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 Accueil > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > La municipalité de Constantine de 1947 à 1962


[ Les Algériens acteurs de leur histoire ]

La municipalité de Constantine de 1947 à 1962

par Ouanassa Siari Tengour

 

<span
style='font-family:Times'>Entre l’adoption du Statut de l’Algérie
(1947) et l’indépendance (1962), l’expérience municipale<a
href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> [1]
passe par trois phases successives. La première couvre les deux municipalités
élues en 1947 et en 1953 : elle n’est guère différente
des précédentes dans la mesure où elle pérennise
un système de représentation basé sur l’existence
de deux collèges séparés et un nombre inégal de
conseillers municipaux. En l’occurrence, le maintien des deux collèges
est en contradiction avec les dispositions introduites par la loi Lamine Gueye
(1946) qui reconnaît la citoyenneté à l’ensemble
des ressortissants des colonies françaises. En théorie, les 
sujets indigènes jouissent, à compter de cette date, de l’ensemble
des droits auxquels ouvre la citoyenneté française.

<span
style='font-family:Times'>La seconde phase résulte de l’évolution
politique créée par le déclenchement de la guerre de
libération nationale, à partir du 1er novembre 1954.
Le déroulement effectif des délibérations municipales
est ralenti du fait même de la désertion de la plupart des conseillers
municipaux musulmans. Le vote des « Pouvoirs spéciaux »
conjugué à l’insécurité générale
rend impossible l’organisation des élections, pour le renouvellement
du conseil municipal. D’où l’arrêté du 11
décembre 1956 qui prononce la dissolution de tous les conseils municipaux
élus. À Constantine, c’est en mars 1958 qu’est installée
une délégation spéciale soumise à un contrôle
strict de la part des autorités militaires. La nouvelle structure,
placée sous la direction d’un « français-musulman »,
Hocine Allouache, supprime pour la première fois dans l’histoire
de l’Algérie coloniale, la distinction entre les deux collèges
tout en introduisant une présence remarquée de femmes. La Délégation
spéciale est en fait un organe vidé de ses prérogatives
qui sont dévolues à la Section administrative urbaine (SAU)<span
class=MsoFootnoteReference> [2]
. Les débuts de la Ve
République annoncent le début d’un retour à la
normale qui sera concrétisé par l’organisation des élections
municipales, au mois d’avril 1959, premier scrutin auquel les femmes
musulmanes participent conformément au décret de juillet
1958 name="_ftnref3" title=""> [3] .

<span
style='font-family:Times'>Ces trois âges de l’histoire de la municipalité
de Constantine peuvent être étendus aux principales villes
algériennes. Ils ont comme particularité de nous permettre d’aborder
plusieurs questions liées au fonctionnement de l’institution
municipale dans un contexte colonial. La principale est liée au statut
différencié des membres composant le conseil municipal d’où
un rapport inédit, sinon paradoxal, établi entre nationalité
et citoyenneté. Ces contraintes institutionnelles impriment au conseil
municipal un fonctionnement atypique où les élus indigènes
seront appelés à faire l’apprentissage de la gestion
moderne de la cité.

La
domination coloniale exercée par les élus du premier collège
jusqu’en 1959, confortée par les multiples intrusions de l’administration,
ont lourdement hypothéqué, sinon entretenu, des pratiques politiques
où les rapports clientélistes trouveront un terrain favorable
à leur éclosion. Ces réalités se laissent deviner
à travers les interventions des notabilités de la ville qui
font et défont les carrières politiques des uns et des autres,
au gré de leurs intérêts immédiats. Ces pratiques,
courantes dans l’Algérie coloniale, confèrent une tonalité
singulière aux processus historiques de la construction du politique
aussi bien chez les élites françaises que chez les élites
indigènes. Elles permettent d’appréhender les rapports
et les échanges qui ne se sont instaurés entre les uns et les
autres autrement qu’à travers le manichéisme entretenu
par les historiographies nationalistes<a
href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""> [4] .

