécialement pour toute la maîtrise de la RNUR. Sa lecture a
permis à cette dernière de mieux
connaître
- ou d’apprendre à
connaître<span
style='font-style:normal'> - l’existence d’une
civilisation différente de la nôtre
,
et la nécessité de traiter ses représentants avec une
humaine compréhension »
name="_ftnref46" title="">[46] ;
et les rédacteurs de conclure qu’« il serait, d’ailleurs,
hautement souhaitable que de telles expériences fussent généralisées »,
dans la mesure où « il apparaît déjà
comme certain que la diffusion de cette brochure a été particulièrement
fructueuse et que les résultats en sont probants »<a
href="#_ftn47" name="_ftnref47" title="">[47].

Le
mode de rapports hiérarchiques ici prescrit, fondé sur une « connaissance »
et une « compréhension » des ouvriers, considérées
comme fondement d’un encadrement efficace, s’inspire, en premier
lieu, du modèle de gestion des relations sociales alors à l’œuvre
à la RNUR. Pour le Directeur des relations sociales de l’époque,
Jean Myon, principal initiateur de ce modèle<span
class=MsoFootnoteReference>[48]
, « l’idée sur
laquelle pouvait être fondée la politique sociale était
qu’il fallait cesser d’attendre un incident ou un conflit pour
traiter un problème ; faute de quoi, il ne pouvait l’être
que de manière conflictuelle » name="_ftnref49" title="">[49]. Cette
idée a en effet débouché sur la création du « Service
d’Études des problèmes de personnel », à
l’origine des deux études et plus largement chargé de
mener des enquêtes visant à prévenir les conflits par
une meilleure connaissance des « problèmes du personnel »
et de mettre en place « un nouveau système [...] de
préparation de l’encadrement »<span
class=MsoFootnoteReference>[50]
. Le souci du « climat »
dans l’entreprise et le recours à la psychologie comme outil
d’harmonisation des relations sociales y sont mis en avant.

Mais
ce modèle de gestion des rapports hiérarchiques, où l’on
peut voir l’empreinte du catholicisme social et que l’on pourrait
qualifier de néo-paternaliste en ce qu’il gomme les rapports
de force, se voit redoublé, dans le cas de la main-d’œuvre
« nord-africaine », par l’influence du paternalisme
colonial où « connaître » est mis en relation
avec « éduquer ». L’avant-propos de l’édition
de 1956 de la brochure Du douar à l’usine avance
ainsi que, « malgré les douloureux événements
actuels, nous ne pouvons laisser ces hommes en marge de la société
française. Pour cela, il faut les connaître. Notre simple but,
ici, est de vous faire découvrir ces hommes : d’où
ils viennent, pourquoi ils viennent, comment les accueillir. Lisez cette brochure.
Vous apprendrez à
mieux connaître des travailleurs
qui attendent beaucoup de vous et aspirent à devenir des hommes du
XX
<span
style='font-size:9.0pt;vertical-align:super'>e siècle »<a
href="#_ftn51" name="_ftnref51" title="">[51].
S’ils aspirent à l’être, c’est donc qu’ils
ne le sont pas aux yeux de la Direction du personnel. Cette idée est
réitérée dans Le Problème « nord-africain »
à la RNUR
<span
style='font-style:normal'>, dont les rédacteurs s’étonnent
de la « faculté d’adaptation remarquable [de] l’ouvrier
nord-africain » name="_ftnref52" title="">[52] en
ces termes : « lorsque l’on pense que, prenant le bateau
pour débarquer en France, ces hommes passent en quelques heures du
XII<span
style='font-size:9.0pt;vertical-align:super'>e au XX<span
style='font-size:9.0pt;vertical-align:super'>e siècle,
on peut trouver extraordinaire qu’en si peu de temps, ils puissent s’accommoder
normalement à la vie métropolitaine et à celle de l’usine » title="">[53].

C’est
donc un mode de rapports hiérarchiques particulier que la Direction
prescrit ici à l’encadrement - et, plus largement,
à l’ensemble des entreprises employant des « Nord-Africains »,
pour lesquelles elle se pose en référence -, un mode
dont on peut dire qu’il s’inspire de et reproduit une des formes
du rapport de domination coloniale : celle de la mission civilisatrice,
déclinée ici sous les termes d’humanisme et d’éducation.
Les propos d’un contremaître, reproduits dans la brochure Du
douar à l’usine
sous le titre
« être un chef au sens complet du mot »
<a
href="#_ftn54" name="_ftnref54" title="">[54],
en attestent : « la présence des Nord-Africains dans
l’usine m’a amené à réviser mes conceptions
du rôle de chef qui est le mien. J’ai plus de responsabilités
humaines qu’avant
. Ayant plus de
responsabilités, il me faut être plus capable, plus complet »
<span
class=MsoFootnoteReference>[55]
. Nombreuses y sont également
les références faites à “l’aide” et
« l’assistance » qu’il faut apporter aux
« Nord-Africains », à l’éducation
qui doit leur être donnée pour en faire d’« authentiques
ouvriers modernes »<a
href="#_ftn56" name="_ftnref56" title="">[56],
dans une terminologie qui les assimile à des enfants face auxquels
il faut savoir faire preuve de « sévérité »
et recourir à la « punition »<span
class=MsoFootnoteReference>[57]
, là où ordinairement,
dans les rapports entre ouvriers et contremaîtres, il est question de
sanctions.

