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Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

 Accueil > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > La messe en l’Église Saint-Sévérin et le « dossier Jean Müller ». Des chrétiens et la désobéissance au début de la guerre d’Algérie (1955-1957)


[ L’État et ses agents : encadrer et réprimer ]

La messe en l’Église Saint-Sévérin et le « dossier Jean Müller ». Des chrétiens et la désobéissance au début de la guerre d’Algérie (1955-1957)

par Tramor Quemeneur

 

Deux
temps forts de contestation collective marquent les premières années
de la guerre d’Algérie : il s’agit des manifestations
liées aux rappels et aux maintiens sous les drapeaux qui se déroulent
respectivement à l’automne 1955 et au printemps 1956. Parmi les
soldats contestant leur envoi en Afrique du Nord figurent des chrétiens,
qui sont même à la source des toutes premières initiatives
dénonçant la guerre d’Algérie.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Deux
initiatives exposant une expression chrétienne de l’opposition
à la guerre d’Algérie ont été retenues dans
cette étude. La première se déroule à l’automne
1955 lorsque des soldats assistent à une célébration
en l’église Saint-Séverin à Paris et diffusent
un tract dénonçant la guerre en Afrique du Nord. La seconde
découle des mesures de rappel et de maintien sous les drapeaux au printemps
1956. Jean Müller est un rappelé, catholique et membre de l’équipe
nationale « La Route » des Scouts de France. Tenté
par un refus radical de la guerre d’Algérie, il témoigne
de son parcours en Algérie. Son témoignage est une des sources
qui a alimenté le débat sur la torture au printemps 1957.

Ces
deux initiatives sont relativement connues mais sont ici étudiées
sous l’angle d’archives publiques qui permettent d’apporter
de nouveaux éléments à leur connaissance. Par ailleurs,
la désobéissance est un sujet central de ces événements.
Si elle ne s’inscrit pas forcément dans les actes, sa simple
éventualité n’est pas non plus sans conséquences
tant directes, dans la décision du témoignage, qu’indirectes,
dans la valeur d’exemple auprès d’autres soldats notamment
chrétiens.

La
manifestation en l’église Saint-Séverin (Paris, 29 septembre
1955)

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le 29 septembre, dans le quartier Saint-Michel
à Paris, des soldats en patance pour l’Afrique du Nord participent
à une messe en l’église Saint-Séverin. Un rapport
établi par le commissariat de police du 5e arrondissement
permet de suivre, à travers les yeux du commissaire de police, le déroulement
de la messe name="_ftnref1" title="">[1].