Deux
collèges pour un conseil municipal/ Les frontières de la cité

Le
Statut de l’Algérie adopté le 20 septembre 1947 a le mérite
d’avoir « rompu une fois pour toutes avec l’illusion
séculaire qu’exprimait la formule : “politique de
l’assimilation” »<span
class=MsoFootnoteReference> [5]
. En ce sens, il ne put échapper
à la double hostilité et des colons et des nationalistes. Pourtant
à y regarder de près, les changements attendus c’est-à-dire
l’égalité politique et civique entre la population française
et la population indigène n’a pas dépassé le stade
de la bonne intention. Dans toutes les assemblées (assemblée
algérienne, conseil général, conseil municipal), le Statut
n’avait même pas discuté le principe des deux collèges
séparés, l’un représentant les électeurs
français, l’autre les électeurs indigènes /musulmans.
La parité de représentation n’est confirmée que
dans l’assemblée algérienne. Ailleurs, c’est-à-dire
dans les assemblées locales, (conseil municipal et conseil général)
le nombre des élus « indigènes » ne devait
guère dépasser les 2/5 de l’effectif total. Cette inégalité
de la représentation consacrée par les parlementaires de la
République, au bénéfice du premier collège, occultait
une grave équivoque que personne n’avait osée relever :
à savoir qu’il n’existait plus, selon les dispositions
introduites par la loi Lamine Gueye (17 mai 1946) de différences de
statut juridique entre les deux groupes de populations vivant en Algérie.
En effet, aux termes de cette loi, les « indigènes »
d’Algérie, sujets français, et de ce fait non-citoyens,
accédaient à la citoyenneté française. Logiquement
la représentation de la population au sein des assemblées locales
ne devait plus reposer sur la distinction qui prévalait jusque-là,
entre élus du premier collège jouissant des droits de la citoyenneté
française et élus du second collège, non-citoyens du
fait de leur appartenance à un statut personnel différent. Ce
paradoxe entraînera l’invention d’une citoyenneté
spéciale : « français-musulman ».
En maintenant une telle forme de discrimination, la volonté politique
de la République française a introduit à côté
des citoyens français dont l’appartenance à la configuration
nationale est évidente, une seconde définition de la citoyenneté
inscrite dans l’appartenance religieuse. Elle a cependant le mérite
de mettre fin à l’illusion assimilatrice. Il est curieux tout
de même que cette « clôture de la citoyenneté »<a
href="#_ftn6" name="_ftnref6" title=""> [6]
n’ait point interpellé les consciences contemporaines. C’est
ce glissement de sens qu’il semble important de souligner et qui compromet
l’exercice municipal en situation coloniale. L’entorse faite aux
règles démocratiques nous interpelle doublement sur la nature
de l’État et de la nation qu’elles sous-tendent. Le questionnement
concerne autant la représentation équivoque des idéaux
de la République par le premier collège que par le second collège.
En effet, les deux collèges s’accommodent de ces détournements
de la loi, sans doute pour des raisons qui demandent à être affinées.
Telle l’attitude du Parti du peuple algérien-Mouvement pour le
triomphe des libertés démocratiques (PPA-MTLD) qui a participé
aux élections législatives pour la seconde Constituante (1946),
puis se retire des débats autour du Statut de l’Algérie
avant de s’engager dans la course électorale. Ce qui n’a
pas manqué de semer le trouble dans les rangs de ses militants.