Cette
focalisation sur « la civilisation nord-africaine »
fait que, corrélativement, les « problèmes »
que pose cette main-d’œuvre sont très nettement assignés
aux « us et coutumes » particuliers des « Nord-Africains »,
à leur caractéristiques culturelles, voire à leurs prédispositions
naturelles. Ce point est particulièrement accentué dans l’étude
de 1953-1954 : là où Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'> fait à deux reprises un parallèle avec
les « ruraux métropolitains fraîchement arrivés
en ville »<span
class=MsoFootnoteReference>[58]
, Le Problème « nord-africain »
à la RNUR
<span
style='font-style:normal'> opère par moments un glissement du collectif
à l’individu, des « Nord-Africains » au
pluriel au « Nord-Africain » dans un sens générique,
qui confine au racialisme. Il y est ainsi notamment question de « l’instabilité
certaine du Nord-Africain », du « Nord-Africain peu
courageux », « de l’intelligence du Nord-Africain »<span
class=MsoFootnoteReference>[59]
et donc d’une distinction sans
cesse réitérée, et légitimée au nom de
ces attributs et de ces prédispositions irréductibles, entre
« Métropolitains » d’une part, et « Nord-Africains »,
d’autre part.

On
peut la repérer plus nettement encore sous la rubrique titrée
« psychologie »<span
class=MsoFootnoteReference>[60]
, où les rédacteurs du
Problème « nord-africain » à la RNUR<span
style='font-style:normal'> mettent tout d’abord en avant que « [les
problèmes qui se posent vis-à-vis de cette main-d’œuvre],
à vrai dire, du même ordre que ceux qui se posent dans toute
entreprise métropolitaine utilisant une telle main-d’œuvre,
[...] résident entre autres dans les rapports entre les travailleurs
nord-africains et l’encadrement d’une part, et entre eux et leurs
camarades métropolitains d’autre part. Ils ont donc essentiellement
un caractère psychologique »<span
class=MsoFootnoteReference>[61]
. Les « problèmes »
de cette nature, outre qu’ils ont à voir, aux yeux de la Régie,
avec une « méconnaissance de la langue française »
et une « méconnaissance du travail »<a
href="#_ftn62" name="_ftnref62" title="">[62],
ont davantage trait au fait que « souvent, [les Nord-Africains]
souffrent - de la part des Métropolitains, tant maîtrise
que camarades d’ateliers
 -
de la grave méconnaissance de la civilisation nord-africaine [...] »
name="_ftnref63" title="">[63]. À
la division hiérarchique entre ouvriers et encadrement est donc clairement
substituée une division culturelle, considérée de ce
fait comme irréductible.

En
conséquence, les solutions préconisées par la Régie
face à ces « problèmes » résident
dans des dispositifs de formation non pour les ouvriers « nord-africains »
- la question de cours de langue est en effet à peine abordée
dans cette étude, au titre des « perspectives » name="_ftnref64" title="">[64] à,
éventuellement, mettre en œuvre - mais à
destination de l’encadrement
, sous
la forme d’un véritable « programme »
<a
href="#_ftn65" name="_ftnref65" title="">[65]
spécifique que de telles particularités « culturelles »
et une telle « psychologie » sont supposées nécessiter.

Un
mode de gestion coloniale de la main-d’œuvre « nord-africaine »

Sont
ainsi détaillées, tout particulièrement dans Le Problème
« nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'>, les « dispositions qui ont été
prises par la Régie nationale des usines Renault pour tenter de créer
un climat favorable » name="_ftnref66" title="">[66], en
matière d’embauche et de « rendement du travail »<span
class=MsoFootnoteReference>[67]
des « Nord-Africains ».

« Une
personne compétente [...] qui parle l’arabe et possède
de bonnes connaissances des Nord-Africains » name="_ftnref68" title="">[68] est
spécifiquement en charge de leur embauche. Si la raison invoquée
est « de pouvoir accueillir de façon bienveillante [...]
les Nord-Africains arrivant à l’embauche », il semble
plus juste de penser que la RNUR cherche par là à s’assurer
de la meilleure sélection possible des candidats à l’embauche,
notamment en terme de capacité physique. On peut en effet lire, dans
la brochure Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'>, que « le capital du manœuvre, ce sont
ces muscles » ; et le contremaître interviewé
de conclure : « j’insiste sur ce point »<a
href="#_ftn69" name="_ftnref69" title="">[69].