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le commissaire est prévenu à
18 heures 25 « que des militaires étaient susceptibles de
manifester dans le secteur Saint Séverin - Saint Michel ».
Il se rend ensuite « personnellement aux abords de l’Église
Saint Séverin, après avoir donné des ordres au service
P.S. [Police Secours] de patrouiller dans le secteur et de stationner ensuite
à Saint Jacques - Saint Séverin ». Il arrive à
l’église à 18 heures 40 et constate « qu’un
certain nombre de militaires y pénétraient ». Il
décide alors de les suivre. L’office commence à 18 heures
45 « dans le plus grand calme, en présence de 100 militaires
et de 30 civils ». L’officient commence la cérémonie
par ces paroles : « Nous célébrons la liturgie
de Saint Michel. La messe est dite pour la paix qui est une œuvre de
justice et d’amour, selon la devise même de Sa Sainteté
Pie XII ». Puis la cérémonie se poursuit « dans
la dignité »alors que d’autres militaires continuent
à entrer dans l’église, contribuant à ce que l’office
se termine « en présence de 150 militaires et 50 civils »,
à 19 heures 40. Les chiffres avancés sont bien entendu
ceux de la police. Bien qu’ils ne soient pas destinés à
être divulgués, ils peuvent cependant être contrebalancés,
notamment par ceux de L’Humanité. En effet, ce journal
publie le 1er novembre un article rendant brièvement compte
de la messe, dans lequel il est affirmé que les soldats sont au nombre
de trois cents<a
href="#_ftn2" name="_ftnref2" title="">[2].
La fourchette de soldats assistant à la messe en l’église
Saint Séverin varie donc entre 150 et 300 militaires.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>À
la suite de la messe, « une cinquantaine de militaires stationnant
au carrefour Saint Séverin - Saint Jacques », le commissaire
de police décide de se présenter à eux pour les prier
de se retirer, ce qu’ils firent « de bonne grâce ».
Mais, vers 19 heures 50, le commissaire de police s’aperçoit
« qu’une dizaine de militaires stationnaient toujours au
dit carrefour ». Il s’approche et constate « qu’un
Général Aumônier discutait avec eux, et les incitait à
se retirer ». Aidé de l’aumônier général,
le commissaire parvient à disperser le groupe. Il peut alors constater
qu’« à 20 heures, les abords de l’église
étaient déserts », ce dont s’assurent encore
plusieurs rondes de police.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le commissaire de police, accompagné
de l’aumônier général T. de la 1re région
militaire, se rend ensuite auprès de Monsieur C., curé de la
paroisse, afin d’obtenir de plus amples renseignements sur la « 
manifestation » des soldats. Le curé lui apprend « qu’il
avait reçu, hier, dans la matinée, un militaire, qui lui avait
demandé de vouloir bien, aujourd’hui, prier pour la paix »
et de lire un tract en chaire, dont une copie est jointe au rapport du commissaire.
Celui-ci précise ensuite que « tout en refusant la lecture
de ce tract, Monsieur le curé C., n’a pu refuser l’entrée
de son église [sic], ce soir, attendu qu’il s’agissait
de la célébration de la liturgie Saint Michel ».
Il apparaît enfin au commissaire de police que « des renseignements
recueillis tant auprès de Monsieur l’Aumônier général
T. que de Monsieur le Curé C., il résulte que les militaires
présents à l’office n’étaient pas des fidèles
de l’église ». Est-ce cependant à affirmer
que les personnes qui assistaient à la messe n’étaient
pas croyantes ? Non, si l’on s’en tient d’une part
à la nature de la « manifestation » - une
messe - et d’autre part aux arguments développés
dans le tract.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Ce
tract est intitulé : « Silence pour la paix. Ce que
signifie la présence des rappelés à l’église
Saint Séverin ». Il n’a pas été lu en
chaire, mais a fait l’objet d’une distribution après la
messe. Il présente les militaires assistant à la messe aux points
de vue spirituel et politique : « Croyants et incroyants,
chrétiens et communistes, juifs et protestants, nous voulons nous recueillir
pour la paix et la fraternité en Afrique du Nord ». Les
signataires affirment ensuite être « de conditions, de professions
et d’opinions diverses ». Il est donc évident que
parmi les soldats assistant à la messe se trouvent un certain nombre
de croyants, bien qu’ils ne soient pas des habitués de la paroisse.
En outre, il est loin d’être certain que cette action, fréquemment
présentée comme chrétienne, appartiennent uniquement
à cette sphère, si l’on s’en tient aux termes du
tract.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Bien que tous les soldats s’inscrivant
dans la « manifestation »de l’église Saint-Séverin
ne soient pas croyants, cette messe représente néanmoins l’une
des premières expressions publique de croyants confrontés à
la guerre d’Algérie. Un clivage semble cependant apparaître
entre les soldats présents à la messe et le curé de la
paroisse, qui adopte une position en retrait en refusant de lire le tract
en chaire. Ce distinguo représente-t-il une des premières
expressions de la division des chrétiens pendant la guerre d’Algérie,
faisant affirmer à René Rémond que « la cohésion
a été ébranlée à l’intérieur
des Églises [pendant la guerre d’Algérie]. Venant après
les événements de 1940-1944 qui ont été la première
fêlure à ébranler le catholicisme, les années 1954-1962
ont ébranlé (elles aussi) l’autorité. Ce fut un
second choc pour une deuxième génération »<span
class=MsoFootnoteReference>[3]
En outre, si le curé de la paroisse
a refusé de lire le tract en chaire, il est intéressant de constater
qu’il prononce la messe « pour la paix », manifestant
probablement un certain intérêt pour l’action des soldats.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le tract présente les soldats
assistant à la messe non seulement aux points de vue spirituel et politique,
mais aussi au point de vue militaire : « Nous sommes des soldats
de tous contingents - appelés, maintenus, rappelés -
qui devons partir incessamment pour l’Afrique du Nord ».
En fait, d’après un ouvrage de Jean-Pierre Vittori<span
class=MsoFootnoteReference>[4]
, ces appelés viennent de différents
lieux Ils semblent tous appartenir au 401e RAA (régiment
d’artillerie antiaérienne) et sont stationnés dans la
région parisienne, entre les forts de Romainville et de Nogent, et
la caserne de Provins. Ces appelés, rappelés et maintenus sont
envoyés en manœuvre à Biscarosse dans les Landes au début
du mois de septembre. Durant tout le trajet, ils manifestent leur mécontentement.
Sur place, ils refusent collectivement d’entrer dans le camp et vont
prendre un bain de mer. D’après l’ouvrage précité,
c’est à leur retour en région parisienne que plusieurs
de ces soldats demandent à leurs camarades d’assister à
la messe en l’église Saint-Séverin pour protester contre
leur départ en Afrique du Nord.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Pour quelles raisons s’opposent-ils
à leur envoi en Afrique du Nord ? Le tract se penche d’abord
sur la raison de leur présence en l’église Saint-Séverin :
« Nous sommes ici pour témoigner solennellement au nom de
tous nos camarades de notre angoisse et de notre honte à servir, par