Les
élections municipales de 1947

Selon
La Dépêche de Constantine, pour 16 234 électeurs
inscrits, seuls 5 327 électeurs ont voté. L’écart
entre le nombre d’inscrits et le nombre de votants est éloquent
de ce point de vue, même si le succès de la liste PPA-MTLD est
réel, non seulement à Constantine, mais un peu partout dans
les grandes villes algériennes... La liste présentée
par le MTLD, en remplacement du PPA, remporte un franc succès après
le scrutin de ballottage qui eu lieu le dimanche 26 octobre 1947. Djamel Derdour name="_ftnref7" title=""> [7] est
en tête de la liste qui comprend en tout 22 conseillers municipaux tous
affiliés au MTLD. La liste de l’Union démocratique du
Manifeste algérien (UDMA, Ferhat Abbas) ne recueille que 1 731
voix. Les élus du MTLD sont appelés à gérer les
affaires de la cité avec 34 membres du premier collège élus
sur une liste d’union de droite et RPF dirigée par Eugène
Valle. Lors de la première séance du conseil municipal, tenue
le 30 octobre 1947, Eugène Valle est désigné maire
de la ville, par 34 voix contre 35 trouvées dans l’urne...
Les élus du second collège se sont abstenus en signe de protestation.
En théorie, « tout membre du deuxième collège,
élu conseiller municipal, pouvait être élu maire »<a
href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""> [8] .

Voici
comment Djamel Derdour justifiera l’abstention de son groupe :
« Élus sur un programme précis, notre devoir nous
commande d’être les interprètes fidèles de l’opinion
des électeurs qui nous ont investis de leur confiance. En conséquence,
nous dénonçons le caractère anti-démocratique
de la composition des conseils municipaux où la minorité européenne
est majoritaire alors que la majorité musulmane est minoritaire. C’est
là une anomalie imposée par le système colonialiste,
système dirigé en principe pour la prépondérance
des intérêts français et qui piétine la souveraineté
populaire. Ceci dit, nous sommes prêts à participer à
l’œuvre municipale et à défendre avec la dernière
énergie les intérêts de nos compatriotes. Cependant, conformément
à nos convictions politiques, nous nous abstiendrons de prendre part
à l’élection du maire. Cette attitude doit être
considérée comme une solennelle protestation contre un arbitraire
qui préside aux destinées de notre pays »<span
class=MsoFootnoteReference> [9]
.

Le
ton reste modéré par rapport aux slogans diffusés pendant
la campagne électorale : « Pour ou contre le système
colonial, Pour ou contre la Nation algérienne, Pour ou contre le Statut
de l’Algérie, Pour ou contre l’élection d’une
constituante souveraine algérienne. » name="_ftnref10" title=""> [10] .