Dans
le travail proprement dit, les contremaîtres sont invités à
« jouer des vertus » des Nord-Africains, telles que
« la fierté », « la discipline »
et « le sens exceptionnel de la solidarité »<span
class=MsoFootnoteReference>[70]
et à encadrer très fermement
cette main-d’œuvre, dans la mesure où « le rendement
et la satisfaction donnés dans le travail des Nord-Africains paraissent
être très nettement proportionnés à l’intérêt
que leurs chefs leur portent, à la façon dont ils sont instruits,
commandés, surveillés, guidés, suivis »<span
class=MsoFootnoteReference>[71]
. S’y ajoute l’absence de
ségrégation spatiale dans l’usine (« d’une
façon générale, dans l’usine, aucune discrimination
ne doit être faite. Ainsi, pas de douches, vestiaires, cantines, etc.
réservées aux Nord-Africains. Montrons-leur qu’ils sont
considérés comme chez eux en France » name="_ftnref72" title="">[72]), prônée
pour empêcher « le repli »<a
href="#_ftn73" name="_ftnref73" title="">[73]
et favoriser un climat d’échange dans l’usine. Ségrégation
spatiale et discrimination, considérées comme synonymes par
la Direction du personnel, apparaissent déliées, l’absence
de la première n’empêchant pas l’omniprésence
de la seconde à l’endroit des ouvriers « nord-africains » name="_ftnref74" title="">[74].

Ces
dispositifs excèdent le seul espace du travail, puisque des assistantes
sociales (deux en 1952, trois en 1954) sont, quant à elles, « chargées
de s’occuper des affaires nord-africaines seulement<span
style='font-style:normal'> » title="">[75]. Le motif affiché
est celui de la « familiarité » dite nécessaire
aux « Nord-Africains »<a
href="#_ftn76" name="_ftnref76" title="">[76].
Mais le journal de la commission nord-africaine de la CGT-Renault, qui dresse
de l’une de ces assistantes un portrait peu flatteur (« non
diplômée, connue pour ses relations avec les beni oui-oui du
Gouvernement de Paris, [elle] se faisait remarquer au moment des grandes grèves
de 1950 pour les pressions qu’elle exerçait sur nos camarades,
les incitant à abandonner la lutte” name="_ftnref77" title="">[77]), laisse
clairement à penser qu’il s’agit, dans les faits, d’une
mesure d’encadrement et de pression, sinon de répression.

On
mesure une nouvelle fois combien l’approche en terme de spécificités
« culturelles » et « psychologiques »
sert à mettre en place, sous couvert d’« humanisme »
et d’« éducation », des dispositifs d’encadrement
et de contrôles particuliers, qui assignent « les Nord-Africains »
à un « statut d’infériorité » title="">[78] et reproduisent ainsi,
en métropole, le rapport de domination coloniale, d’autant que
les « spécialistes » auxquels la Direction fait
appel sont précisément issus de l’armée coloniale.
L’ensemble de ces dispositions est en effet coordonné par un
homme chargé de « [penser] en permanence le problème
nord-africain et [de veiller] à l’application des directives »<span
class=MsoFootnoteReference>[79]
. Les rédacteurs du Problème
« nord-africain » à la RNUR
<span
style='font-style:normal'> précisent in fine<span
style='font-style:normal'> qu’à cet effet, « la Direction
s’est adjointe en permanence un conseiller spécialiste des questions
nord-africaines » name="_ftnref80" title="">[80], dépeint
en ces termes par les militants de Commission nord-africaine de la CGT :
« Le grand responsable auprès de la Direction est un nommé
Mollet, “conseiller psychologique” ayant fait ses hautes études
dans les opérations de ratissage et de répression dans l’armée
colonialiste comme capitaine »<span
class=MsoFootnoteReference>[81]
 ; « au bureau d’embauche,
un des ses sous-ordres, l’ancien adjudant de tirailleurs Rabbin,
s’occupe du filtrage de l’embauche »
name="_ftnref82" title="">[82].

La
volonté affichée de ne pas faire de discriminations, le parallèle
réitéré avec « les ruraux métropolitains »
sont donc contrecarrés, dans les faits, par l’assignation de
la main-d’œuvre « nord-africaine » à
une civilisation distincte et ce faisant à une source de « problèmes »
spécifiques<span
style='font-style:normal'>, devant ainsi être traitée différemment
du reste de la main-d’œuvre ouvrière - qu’elle
soit française de métropole ou étrangère<span
class=MsoFootnoteReference>[83]
. La conception en droit d’une
main-d’œuvre « nord-africaine » partie intégrante
de la main-d’œuvre nationale n’est donc clairement que théorique.