la violence, une cause qui n’est pas celle de l’ensemble des Français ».
Les termes d’« angoisse »et de « honte »,
très forts, montrent la révolte profonde qui anime leur démarche.
Selon eux, il existe une ligne de fracture dans l’opinion publique française
qui n’est pas faite pour justifier l’emploi de la force en Afrique
du Nord. Bien que l’opinion publique française considère
majoritairement que l’Algérie représente trois départements
français<span
class=MsoFootnoteReference>[5]
, l’emploi du contingent en Afrique
du Nord suscite également un profond mécontentement, à
commencer par celui des premiers intéressés. Puis les rédacteurs
du tract s’interrogent sur les fondements de leur opposition à
l’intervention armée en Afrique du Nord : « Notre
conscience nous dit que cette guerre que nous avons à porter contre
nos frères musulmans, et dont beaucoup sont morts pour défendre
notre pays, est une guerre contraire à tous les principes chrétiens,
à tous les principes de la Constitution française, au droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes, à toutes les
valeurs dont notre pays s’enorgueillit justement ». Les soldats
mettent ainsi en avant des références historiques, politiques
et morales fondamentales pour justifier leur opposition à leur envoi
en Afrique du Nord.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>D’ailleurs, les rédacteurs
du tract affirment que ces notions font partie de ce qui leur a été
enseigné, inscrivant du même coup leur attitude dans une histoire :
« C’est parce que cette guerre est contraire à tous les
enseignements que nous avons pu tirer pendant notre jeunesse, qui s’est déroulée
sous une occupation étrangère, que nous avons appris le dégoût
d’une armée installée chez un peuple étranger »En
se tournant vers les enseignements qu’ils ont reçus, les rédacteurs
font référence à la Seconde Guerre mondiale par l’expression
« occupation étrangère ». La force du
résistancialisme<span
class=MsoFootnoteReference>[6]
contribue ensuite à ce qu’ils
fassent explicitement référence à la Résistance :
« Nos leçons de courage et de dignité, nous les avons
reçues de nos frères aînés qui ont fait la résistance.
Ils nous ont donné précocement le goût des causes justes
et la volonté de les défendre sans faiblesse ». Ils
considèrent ainsi la guerre dans les pays maghrébins à
travers le prisme de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils ont vécue
« pendant leur jeunesse » et qui leur a donné
« le goût des causes justes ». Pour une
grande partie des opposants à la guerre d’Algérie, cette
référence à la Seconde Guerre mondiale est importante,
sinon fondamentale.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Il est important de constater que le
recours à la Résistance a pour conséquence d’empêcher
les rédacteurs du tract de se reconnaître dans l’objection
de conscience, c’est-à-dire le refus de porter les armes. Ils
se réfèrent cependant à cette notion : « Nous
serions prêts, demain, à prendre les armes contre toute armée
qui viendrait jouer ici le rôle que l’on veut nous faire jouer
aujourd’hui en Afrique du Nord. Nous ne sommes pas des objecteurs de
conscience, mais si nos bras tremblent en tirant sur nos frères musulmans,
il faut que tous les Français le sachent, c’est parce que notre conscience
se soulève ». L’objection de conscience retrouve de
cette manière une certaine actualité, perdue depuis le déclenchement
de la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
un projet de statut d’objecteur de conscience a cependant été
déposé à l’Assemblée nationale à
deux reprises, notamment par André Philip, le 1er décembre
1949 et le 19 juin 1952<span
class=MsoFootnoteReference>[7]
. Les rédacteurs ne s’inscrivent
pas dans l’objection de conscience dans la mesure où ils seraient
prêts à prendre les armes pour défendre la patrie. En
outre, dans une démarche parfaitement anticolonialiste, ils considèrent
que l’Algérie constitue une entité différente de
la France.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Dans une formule maladroite (à
moins que ce ne soit le brigadier de police qui ait commis cette erreur - ou
redondance - en recopiant le tract), les rédacteurs du tract
posent encore la question de l’éventualité de leur désobéissance,
en affirmant : « Nous n’appelons pas les soldats au
refus de désobéissance [sic] individuelle aux ordres
du gouvernement, mais le peuple français doit savoir que si nous obéissons,
ce sera la mort dans l’âme ». Ainsi, les rédacteurs
du tract entendent s’inscrire dans une démarche collective car
ils semblent craindre la marginalisation. D’ailleurs, ils renvoient
au « peuple français » la responsabilité
d’arrêter la guerre : « À
lui de comprendre où est son devoir à l’égard de
ses propres enfants et d’agir pour que cesse cette guerre qui le déshonore ».
Enfin, en conclusion, les rédacteurs tiennent encore à justifier
leur courage et leur patriotisme, en insistant sur les causes qu’ils
sont prêts à défendre : « Que ceux, parmi
les Français, qui sont prêts à nous taxer de défaitisme
ou de lâcheté, aillent dans les casernes interroger librement
et honnêtement les soldats sur la conscience qu’ils peuvent avoir
de leur devoir à défendre la France, ils sauront que nous ne
sommes ni des lâches, ni des défaitistes, et qu’il y a
parmi nous une immense soif de vraie justice et de justice pour tous les hommes,
qui nous a créé un devoir impérieux de savoir ce que
nous défendons et qui nous défendons, sans contradiction et
sans remords ». Ils montrent ainsi que leur sentiment est largement
partagé et surtout qu’il est légitime.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>À la suite de la messe, le régiment
est consigné et seize soldats sont envoyés en Afrique. Une cinquantaine
de soldats quittent clandestinement la caserne pour revoir leur famille avant
leur départ prévu dans la nuit du 1er au 2 octobre.
Ils reviennent à la caserne avec 24 heures de retard et sont emmenés
par avion au Maroc, où ils doivent effectuer 60 jours de prison.
Après avoir évoqué publiquement la question de la désobéissance,
les soldats de ce régiment montrent donc qu’ils peuvent inscrire
leurs paroles en actes. Néanmoins, force est de constater qu’ils
rallient tous leur point d’arrivée, le Maroc<span
class=MsoFootnoteReference>[8]
.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Quelques mois plus tard, la victoire
du « Front républicain » rassemblant quatre formations
politiques de gauche, élues sur un programme de paix, pouvait laisser
penser que les Français répondaient favorablement aux attentes
des soldats qui avaient manifesté contre leur envoi en Afrique du Nord.
Mais, en avril 1956, le gouvernement Guy Mollet prenait une nouvelle fois
des mesures de rappel et de maintien sous les drapeaux. Des manifestations
encore plus importantes de soldats couvraient le territoire métropolitain.
Une nouvelle fois, la question de la désobéissance se posait,
notamment pour des chrétiens comme Jean Müller. Mais son nom est
davantage connu pour son opposition à la torture, à travers
le « dossier »portant son nom, publié en février
1957 par Témoignage chrétien.