Le
reste de la séance est consacré à l’élection
des 7 adjoints au maire. Tous appartiennent au premier collège. Il
s’agit de Manuel Troussel, Charles Cimino, Etna Luciani, Louis Bize,
Albert Joly, Albert Bonici, André Berthier. Vainement, Hachemi Baghriche
du second collège tentera sa chance pour le poste du second, troisième
et quatrième poste d’adjoint. À chaque fois, il ne recueille
que 23 voix (soit les voix de son collège plus une !). À
l’issue de ces désignations, deux conseillers municipaux élèveront
des protestations. La première émane de Henri Drai (du premier
collège) qui fait remarquer que « la représentation
israélite est peu nombreuse » mais qu’il
a confiance dans « l’union dans la vraie maison
du peuple »<span
class=MsoFootnoteReference> [11]
. La seconde est exprimée par
Djamel Derdour : il conviera ces collègues à respecter
les dispositions du décret du 12 septembre 1945 qui prévoit
un nombre de postes d’adjoints égal aux 2/5 de l’effectif
du 1er collège. Ces dispositions seront confirmées
par la circulaire du 17 octobre 1947. Aussi émet-il le souhait
de voir le conseil municipal respecter cette règle du jeu. Le procès
verbal de cette séance fait état de nombreux incidents :
de vives altercations opposeront les élus du premier et du second collège.
Lors de la séance suivante, celle du 4 novembre 1947, le maire
Eugène Valle obtempère et annonce le renouvellement des élections
pour désigner les adjoints au maire. Entre temps Louis Bize, Albert
Joly, Albert Bonici et André Berthier respectivement 4e,
5e, 6e et 7e adjoint ont dû présenter
leur démission. Le conseil municipal est appelé à élire
les adjoints au maire dans le respect de la loi. D’où l’augmentation
du nombre des adjoints, porté à 11, conformément aux
textes. Le second collège y gagnera quatre postes qui reviendront à 
Hachemi Baghriche (4° adjoint), Brahim Aouti (5e
adjoint), Hacène Boudjenana (8e adjoint) et Abdelmadjid
Benouataf (11e adjoint)... le conseil municipal peut alors
procéder à la mise en place des différentes commissions :
finances, hygiène, travaux communaux, habitat, sport, éducation...
Cette répartition inégale des charges sera vivement critiquée
dans un article écrit par Ahmed Ben Mohamed qui dénonce la partialité
du préfet Petitbon « mauvais arbitre »<a
href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""> [12]
. L’atmosphère de travail varie d’une séance
à l’autre. Trois élus musulmans ne termineront pas leur
mandat : Brahim Aouati, Zoubir Daksi et Abdeslam Zertit ont démissionné,
exprimant ainsi leur désaccord avec le reste du conseil municipal.
Les nombreuses frictions concernent le reproche de faire de la politique dans
l’enceinte municipale. Hacène Boudjenana dut rappeler qu’ils
étaient là en tant « qu’élus pour la
défense des intérêts de la population de Constantine [...]
Ici, nous n’avons jamais élevé le ton pour défendre
des idées d’ordre politique. Nous avons d’autres enceintes
pour cela [...] Je tiens à ajouter que le MTLD ne manquerait pas
de relever tous les défis d’ordre politique, si on venait à
les introduire dans cette enceinte »<a
href="#_ftn13" name="_ftnref13" title=""> [13]
. La ligne de défense adoptée alors par la plupart
des élus du premier collège (de droite) en 1947 a été
de déclarer le conseil municipal [est] apolitique, suivant
le mot d’ordre de René Cazagne, maire d’Alger name="_ftnref14" title=""> [14] .
Autant dire que la moindre initiative ne pouvait avoir qu’une traduction
politique tant les positions des deux collèges étaient irréductibles.

Voici
comment Salah Baaziz en rend compte lors de la dernière session
de la municipalité : « imaginez le mandat des élus
du 2e collège depuis 6 ans, les barrières que nous
avons rencontrées, les responsabilités qui ne nous ont été
données. Il y avait discussion franche et loyale des fois...des
colloques, parfois nous quittions la séance. C’est avec peine
que nous constatons, au siècle de la bombe atomique et de la télévision,
que nous sommes des hommes diminués. Nous représentons en effet
1/5e de la population au lieu des 3/5e...cela dépasse
évidemment le cadre municipal. Mais je vous assure qu’il est
malheureux de constater que nous sommes diminués sur ce plan » name="_ftnref15" title=""> [15] .

Les
élections municipales de 1953

Aux
élections municipales d’avril 1953, le MTLD ne parvient pas à
renouveler l’exploit de 1947 à Constantine, contrairement à
Alger. Il est battu par la liste de l’Union démocratique et de
défense des intérêts musulmans, avec comme tête
de liste Chérif Benelhadj Said avocat, partisan de l’UDMA
à laquelle se joignent plusieurs figures du Parti communiste algérien
(PCA). Du côté du premier collège, plus de la moitié
des élus en 1947 sont reconduits dans la liste dirigée par le
maire sortant Eugène Valle.

Dès
l’ouverture de la première séance du nouveau conseil municipal,
le 8 mai 1953, Benelhadj Said « dénonce la situation
injuste faite aux musulmans : nous entrons dans la municipalité
avec la volonté de travailler à la réalisation des revendications
de nos mandants et d’apporter notre concours à toute œuvre
utile et constructive. La loi coloniale, qui, au mépris du scrutin
proportionnel appliqué en France dans toutes les communes au-dessus
de 9 000 habitants, accorde à la majorité de la population
une représentation minoritaire, fait que le conseil municipal de Constantine
se compose de 31 conseillers municipaux du 1e collège et
de 21 conseillers municipaux du 2e collège soit 3/5 pour
les uns et 2/5 pour les autres. Nos collègues du 1e collège,
en décidant de s’attribuer le poste de maire et 8 postes d’adjoint
sur 11, ont pris la responsabilité d’aggraver sans raison valable,
une situation déjà injuste. »<span
class=MsoFootnoteReference> [16]