Remarquons
cependant que la direction de la RNUR n’a pas l’apanage du traitement
séparé. Il existe ainsi, on l’a vu, à la CGT de
Renault-Billancourt une Commission nord-africaine depuis 1950, comme dans
d’autres syndicats d’entreprises employant une main-d’œuvre
« nord-africaine »<a
href="#_ftn84" name="_ftnref84" title="">[84]
ou au sein des instances syndicales régionales name="_ftnref85" title="">[85] - notamment
depuis 1949, date où la CGT, au niveau confédéral, demande
à ses syndicats de « se pencher sur les revendications particulières
des travailleurs nord-africains [...], de les aider, de leur donner toute
leur place dans le mouvement syndical, de les unir toujours plus étroitement
à la classe ouvrière française » name="_ftnref86" title="">[86]. L’existence
de ces structures organisationnelles spécifiques aux « Nord-Africains »,
distinctes par exemple des commissions pour la « main-d’œuvre
immigrée »<span
class=MsoFootnoteReference>[87]
au début des années 1950,
ayant leurs publications propres (à l’instar du journal de la
commission nord-africaine du syndicat CGT de Renault-Billancourt qui s’est
successivement appelé, durant la première moitié des
années 1950, Le Nord-Africain de la Régie Renault<span
class=MsoFootnoteReference>[88]
, puis Le Travailleur Nord-Africain
de la Régie Renault
title="">[89], enfin L’Ouvrier
Nord-Africain
<span
class=MsoFootnoteReference>[90]
), comme la terminologie employée
à l’endroit de ces ouvriers - qu’il s’agit
d’« aider », terme récurrent, on l’a
vu, dans les deux études de la RNUR - témoignent
d’une proximité, dans les catégories de pensée,
entre la direction et les syndicats, fussent-ils ouvriers, et donc d’une
idéologie passée, en « métropole »,
dans toutes les couches de la population<span
class=MsoFootnoteReference>[91]
.

Une
évolution se fait néanmoins jour entre 1950 et 1952, dans le
sens d’une solidarité ouvrière plus clairement affirmée,
dont attestent les changements successifs de dénomination du journal
de la commission nord-africaine de la CGT-Renault, comme la référence
aux « camarades de travail » et la défense de
« l’unité des travailleurs » réitérées
dans ses éditions de 1951-1952 - à une époque
où la CGT, dans une stratégie du classe contre classe, inclut
la mobilisation contre l’oppression coloniale et pour l’indépendance
de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie dans sa lutte contre
l’impérialisme.

L’étude
des modes d’encadrement et de gestion de la main-d’œuvre
« nord-africaine » à Renault aura montré
que la désignation d’un « problème nord-africain »
par la Régie, en dépit de la synonymie numériquement
avérée entre « nord-africain » et « algérien »,
n’est donc pas seulement contemporaine de la guerre d’Algérie name="_ftnref92" title="">[92] mais
lui est antérieure et signe l’ordre de relations sociales que
la direction, au moins celle du Personnel, préconise à l’endroit
de ces ouvriers. On comprend néanmoins pourquoi, dans cette perspective,
Du douar à l’usine<span
style='font-style:normal'> est réédité en 1956, à
une époque où l’intensification des rappels du contingent
marque l’accentuation de la guerre. Même s’il était
alors officiellement question non de guerre mais d’événements
(les « douloureux événements actuels »
auxquels l’avant-propos de la brochure fait allusion), une partie au
moins de la direction de Renault semblait alors soucieuse de l’impact
que cette « guerre sans nom »<span
class=MsoFootnoteReference>[93]
pouvait avoir au sein de ses usines,
notamment sur le mode de gestion et d’encadrement jusque-là mis
en œuvre.

Une
note confidentielle archivée par le service Contrôle social de
la direction du Personnel, datée du 22 juin 1956 et intitulée
Problème nord-africain dans la région parisienne<span
class=MsoFootnoteReference>[94]
, vient renforcer cette hypothèse.
Elle fait en effet état de « la situation de la main-d’œuvre
nord-africaine » en ces termes : « on constate,
parmi cette main-d’œuvre, une certaine nervosité et une
accentuation des exigences tant au point de vue des salaires que des classifications
(nombreuses demandes en vue d’obtenir des classifications d’OS
alors que la plupart du temps les Nord-Africains sont dans la catégorie
“manœuvres”) »<a
href="#_ftn95" name="_ftnref95" title="">[95].
La notion de problème ne vise plus ici à désigner les
spécificités, notamment « culturelles »,
des « Nord-Africains » mais l’accentuation des
revendications ouvrières d’une main-d’œuvre qui serait
moins « soumise » - si tant est qu’elle
l’ait jamais été. Pierre Cadel, responsable CFTC à
Renault en 1956, avançait : « c’est vrai
que c’était une main-d’œuvre intéressante pour
la Régie. [En quel sens ?] Les ouvriers algériens n’étaient
pas emmerdants. Ils rouspétaient moins que les Français, en
période normale. [Est-ce à dire qu’en période de
guerre d’indépendance, c’était différent ?]
Eh bien, ils étaient un peu plus... Ils étaient en lutte,
quoi » title="">[96]. La lutte pour l’indépendance,
son organisation à l’intérieur même de l’usine,
essentiellement à partir de mars 1956<a
href="#_ftn97" name="_ftnref97" title="">[97],
eut des effets sur les relations sociales dans l’entreprise que Pierre
Cadel identifie en ces termes : « il y a eu une prise de conscience
progressive des ouvriers algériens sur [...] leur indépendance
à l’intérieur de l’entreprise »<span
class=MsoFootnoteReference>[98]
. On peut donc penser que la Régie
diffuse une nouvelle fois la brochure Du douar à l’usine
auprès de la maîtrise en 1956 avant tout dans le souci de
continuer à encadrer cette main-d’œuvre et de maintenir
un climat « pacifié » dans ses usines, mis à
mal par la lutte d’indépendance algérienne et la remise
en cause du rapport de domination coloniale qu’elle entraîne - qui
modifie inévitablement les rapports entre ouvriers algériens
et encadrement mais également les rapports entre ouvriers algériens
et organisations ouvrières françaises.