Le
« dossier Jean Müller » (février 1957)
<span
class=MsoFootnoteReference>[9]

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Jean
Müller est un des responsables de l’équipe nationale « La
Route »des Scouts de France. Comme de nombreux autres jeunes hommes,
il est rappelé en 1956 name="_ftnref10" title="">[10]. Jean
Müller se pose la question de la désobéissance individuelle
et en fait part aux autres membres de l’équipe nationale « La
Route ». Or celle-ci, certes opposée à la guerre
d’Algérie, ne veut pas « mettre le feu aux poudres »,
comme le précise Paul Rendu, alors membre de l’équipe,
à une table ronde de l’IHTP : « Mettre le feu
aux poudres, c’était par exemple recommander l’insoumission.
Certes, nous n’avons jamais détourné de leur résolution
ceux qui nous ont demandé conseil en privé, sauf dans un cas
qui est précisément celui de Jean Müller »<a
href="#_ftn11" name="_ftnref11" title="">[11].
Selon Paul Rendu, la désobéissance est un sujet qui pose débat
au sein des Scouts de France. Elle semble acceptée au stade de la résolution
individuelle mais ne fait pas l’objet d’une position collective
et publique. Toutefois, du fait du rôle important que joue Jean Müller
au sein des Scouts de France, les membres de l’équipe nationale
tentent de le détourner de la désobéissance individuelle.
En effet, comme l’affirme Paul Rendu : « Jean Müller
était tenté par un refus radical de la guerre d’Algérie.
Toutefois, conscient de la responsabilité qu’il avait en tant
que membre de l’équipe nationale [de La Route], il m’a
dit “D’accord, je pars mais je serai là-bas quelqu’un
qui ne laissera rien passer”. Et de fait, c’est ce qui s’est
produit »<span
class=MsoFootnoteReference>[12]
. Le parcours de Jean Müller pose
à nouveau la question de la désobéissance chrétienne
dans la guerre d’Algérie. Par rapport aux manifestants de l’église
Saint-Séverin, la résolution de la désobéissance
semble plus affirmée chez Jean Müller. Le témoignage de
Paul Rendu, s’il évoque la volonté de « refus
radical » de Jean Müller, ne précise cependant pas
si Jean Müller était davantage partisan de l’insoumission
ou de l’objection de conscience. Il n’en reste pas moins que,
comme les soldats du 401e RAA protestant en l’église
Saint-Séverin, il s’agit d’une « non désobéissance »dans
le cas de Jean Müller puisque celui-ci accepte de partir en Algérie
sous l’influence de Paul Rendu. Cette « non désobéissance »
a amené Jean Müller à témoigner par écrit
de ce qu’il a vu et vécu en Algérie, ce qui constitue
le « dossier Jean Müller ». Le parcours de Jean
Müller est surtout connu pour ce « dossier »publié
aux éditions du Témoignage chrétien<span
class=MsoFootnoteReference>[13]
<span
style='font-family:Times'>.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le
départ de Jean Müller pour l’Algérie a lieu le 14
juin 1956. Comme il en rend compte dans son « dossier »,
ce départ est marqué par quelques incidents qui prennent rapidement
fin : « À la gare [de Nancy] étaient massés
des CRS et les policiers derrière les murs et à contre-voie.
Du convoi de camions s’étaient élevés des cris :
“Lacoste au poteau...”. Puis tout s’est calmé »<a
href="#_ftn14" name="_ftnref14" title="">[14].
En Algérie, Jean Müller témoigne des difficultés
éprouvées par un soldat du contingent, notamment concernant
« les entraînements collectifs auxquels beaucoup ici se laissent
prendre »<span
class=MsoFootnoteReference>[15]
. En effet, le « dossier
Jean Müller » est surtout connu pour être un des premiers
témoignages sur la torture et les exécutions sommaires. Parmi
les cas de tortures et d’exécutions sommaires qu’il cite,
on relève notamment celui du camp de Tablat, où un prisonnier
algérien, présumé combattant nationaliste, est interrogé
puis exécuté par deux hommes lors de son transport : « On
le mit dans un trou, et le convoi repartit ! Le compte rendu sera bien
fait, crois-moi : tentative de fuite »<span
class=MsoFootnoteReference>[16]
. Commentant l’attitude possible
des soldats du contingent, Jean Müller avance : « Nous,
ici, nous sommes coincés, obligés de suivre le mouvement, nous
avons seulement la ressource de refuser les ordres immoraux »<span
class=MsoFootnoteReference>[17]
. Jean Müller dresse encore la
liste des tortures infligées par quatre sous-officiers et dix officiers,
assistés d’une section de rappelés name="_ftnref18" title="">[18]. Mais
Jean Müller rend également compte du témoignage de deux
de ses meilleurs amis, du 14e RCP (régiment de chasseurs
parachutistes), qui affirment notamment avoir vu « un suspect balancé
dans le vide depuis un hélicoptère (200 mètres de haut) »<span
class=MsoFootnoteReference>[19]
ou avoir assisté à des
séances de tortures, comme à Seriet name="_ftnref20" title="">[20]. Les
affaires mentionnées ne sont pas exhaustives. Jean Müller éprouve
ainsi de très grandes difficultés à « pratiquer
l’Évangile du Christ, [à] être ouvert à tous,
[ à ] ne pas faire de distinction entre les races, [à]
aimer tout le monde : ça a été dur et quelquefois
je n’y suis pas parvenu. On a essayé de me posséder. Comme
je me moquais des honneurs (grades, etc...) on a voulu m’avoir par
les menaces sous les prétextes les plus divers : on a essayé
par trois fois de me casser, puis on m’a muté dans une autre
compagnie. Le commandant et mes officiers connaissent mes opinions, mais jusqu’à
présent personne n’a osé m’attaquer de front, car
je me suis toujours présenté comme chrétien, jamais comme
faisant de la politique »<span
class=MsoFootnoteReference>[21]
. Jean Müller est finalement mort
au cours d’une embuscade, le 27 octobre 1956.