Aussitôt,
il est relayé par Arezki Brahimi (PCA) qui le propose au poste de maire
contre Eugène Valle. Chérif Benelhadj Said est battu par Eugène
Valle qui recueille 31 voix contre 21 voix. Tout de suite après, le
conseil élit les 9 adjoints au maire. Tous appartiennent au premier
collège : Troussel, Dérommaigné, Cimino, Rousseau,
Cazeaux, Ghozlan Bonici, Berthier et Luciani. Allaoua Abbas et Azzedine Mazri,
tous deux du PCA, se présenteront sans succès pour les postes
de premier et second adjoint, au nom du second collège. La séance
s’achève par un discours d’Eugène Valle qui rappelle
à Chérif Benelhadj Said qu’il était disposé
« à offrir trois écharpes aux élus UDMA [...]
mais les communistes, je ne veux pas les connaître »<span
class=MsoFootnoteReference> [17]
. L’opposition traditionnelle
entre les deux collèges se complique de divergences idéologiques.
Ces tensions, qui ont envenimé régulièrement les délibérations,
seront pourtant mises en sourdine dès novembre 1954.

Azzedine
Mazri, Brahim Areski et Hocine Messad sont envoyés en résidence
surveillée dans le sud constantinois en juillet 1955. Cette mesure
d’éloignement est dénoncée par Chérif Benelhadj
Said dans la dernière séance du conseil municipal, réunissant
les deux collèges<a
href="#_ftn18" name="_ftnref18" title=""> [18]
. En effet, les implications de la guerre commencent à peser
sur le cours des événements. Par peur des représailles
du FLN, les élus du second collège désertent les délibérations
quand ils ne démissionnent pas<span
class=MsoFootnoteReference> [19]
, comme Si Hassan Ali. Même
des élus du premier collège leur emboîtent le pas. C’est
le cas de Blanc, de Binisti et Allessandri. Après l’assassinat
de Allaoua Abbas<a
href="#_ftn20" name="_ftnref20" title=""> [20]
 élu PCA, le 20 août 1955, le conseil municipal,
amputé de ses représentants du second collège, ne réunit
plus que les élus du premier collège. Il poursuivra timidement
ses activités au-delà de la date du 11 décembre 1956<a
href="#_ftn21" name="_ftnref21" title=""> [21]
jusqu’à son remplacement par la Délégation
spéciale, dont les membres seront choisis par les autorités
militaires, le 19 mars 1958.