Chercheur
associé à l’IHTP, Laure Pitti a soutenu, en décembre
2002, son doctorat d’histoire sur
Les
Ouvriers algériens à Renault-Billancourt
de la guerre d’Algérie aux grèves d’OS des années
1970
, à l’Université Paris VIII, sous la
direction de René Gallissot.

laure.pitti@wanadoo.fr



<a
href="#_ftnref1" name="_ftn1" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[1]
.
« Les Algériens parmi nous », Les Cahiers
nord-africains
, n° 70, décembre 1958, p. 29.

<a
href="#_ftnref2" name="_ftn2" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[2]
.
Andrée Michel, Les Travailleurs algériens en France,
Paris, CNRS, 1956.

<a
href="#_ftnref3" name="_ftn3" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[3]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain » à
la RNUR
, documentation technique, dactylographiée, 10 novembre 1954,
8 p., source : Archives de l’entreprise Renault, fonds Documentation
de la DPAS (Direction du personnel et des affaires sociales). Les guillemets
dans le titre sont le fait des auteurs.

<a
href="#_ftnref4" name="_ftn4" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[4]
.
Cf. notamment Pierre Dreyfus, Une nationalisation réussie :
Renault
, Paris, Fayard, 1981 (1re éd. : 1977), p. 51-52.

<a
href="#_ftnref5" name="_ftn5" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[5]
.
Cf. Laure Pitti, « Études relatives aux effectifs,
dont “nord-africains” et étrangers à la RNUR, présentées
par ordre de parution » in Ouvriers algériens
à Renault-Billancourt de la guerre d’Algérie aux grèves
d’OS des années 1970. Contribution à l’histoire
sociale et politique des ouvriers étrangers en France
, doctorat
d’histoire, sous la direction de René Gallissot, université
Paris 8, 2002, p. 95.

<a
href="#_ftnref6" name="_ftn6" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[6]
.
Cf. Jacques Frémontier, La Forteresse ouvrière - Renault,
Paris, Fayard, 1971.

<a
href="#_ftnref7" name="_ftn7" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[7]
.
Cf. notamment Philippe Fallachon, « Les grèves de
la Régie Renault en 1947 », Le Mouvement social,
n° 81, octobre-décembre 1972, p. 111-142.

<a
href="#_ftnref8" name="_ftn8" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[8]
.
RNUR, Du douar à l’usine. À l’usage des cadres
et de la maîtrise
, brochure mise une première fois en circulation
au sein de la Régie vraisemblablement en 1950 ou 1951, puis rééditée :
Paris, ESNA, novembre 1956, 35 p. ; RNUR, DRS, Le Problème
« nord-africain » à la RNUR
, op. cit.

<a
href="#_ftnref9" name="_ftn9" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[9]
.
« Pas de service d’exception », extrait de L’Ouvrier
nord-africain de la Régie Renault
, journal de la commission nord-africaine
de la CGT Renault-Billancourt, 28 avril 1952, distribué sous
forme de tract, 1 p., source : Archives Renault, Documentation historique,
dossier n° 55, « Foyers nord-africains ».

<a
href="#_ftnref10" name="_ftn10" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[10]
.
Pour reprendre l’expression de Jean-Paul Sartre, « Le colonialisme
est un système », Les Temps Modernes, n° 123,
mars-avril 1956, republié in Situations V : colonialisme
et néo-colonialisme
, Paris, Gallimard, 1964, p. 25-42.

<a
href="#_ftnref11" name="_ftn11" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[11]
.
Ses dénominations changent au cours de la première moitié
des années 1950 : direction du Personnel jusqu’en avril 1952,
elle devient la DRS (Direction des Relations sociales) d’avril 1952
à fin 1954, puis la DPRS (Direction du Personnel et des Relations
sociales) fin 1954.