Le
« dossier Jean Müller » a été élaboré
à partir des lettres envoyées par Jean Müller à
ses proches. L’organisation scoutiste ayant refusé la publication
du « dossier », celui-ci est publié par les Cahiers
du Témoignage chrétien
le 15 février 1957, notamment
sous l’impulsion du journaliste chrétien Robert Barrat. Ce « dossier »
porte évidemment de graves accusations et ne manque pas de nourrir
l’important débat sur la torture au printemps de l’année
1957. Quelques jours après la publication du « dossier »,
le 7 mars 1957, le ministère de la Défense nationale porte plainte
pour diffamation contre les Cahiers du Témoignage chrétien
<a
href="#_ftn22" name="_ftnref22" title=""><span
style='font-family:Times'>[22]
<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>.
Le 26 février 1957, L’Humanité rend compte de la
publication du « dossier Jean Müller », dans un
article intitulé : « Algérie - la pacification
vue du côté de la mitraillette ». Deux autres articles
concernent également la torture : « Les brochures bleues
et les enterrés vivants » (de Léon Max, pseudonyme
de Léon Nissim) et « Pour la paix en Algérie... ».
Le journal est saisi le jour même par la préfecture de police
de la Seine et la préfecture d’Alger. Le « dossier
Jean Müller » entre alors dans sa phase judiciaire qui semble
aussi intéressante à étudier.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Dès la plainte du ministère
de la Défense nationale, le ministère de la Justice prend la
mesure de l’importance de l’affaire. Dans une note manuscrite
du 1er bureau du ministère de la Justice, en date du 11
mars 1957, un haut fonctionnaire du bureau des affaires criminelles, A. Lamarche,
n’hésite pas à écrire : « Il s’agit
ici d’une affaire présentant une importance incontestable »<span
class=MsoFootnoteReference>[23]
. Dans une note adressée trois
jours plus tard au directeur du cabinet du Garde des Sceaux, monsieur Chavanon,
le Bureau des affaires criminelles appelle à la prudence dans la mesure
où « il convient d’observer que dans la préface,
il est indiqué que 14 camarades de Jean Müller sont prêts
à témoigner en justice de la réalité des faits
révélés » title="">[24]. La période qui
suit est consacrée à la collation des documents nécessaires
à l’instruction de l’affaire. Ces documents sont en particulier
demandés au ministère de la Défense.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Environ un an après la publication
du « dossier Jean Müller », l’instruction
semble toucher à sa fin, comme le constate le procureur de la République
chargé de l’affaire : « les pièces transmises
par la rue Saint Dominique [i.e. le ministère de la Défense]
me paraissent apporter au Ministère public des éléments
suffisants de contre preuve » name="_ftnref25" title="">[25]. Le
procureur de la République affirme que les pièces transmises
permettent d’« envisager sans appréhension un débat
public » dans différentes affaires dont certaines ont été
mentionnées ci-avant. Le procureur de la République en dresse
la liste : celles « dites “du camp de Tablat”,
“de l’hélicoptère”, “de Seriet”,
“des enterrés vivants”, “de la rue d’Aumale
et du marché Barnave”, et “des tortures infligées
au nommé Habri” ». Le procureur affirme ainsi être
en possession de documents qui réfuteraient les affirmations de Jean
Müller.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Toutefois, il se crée un point
de fixation autour de « l’affaire du col de Bekar »
car le procureur de la République n’est pas en mesure de fournir
des éléments de contre preuve. Cette affaire concerne les « représailles
collectives ». Ainsi, d’après Jean Müller, une
note du Commandant du bataillon leur serait parvenue courant août 1956
justifiant une « gradation des “mesures coercitives” » name="_ftnref26" title="">[26]. Fin
août, elle est mise en application : vingt Algériens sont
sommairement exécutés au col de Bekar, lieu où treize
Français du 2/117° RI avaient auparavant trouvé la mort<a
href="#_ftn27" name="_ftnref27" title="">[27].
Or, d’après le procureur de la République « il
résulte de l’un des documents fournis par le ministère
de la Défense nationale, à savoir le “Rapport d’enquête”
établi par le colonel Thomazo, que la première version de “l’affaire
du col de Bekar”, donnée par le commandant [C.], qui dirigeait
l’opération, n’était pas conforme à la vérité ».
Il semble que le rapport d’enquête du colonel Thomazo dont il
est question soit le même que celui étudié par Raphaëlle
Branche name="_ftnref28" title="">[28]. Le
nombre d’Algériens sommairement exécutés diffère
cependant : le procureur de la République mentionne vingt Algériens,
tandis que Raphaëlle Branche cite le nombre de quatorze Algériens.
Le colonel Thomazo montre ainsi que le commandant C. a falsifié le
compte rendu de l’opération du col de Bekar. Toutefois, le colonel
Thomazo justifie les exactions commises par les soldats français, ce
qui indigne le préfet Collaveri, destinataire du rapport d’enquête :
« Cette conclusion est que les exactions sont réelles mais
qu’elles ont eu pour victimes des personnes ou des familles réputées
suspectes. En d’autres termes, dans les cas considérés,
dit le colonel, si justice sommaire a été faite, il y a tout
de même eu “justice” car elle n’a frappé que
d’authentiques coupables »<span
class=MsoFootnoteReference>[29]
. Le rapport du colonel Thomazo, en
justifiant les exécutions sommaires, montre en même temps qu’elles
ont existé.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le procureur de la République
stipule que « la première version des faits est exposée
dans le procès-verbal dressé le 2 septembre 1956 par la gendarmerie
de Tablat, et où figure l’audition du chef de bataillon C. »
concernant l’exécution sommaire des Algériens. Or, Sylvie
Thénault, traitant de la commission présidée par le colonel
Thomazo qui a rédigé le rapport sur « le rôle
des forces françaises employées dans l’Algérois
pour la lutte contre la rébellion », mentionne qu’un
chef de bataillon est puni pour avoir falsifié des exécutions
sommaires dans un compte rendu d’opérations<span
class=MsoFootnoteReference>[30]
. Le grade de la personne impliquée
et les dates semblent correspondre, même s’il existe un faible
décalage chronologique : en effet, la plainte a été
déposée au cours du mois d’août 1956, tandis que
l’audition du chef de bataillon par la gendarmerie de Tablat date du
2 septembre 1956. Il reste cependant fort probable qu’il s’agisse
de la même affaire qui a conduit à sanctionner le chef de bataillon
pour son mensonge, et non pour les exécutions sommaires<span
class=MsoFootnoteReference>[31]
.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le procureur de la République
s’en tient à cette version très officielle de la sanction
infligée au chef de bataillon, en évoquant « la maladresse
du commandant C. qui “par crainte d’être accusé d’avoir
fait abattre sommairement les vingt suspects”, a donné de l’affaire
une version qui n’était pas conforme à la vérité ».
Mais, prenant maintes précautions, il est bien obligé de reconnaître
que « cette affaire pouvait présenter, dans une certaine
mesure, les apparences d’une exécution sommaire ».
L’énumération des « apparences »de
l’exécution se passe pourtant de commentaires sur « la
maladresse »du chef de bataillon : « Tous les suspects,
parmi lesquels se trouvaient quatre hommes âgés de plus de 50
ans, et un vieillard de 76 ans, ont été, sans exception, mortellement
atteints (PV [procès-verbal] de la gendarmerie de Tablat du 29 août
1956). [...] D’après les constatations de la gendarmerie
presque tous les cadavres présentaient des perforations du dos, et
[...] onze d’entre eux avaient reçu des coups de feu dans
la tête. [...] Parmi ces derniers, quatre avaient reçu une
balle dans la nuque, et [...] trois autres avaient la “boîte
crânienne éclatée” » name="_ftnref32" title="">[32].