Nationalité
et déni de citoyenneté

Au
cours de cette période 1947-1956, le conseil municipal se présente
comme une assemblée hybride, où se côtoient des citoyens
français et des non-citoyens français-musulmans. Cette expérience
paradoxale constitue une particularité de la République française
en colonie. Le refus d’appliquer le principe de l’égalité
à tous, est à l’origine de l’échec du modèle
politique de la citoyenneté. De fait, la République française
a organisé et maintenu des formes d’exclusion du champ politique.
La raison principale réside dans l’existence d’un statut
personnel différent (puisque musulman), qui est considéré
comme incompatible avec le statut civil français et la totalité
des droits civiques et politiques. Pourtant, l’application de la loi
Lamine Gueye devait aboutir à la suppression de la barrière
qui séparait jusque-là les deux collèges. Le refus exprimé
par les représentants de la colonisation et le soutien dont ils ont
bénéficié de la part de la chambre des députés,
lors des débats sur le statut de l’Algérie en disent long
sur la préférence d’une « citoyenneté
partielle ». La politique d’assimilation, limitée
aux seuls Européens s’est donc accompagnée de l’exclusion
du reste de la population colonisée jusqu’à la loi de
1946. C’est ce qui explique le maintien du clivage entre les sujets
d’hier hissés par la force de la loi au rang de citoyens et les
« vrais » citoyens. Mais priver une partie de la population
de la jouissance de ses droits civils et politiques, c’est remettre
en cause le principe même d’égalité, c’est
donc enfreindre l’esprit du contrat social qui fonde l’organisation
communale. Nous sommes face à une pratique tout à fait singulière
de la citoyenneté en situation coloniale où des sujets juridiquement
français, possédant par conséquent tous les attributs
de la nationalité, sont maintenus hors des frontières de la
cité. À long terme, cette construction s’avère
fragile et vouée à l’échec : la voie de l’assimilation
étant bloquée, c’est celle de la rupture qui s’imposera.
Les défenseurs de ce statu quo l’ont justifié par
la peur du nombre. Encore mieux, les nationalistes entrant en compétition
vont reprendre à leur compte cette argumentation, intériorisant
inconsciemment (?) la mise en équation des rapports entre citoyens
et non-citoyens. Tous les élus du second collège, indépendamment
de leur affiliation politique, évoquent l’inégalité
en termes de majorité et de minorité. Or ce qui est en jeu dépasse
l’arithmétique de la représentation des uns et des autres
au sein du conseil municipal. L’idée « d’une
citoyenneté sans civilité » <span
class=MsoFootnoteReference> [22]
est synonyme de rejet : les
indigènes musulmans même devenus officiellement français-musulmans,
restent des étrangers à la cité. Vues sous cet angle,
« les contradictions de l’universalisme jacobin appliqué
au fait colonial »<span
class=MsoFootnoteReference> [23]
sont flagrantes. Or le couple citoyenneté-nationalité
définit un modèle de lien politique entre l’individu et
l’État d’une part, et participe à la construction
de l’identité nationale d’autre part. Dans le cas algérien,
les groupes de protagonistes s’excluent mutuellement de cette communauté
imaginée<a
href="#_ftn24" name="_ftnref24" title=""> [24]
qui ne se conçoit qu’à travers le partage
et la redistribution. Telle quelle, cette différenciation qui érige
la norme ethnique ou culturelle dans la formulation de la citoyenneté
détourne les meilleures volontés désireuses de « faire
ensemble la ville »<span
class=MsoFootnoteReference> [25]
. La politique coloniale
a réussi ainsi à vider de son sens la citoyenneté comme
mode pertinent de division du travail politique. Le déni de citoyenneté,
traduit par l’appellation « Français musulman »
est source de tyrannie au sens où l’a employé Hannah
Arendt<span
class=MsoFootnoteReference> [26]
. Le traitement différent qui
frappe les Français musulmans correspond bien au maintien de pratiques
arbitraires aboutissant à la privation effective des droits civils
comme s’ils étaient des étrangers. De ce point de vue,
la République française échoue dans sa mission à
étendre son modèle d’organisation et d’intégration
de la société civile. Quelque part, les « Français
musulmans » sont apatrides. Nul mieux que Ferhat
Abbas n’a exprimé ce désarroi face à la fermeture
des portes de la cité, et ce divorce entre la nationalité et
l‘exercice de la citoyenneté<span
class=MsoFootnoteReference> [27]
. Et de fait, l’expérience
municipale est aux antipodes « d’un espace de redistribution
accepté  ». Indépendamment de ces limites
et au-delà des rapports conflictuels quasi-permanents, les conseillers
municipaux du second collège ont tenté le pari d’inverser
la relation de domination au profit d’une recomposition sociale et politique,
obéissant au principe de l’égalité des rôles
et des tâches qui incombent à tous sans distinction. À
travers l’action participative des élus musulmans, c’est
la société locale qui entre en compétition à son
tour dans la construction du politique. Le soutien apporté aux candidats,
à leur programme, concourt à la restructuration de l’espace
politique, créant une dynamique nouvelle, prélude à un
changement social. Ce succès que rencontre cette forme d’organisation
est dû en partie à la levée des restrictions qui pesaient
jusque-là sur le corps électoral. En effet, à partir
de 1946, le corps électoral du second collège est élargi
à tous les musulmans âgés de plus de 21 ans. Par contre,
les femmes en sont toujours exclues.