<a
href="#_ftnref12" name="_ftn12" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[12]
.
Pierre Lefaucheux fut tout d’abord administrateur provisoire des usines
Renault en 1944, puis PDG de la RNUR de 1945 à février 1955.
Cf., sur ce point, Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault,
1<span
style='vertical-align:super'>er
fascicule, Paris, Éditions JCM,
1990, p. 69-70.

<a
href="#_ftnref13" name="_ftn13" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[13]
.
Cf., sur ce point, Anne-Sophie Perriaux, Renault et les sciences
sociales, 1948-1991
, Paris, Séli Arslan, 1998, p. 35-39.

<a
href="#_ftnref14" name="_ftn14" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[14]
.
« Pas de service d’exception », extrait de L’Ouvrier
nord-africain de la Régie Renault
, op. cit.

<a
href="#_ftnref15" name="_ftn15" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[15]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 3.

<a
href="#_ftnref16" name="_ftn16" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[16]
.
« Le problème des Nord-Africains dans les usines Renault »,
L’Usine nouvelle
, 17 septembre 1953 et Documents nord-africains,
n° 111, 31 octobre 1953, p. 2-8.

<a
href="#_ftnref17" name="_ftn17" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[17]
.
Cf. RNUR, DRS, Le Problème " nord-africain "
à la RNUR
, op. cit., p. 1.

<a
href="#_ftnref18" name="_ftn18" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[18]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 30.

<a
href="#_ftnref19" name="_ftn19" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[19]
.
Id., p. 30-31.

<a
href="#_ftnref20" name="_ftn20" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[20]
.
RNUR, DRS, Le problème « nord-africain » à
la RNUR
, op. cit., p. 5.

<a
href="#_ftnref21" name="_ftn21" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[21]
.
Id., p. 1.

<a
href="#_ftnref22" name="_ftn22" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[22]
.
« Plus de 70 % des Nord-Africains employés à
la Régie Renault sont des ouvriers spécialisés »,
Le Monde, 6 novembre 1954, p. 4.

<a
href="#_ftnref23" name="_ftn23" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[23]
.
En 1954, le taux de chômeurs algériens est de 8 % de la
population active contre 1,7 % pour la population européenne,
cf. Andrée Michel, Les Travailleurs algériens en France,
op. cit.
, p. 48.

<a
href="#_ftnref24" name="_ftn24" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[24]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 3.

<a
href="#_ftnref25" name="_ftn25" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[25]
.
Cf. « Les Algériens parmi nous », Cahiers
nord-africains
, n° 70, décembre 1958, p. 29.
Cette brochure évalue à 300 000 ou 350 000 le nombre
d’Algériens présents en France métropolitaine
au début de 1956.

<a
href="#_ftnref26" name="_ftn26" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[26]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 1.

<a
href="#_ftnref27" name="_ftn27" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[27]
.
Cf. Laure Pitti, Ouvriers algériens à Renault-Billancourt...,
op. cit.
, p. 113.

<a
href="#_ftnref28" name="_ftn28" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[28]
.
Alain Touraine, Évolution du travail ouvrier aux usines Renault,
Paris, Éditions du CNRS, 1955.

<a
href="#_ftnref29" name="_ftn29" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[29]
.
Id., p. 13.

<a
href="#_ftnref30" name="_ftn30" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[30]
.
Cf., sur ce point, Laure Pitti, Ouvriers algériens à
Renault-Billancourt..., op. cit.
, p. 97-98.

<a
href="#_ftnref31" name="_ftn31" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[31]
.
Id., p. 102-104.

<a
href="#_ftnref32" name="_ftn32" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[32]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 1.

<a
href="#_ftnref33" name="_ftn33" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[33]
.
Id., p. 2.

<a
href="#_ftnref34" name="_ftn34" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[34]
.
Andrée Michel, Les Travailleurs algériens en France,
op. cit., p. 34.

<a
href="#_ftnref35" name="_ftn35" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[35]
.
Loi du 20 septembre 1947, citée par Benjamin Stora, Ils
venaient d’Algérie. L’immigration algérienne en
France, 1912-1992
, Paris, Fayard, 1992, p. 100.

<a
href="#_ftnref36" name="_ftn36" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[36]
.
Expressions que j’emprunte à Andrée Michel, Les Travailleurs
algériens en France
, op. cit., p. 54 et réalité
dont témoignent tant Du douar à l’usine que Le
problème « nord-africain » à la RNUR
,
op. cit., respectivement p. 30 et p. 3.

<a
href="#_ftnref37" name="_ftn37" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[37]
.
« Réception des délégués par la direction »,
12 septembre 1951, p. 3, source : RNUR, Secrétariat
du PDG, dossier n° 50, Réception des délégués
de 1945 à 1951
, Documentation historique, classeur n° 2.

<a
href="#_ftnref38" name="_ftn38" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[38]
.
Calculs effectués à partir des effectifs fournis au CE de Billancourt,
le 11 avril 1957, cf. Laure Pitti, Ouvriers algériens
à Renault-Billancourt..., op. cit.
, p. 121.