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Sylvie Thénault montre que les
punitions concernant des cas de tortures ou d’exécutions sommaires
« représentent à peine 10 % du total des sanctions
prononcées » title="">[33]. Mais, plus encore,
« les sanctions sont rarissimes » si on les rapporte
« au total des réclamations adressées au commandement
pour des disparitions, des tortures ou des exécutions sommaires, qui
est de 444 » jusque mai 1957<span
class=MsoFootnoteReference>[34]
. Dans le cas présent, on peut
même poursuivre cette réflexion encore plus loin, en affirmant
que le soldat peut aussi faire l’objet d’une promotion, ce que
le procureur de la République admet beaucoup plus difficilement :
« On comprend moins bien que cet officier supérieur, “sévèrement
sanctionné pour ce fait” (rapport du colonel Thomazo), ait été
peu après (en tout cas antérieurement au 29 mars 1957) promu
lieutenant-colonel, ainsi qu’il résulte de certaines des pièces
produites par la Rue Saint Dominique »<span
class=MsoFootnoteReference>[35]
. Tout cela contribue à gêner
considérablement le procureur de la République dans l’établissement
de son réquisitoire.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Les termes du procureur de la République
dénotent la mise au pas progressive de la justice par l’armée<span
class=MsoFootnoteReference>[36]
, même en métropole. Mais
le procureur de la République est embarrassé par la perspective
d’un débat public, d’autant plus que certaines pièces
du dossier ne manqueraient pas de faire éclater un scandale. Il conclut
alors : « La perspective d’un débat public sur
l’affaire du col du Bekar me paraît soulever une question d’opportunité »
qu’il renvoie au procureur général. Dans l’attente,
il se refuse également à inculper des personnes : « Je
crois donc devoir surseoir, provisoirement, à toute réquisition
d’inculpation nominative contre les responsables de la publication des
articles incriminés » title="">[37]. Suite à ce rapport,
le ministère de la Justice demande donc au ministère de la Défense
nationale si, au vu des pièces, il n’estime pas préférable
d’abandonner les poursuites. Renaud Donnedieu de Vabres, chef de cabinet
du ministre de la Défense nationale, répond laconiquement, par
l’affirmative, le 8 juillet 1958 : « J’ai l’honneur
de vous faire connaître que je n’estime plus opportun de voir
continuer ces poursuites »<a
href="#_ftn38" name="_ftnref38" title="">[38].
Cette issue semble satisfaire, sinon soulager, le ministère de la Justice.
Un membre du bureau criminel du ministère de la Justice s’exclame
ainsi dans une note manuscrite : « ... On devait évidemment
en arriver à cette solution ! »<a
href="#_ftn39" name="_ftnref39" title="">[39].