<a
href="#_ftnref39" name="_ftn39" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[39]
.
Pour reprendre l’expression de Pierre Mendès France, alors Président
du Conseil, qui déclare devant l’Assemblée nationale,
le 12 novembre 1954 : « Qu’on attende de nous
aucun ménagement à l’égard de la sédition,
aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu’il s’agit
de défendre la paix intérieure de la nation et l’intégrité
de la République », cité in Bernard Droz,
Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie, 1954-1962,
Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1982, p. 62,
c’est moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref40" name="_ftn40" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[40]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 5.

<a
href="#_ftnref41" name="_ftn41" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[41]
.
Id., p. 2.

<a
href="#_ftnref42" name="_ftn42" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[42]
.
Id., p. 3.

<a
href="#_ftnref43" name="_ftn43" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[43]
.
RNUR, Du douar à l’usine, op. cit., p. 3.

<a
href="#_ftnref44" name="_ftn44" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[44]
.
Id., p. 35.

<a
href="#_ftnref45" name="_ftn45" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[45]
.
Id., p. 30-31.

<a
href="#_ftnref46" name="_ftn46" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[46]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 5, c’est moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref47" name="_ftn47" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[47]
.
Id.

<a
href="#_ftnref48" name="_ftn48" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[48]
.
Cf. Anne-Sophie Perriaux, Renault et les sciences sociales, 1948-1991,
op. cit.
, p. 37.

<a
href="#_ftnref49" name="_ftn49" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[49]
.
Jean Myon, entretien avec Anne-Sophie Perriaux, La Celle Saint-Cloud, 26 février 1992,
cité in id., p. 37-38.

<span
class=MsoFootnoteReference>[50]
<span
style='font-size:11.0pt'>. Id.

<a
href="#_ftnref51" name="_ftn51" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[51]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 3, c’est
moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref52" name="_ftn52" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[52]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 3.

<a
href="#_ftnref53" name="_ftn53" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[53]
.
Id., p. 3.

<a
href="#_ftnref54" name="_ftn54" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[54]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 30.

<a
href="#_ftnref55" name="_ftn55" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[55]
.
Id., c’est moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref56" name="_ftn56" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[56]
.
Id., p. 31.

<a
href="#_ftnref57" name="_ftn57" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[57]
.
Id., p. 30.

<a
href="#_ftnref58" name="_ftn58" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[58]
.
Id., p. 30 et p. 31.

<a
href="#_ftnref59" name="_ftn59" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[59]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 2-3.

<a
href="#_ftnref60" name="_ftn60" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[60]
.
Id., p. 3.

<a
href="#_ftnref61" name="_ftn61" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[61]
.
Id.

<a
href="#_ftnref62" name="_ftn62" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[62]
.
Id.

<a
href="#_ftnref63" name="_ftn63" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[63]
.
Id., p. 3-4, c’est moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref64" name="_ftn64" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[64]
.
Id., p. 8.

<a
href="#_ftnref65" name="_ftn65" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[65]
.
Id., p. 8.

<a
href="#_ftnref66" name="_ftn66" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[66]
.
Id.

<a
href="#_ftnref67" name="_ftn67" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[67]
.
Id.

<a
href="#_ftnref68" name="_ftn68" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[68]
.
Id., p. 5.

<a
href="#_ftnref69" name="_ftn69" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[69]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 30.

<a
href="#_ftnref70" name="_ftn70" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[70]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 4.

<a
href="#_ftnref71" name="_ftn71" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[71]
.
Ibid.

<a
href="#_ftnref72" name="_ftn72" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[72]
.
Du douar à l’usine, op. cit., p. 31.

<a
href="#_ftnref73" name="_ftn73" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[73]
.
Id., p. 30.

<a
href="#_ftnref74" name="_ftn74" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[74]
.
Cf., sur un tout autre terrain mais qui n’est pas sans trouver
d’écho avec l’esprit des dispositifs présentés
ici, les modes de gestion de la main-d’œuvre « noire »,
« métis » et « indienne »
dans les usines automobiles sud-africaines sous l’apartheid, étudiés
par Judith Hayem, La Figure ouvrière dans l’Afrique du Sud
post-apartheid. De l’usine lieu de la chance à l’usine
lieu de la concertation
, doctorat d’anthropologie, sous la direction
de Sylvain Lazarus, université Paris 8, 2002, p. 484-491.

<a
href="#_ftnref75" name="_ftn75" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[75]
.
RNUR, DRS, Le problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 6, c’est moi qui souligne.

<a
href="#_ftnref76" name="_ftn76" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[76]
.
Ibid.

<a
href="#_ftnref77" name="_ftn77" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[77]
.
« Pas de service d’exception », extrait de L’Ouvrier
nord-africain de la Régie Renault
, op. cit.

<a
href="#_ftnref78" name="_ftn78" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[78]
.
Andrée Michel, « La sociologie des relations raciales »,
La Pensée, n° 89, janvier-février 1960,
p. 68-74, p. 72.

<a
href="#_ftnref79" name="_ftn79" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[79]
.
RNUR, DRS, Le Problème « nord-africain »...,
op. cit., p. 8.

<a
href="#_ftnref80" name="_ftn80" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[80]
.
Ibid.

<a
href="#_ftnref81" name="_ftn81" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[81]
.
« Pas de service d’exception », extrait de L’Ouvrier
nord-africain de la Régie Renault
, op. cit.

<a
href="#_ftnref82" name="_ftn82" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[82]
.
Id.

<a
href="#_ftnref83" name="_ftn83" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[83]
.
Cf., sur ce point, Andrée Michel, « La sociologie
des relations raciales », La Pensée, art. cité,
p. 74.

<a
href="#_ftnref84" name="_ftn84" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[84]
.
Notamment dans le secteur métallurgique, cf., sur ce point,
Léon Gani, Syndicats et travailleurs immigrés, Paris,
Éditions sociales, 1972, p. 165.

<a
href="#_ftnref85" name="_ftn85" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[85]
.
Il existe ainsi une commission nord-africaine de l’UD (Union départementale)
CGT de la région parisienne, cf. id., p. 167.

<a
href="#_ftnref86" name="_ftn86" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[86]
.
Le Peuple, hebdomadaire de la CGT, n° 270, 29 septembre-6 octobre 1949.

<a
href="#_ftnref87" name="_ftn87" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[87]
.
De 1948 à 1957, les congrès confédéraux
de la CGT adoptent ainsi deux résolutions distinctes : une « résolution
sur la main-d’œuvre immigrée » et une « résolution
sur la main-d’œuvre nord-africaine ». À partir
du 32e Congrès,
en 1959, la distinction s’efface au profit d’une seule plate-forme
revendicative valable pour tous les travailleurs immigrés. Cf.,
sur ce point, Léon Gani, op. cit., p. 52 et pour la CGT
à Renault, Laure Pitti, Ouvriers algériens à Renault-Billancourt...,
op. cit.
, p. 368-372 et p. 458.

<a
href="#_ftnref88" name="_ftn88" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[88]
.
Cf., par exemple, CGT, Le Nord-Africain de la Régie Renault,
novembre 1950, 2 p., source : Archives Renault, classement
SGA (Société générale d’archivage), Service
07.16, Relations de travail, dossier n° 167, « Tracts
avant 1952, non classés ».

<a
href="#_ftnref89" name="_ftn89" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[89]
.
Cf., par exemple, CGT, Le Travailleur nord-africain de la Régie
Renault
, mai 1951, 2 p., source : id.

<a
href="#_ftnref90" name="_ftn90" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[90]
.
Cf., par exemple, CGT, L’Ouvrier nord-africain, mai 1955,
2 p., source : Archives du syndicat CGT de Renault-Billancourt,
boite « 1954, Nord-Africains ».

<a
href="#_ftnref91" name="_ftn91" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[91]
.
Cf. à titre d’exemple sur d’autres dispositifs de
gestion séparée, M.-J. Féron, J. Huet, M.-E. Pelletier,
L’Accueil et le logement des travailleurs nord-africains, Paris,
Conseil général de la Seine, 15 mars 1956.

<a
href="#_ftnref92" name="_ftn92" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[92]
.
Cf. également sur ce point, Gabrielle Varro, Anne-Sophie Perriaux,
« Les sens d’une catégorisation : “les
OS immigrés” », Langage et société,
n° 58, décembre 1991, p. 5-36, p. 9.

<a
href="#_ftnref93" name="_ftn93" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[93]
.
Pour reprendre l’expression de John Talbott, The War without a Name.
France in Algeria, 1954-1962
, New York, Alfred A. Knopf, 1980, elle-même
reprise par Patrick Rotman, Bertrand Tavernier, La Guerre sans nom. Les
appelés d’Algérie, 1954-1962
, Paris, Seuil, 1992.

<a
href="#_ftnref94" name="_ftn94" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[94]
.
Problème nord-africain dans la région parisienne, 22 juin 1956,
2 p., source : RNUR, DPRS, service Contrôle social, Archives Renault,
Documentation historique, dossier n° 55.

<a
href="#_ftnref95" name="_ftn95" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[95]
.
Id., p. 1.

<a
href="#_ftnref96" name="_ftn96" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[96]
.
Entretien avec Pierre Cadel, Suresnes, 10 avril 2001.

<a
href="#_ftnref97" name="_ftn97" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[97]
.
Cf. Laure Pitti, Ouvriers algériens à Renault-Billancourt...,
op. cit.
, p. 426-458.

<a
href="#_ftnref98" name="_ftn98" title=""><span
style='font-size:11.0pt'>[98]
.
Entretien avec Pierre Cadel, Suresnes, 10 avril 2001.

 

 

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