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Le
« dossier Jean Müller » aboutit à un réquisitoire
de non lieu le 29 octobre 1958. L’instruction contre L’Humanité
trouve une issue identique le 14 novembre 1958. Le frère de Jean Müller,
Jacques Müller, considérant que la procédure suivie a porté
atteinte à la réputation de son frère et fort de l’issue
de la procédure, décide de porter plainte contre le Ministre
de la Défense nationale pour diffamation. Cependant, l’issue
de l’affaire nous est inconnue. Les deux autres articles de L’Humanité
mis en cause conjointement aux extraits du « dossier Jean Müller »continuent
à être poursuivis, mais trouvent une issue identique : un
non lieu est prononcé le 5 août 1960 par la Cour d’appel
de Paris.

La
messe en l’église Saint-Séverin montre que certains chrétiens
se posent très rapidement la question de la désobéissance
dans la guerre d’Algérie, notamment par anticolonialisme. Toutefois,
si ces soldats évoquent la désobéissance, ils ne semblent
pas prêts à y répondre par l’affirmative. Ils affirment
ainsi ne pas se reconnaître dans l’objection de conscience, et
tous suivent leur ordre de route en Afrique du Nord. Moins d’un an plus
tard, les nouvelles mesures de maintien et de rappel sous les drapeaux amènent
Jean Müller à se poser aussi la question de sa participation à
la guerre en Algérie. Jean Müller semble avoir davantage basculé
dans la désobéissance, mais Paul Rendu finit par le convaincre
de suivre son ordre de route. C’est ce qui amène la publication
du « dossier Jean Müller »qui constitue l’un
des premiers documents entraînant l’important débat sur
la torture au printemps 1957.

<span
style='font-size:12.0pt;font-family:Times'>Ces
premiers témoignages amènent d’autres chrétiens
à se forger plus rapidement une opinion sur la guerre d’Algérie.
Ils contribuent à ce que certains d’entre eux n’envisagent
plus la désobéissance comme une éventualité mais
comme une certitude. Le futur cinéaste André Gazut, témoignant
sur sa désobéissance en 1961 sous le pseudonyme de Denis Morvan,
affirme ainsi : « Peu avant mon appel sous les drapeaux, dans
une grande revue parisienne où j’étais reporter-stagiaire,
je vis dans les bureaux de la rédaction des photos de torture [...].
Le dossier “Müller”, les faits rapportés dans la presse
de gauche, n’étaient que trop vrais. Il n’y avait pas eu
calomnie contre l’armée de “Pacification” »<a
href="#_ftn40" name="_ftnref40" title="">[40].
L’accumulation de traces, de témoignages contribue ainsi à
amener certains chrétiens à choisir la voie de la désobéissance.

Tramor Quemeneur
prépare une thèse sur « Obéissance et désobéissances
de soldats français pendant la guerre d’Algérie. Insoumissions,
désertions, refus d’obéissance » à l’université
de Paris VIII sous la direction de Benjamin Stora.

tquemeneur@hotmail.com



<span
class=MsoFootnoteReference>[1]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Préfecture de Police, police
municipale, 5e district, 5e arrondissement, « Le
commissaire de police principal du 5e arrondissement à Monsieur
le directeur général de la police municipale », Paris,
29 septembre 1955 (Archives de la Préfecture de Police de Paris, C
45 4560 120 131 9*). Les dossiers marqués d’une étoile
(*) sont soumis à dérogation.

<span
class=MsoFootnoteReference>[2]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. « Nouvelle manifestation
de rappelés du Fort de Nogent », L’Humanité,
1er octobre 1955, p. 1.

<span
class=MsoFootnoteReference>[3]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. René Rémond :
« Conscience religieuse et diversité des choix face à
la guerre en Algérie » (conclusion du débat), Les
Cahiers de l’IHTP
, n° 9 : « La guerre d’Algérie
et les chrétiens », octobre 1988, p. 153.

<span
class=MsoFootnoteReference>[4]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Jean-Pierre Vittori, Nous les
appelés d’Algérie
, Paris, Stock, 1977, 319 p.

<span
class=MsoFootnoteReference>[5]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Voir en particulier Charles-Robert
Ageron : « L’opinion française à travers
les sondages », in Jean-Pierre Rioux (dir.), La Guerre
d’Algérie et les Français
, Paris, Fayard, 1990. Article
initialement publié dans la Revue française dhistoire d’outre-mer,
en 1976.

<span
class=MsoFootnoteReference>[6]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Sur le résistancialisme, voir
Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Paris,
Seuil, 1990, 418 p.

<span
class=MsoFootnoteReference>[7]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. « Proposition de
loi tendant à la création d’un service civil pour les
objecteurs de conscience », Journal officiel. Documents parlementaires.
Assemblée nationale
, session de 1949 n° 8568 et session
de 1952 n° 3738, respectivement p. 2065-2066 et 1391-1392.

<span
class=MsoFootnoteReference>[8]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Les manifestations de rappelés
ne concernent pas uniquement l’Algérie, mais également
la Tunisie et le Maroc. À cette période, la guerre d’Algérie
ne s’est pas encore singularisée et entre dans le cadre plus
général des « événements d’Afrique
du Nord ». Mais, si les rappelés et les maintenus contestent
leur envoi sur l’un des trois territoires maghrébins, leurs manifestations
touchent également, par ricochet, les envois du contingent sur les
autres territoires maghrébins, dont l’Algérie.

<span
class=MsoFootnoteReference>[9]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. « Dossier Jean Müller »,
Cahiers du Témoignage chrétien, n° XXXVIII,
[février 1957], 30 p.

<span
class=MsoFootnoteReference>[10]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> « Décret n° 56-373
tendant au maintien sous les drapeaux des hommes du premier contingent 1955
et des militaires qui auront satisfait à leurs obligations légales
d’activité entre le 31 juillet 1956 et le 30 janvier 1957 »
et « décret n° 56-374 du 12 avril 1956 portant
rappel de disponibles et de certains officiers et sous-officiers de réserve »,
Journal officiel de la République française. Lois et décrets,
13 avril 1956, p. 3574-3575.

<span
class=MsoFootnoteReference>[11]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Témoignage de Paul Rendu au
débat sur « Conscience religieuse et diversité des
choix face à la guerre d’Algérie », Les Cahiers
de l’IHTP
, op. cit., p. 143.

<span
class=MsoFootnoteReference>[12]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[13]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. « Dossier Jean Müller »,
op. cit.

<span
class=MsoFootnoteReference>[14]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 5.

<span
class=MsoFootnoteReference>[15]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 18.

<span
class=MsoFootnoteReference>[16]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 10.

<span
class=MsoFootnoteReference>[17]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[18]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 17.

<span
class=MsoFootnoteReference>[19]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 18.

<span
class=MsoFootnoteReference>[20]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[21]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 18-19.

<span
class=MsoFootnoteReference>[22]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Plainte du ministère de la
Défense nationale contre les Cahiers du Témoignage chrétien,
7 mars 1957 (Archives du ministère de la Justice, 57 82 G 124*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[23]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, A.
Lamarche, [Note manuscrite], 11 mars 1957 (AMJ, 57 R 82 G 124*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[24]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, 1er
Bureau, Note pour M. le directeur du cabinet du Garde des Sceaux (à
l’attention de M. Chavanon)
, 14 mars 1957 (AMJ, 57 R 82 G 124*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[25]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, Parquet
de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine
à monsieur le procureur général. Service central 131
presse 13 », 31 mars 1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[26]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. « Dossier Jean Müller »,
op. cit., p. 12.

<span
class=MsoFootnoteReference>[27]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 13.

<span
class=MsoFootnoteReference>[28]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Raphaëlle Branche, La Torture
et l’armée pendant la guerre d’Algérie
, Paris,
Gallimard, 2001, p. 50.

<span
class=MsoFootnoteReference>[29]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Lettre du préfet Collaveri
au général Salan, 29 octobre 1956, cité in ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[30]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Sylvie Thénault, Une drôle
de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie
, Paris,
La Découverte, 2001, p. 137.

<span
class=MsoFootnoteReference>[31]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[32]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, Parquet
de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... »,
op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[33]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Sylvie Thénault, op. cit.,
p. 137.

<span
class=MsoFootnoteReference>[34]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ibid.

<span
class=MsoFootnoteReference>[35]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, Parquet
de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... »,
op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[36]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Sylvie Thénault, op. cit.,
p. 65 et suiv.

<span
class=MsoFootnoteReference>[37]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, Parquet
de la Seine, « Le procureur de la République de la Seine... »,
op. cit. (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[38]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> Ministère de la défense
nationale, Cabinet du ministre, « Le Ministre de la Défense
nationale - cabinet - à monsieur le Garde des Sceaux -
Ministre de la Justice - 1er Bureau », 8 juillet
1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[39]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Ministère de la Justice, [Note
manuscrite], 15-17 juillet 1958 (AMJ, 57 82 G 120*).

<span
class=MsoFootnoteReference>[40]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Témoignage écrit de
Denis Morvan (pseud. d’André Gazut), février 1961 (archives
privées).

 

 

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