L’exercice
du vote

L’idée
du suffrage universel est biaisée en Algérie par l’existence
de deux collèges électoraux séparés. Et les consultations
électorales n’ont connu une mobilisation de plus en plus accrue
qu’avec le développement du mouvement national. Le seul fait
de la limitation du corps électoral compliquait « l’apprentissage
citoyen » name="_ftnref28" title=""> [28] .
En effet, L’inscription sur les listes électorales était
suspendue à de nombreuses conditions. L’ouverture du collège
électoral à tous les musulmans, âgés de 21 ans,
survient en 1946 dans un contexte difficile marqué par la répression
qui a suivi les manifestations du 8 mai 1945. Encore faut-il souligner le
peu d’empressement montré par l’administration locale à
appliquer les nouvelles décisions. La Dépêche de Constantine
du 21 janvier 1947 avise « les citoyens français musulmans
[...] qui n’ont pas participé aux élections de 1946,
qu’ils ont été radiés d’office par la commission
administrative dans sa séance du 3 janvier 1947, comme ayant quitté
définitivement la commune. Ils ont cependant, conformément à
la loi, le droit de réclamer contre cette décision en formulant
leur pourvoi au maire (service électoral) avant le 4 février
1947. »

Qu’à
cela ne tienne, les lecteurs écrivent au journal et s’insurgent
contre cette décision, arguant que « la loi ne spécifie
pas que ceux qui n’ont pas voté doivent être radiés ».
La réponse ne se fait pas attendre : rejetant l’argument
jugé fallacieux, la commission administrative, chargée de la
révision des listes électorales, s’appuyant sur un décret
réglementaire du 2 février 1852 et sur la loi du 7 juillet 1874,
a considéré qu’ils ont quitté définitivement
la commune name="_ftnref29" title=""> [29] .

C’est
ainsi que le collège électoral comprenant quelques 20 587
inscrits lors des élections de 1946 pour la seconde Constituante sera
réduit à 16 234 inscrits, pour les élections municipales
d’octobre 1947 !

<span
style='font-family:Times'>Une telle mesure donne un avant goût du déroulement
des campagnes électorales, du mode de composition des listes de candidature,
de l’affrontement musclé entre candidats rivaux au sein d’un
même collège, entre les deux collèges. L’ampleur
des polémiques, des dénonciations, des pressions, est reproduite
en partie dans la presse locale. Enfin, l’intervention délibérée
de l’administration française dans l’organisation des élections
est une pratique récurrente. Elle est antérieure du reste à
l’élargissement du corps des électeurs. La seule différence
est que l’administration ne s’en cache même plus à
partir de l’organisation des élections du mois d’avril
1948, pour désigner les représentants de l’Assemblée
algérienne. La principale préoccupation de l’administration
est de confectionner une liste avec des personnalités dociles. Ainsi,
pour éviter le retour du MTLD, l’administration s’arrange
pour soutenir deux listes aux élections d’avril 1953 : une
liste indépendante avec Salah Bendjelloul comme tête de liste
et une liste d’action locale avec Hocine Allouache name="_ftnref30" title=""> [30] qui
affronteront la liste d’Union démocratique et de Défense
des intérêts constantinois (UDMA & PCA) et la liste d’Union
pour la défense des Libertés démocratiques et d’action
municipale (MTLD).

<span
style='font-family:Times'>Au premier tour, les 4 listes du second collège
sont en ballottage. Entre les deux tours, la tension monte entre les différents
protagonistes. Le samedi 3 mai 1953, le matin même du second tour, Hacène
Boudjenana, adjoint au maire 1947-1953/MTLD est pris à partie dans
une bagarre provoquée par des partisans de l’UDMA. Il reçoit
un coup de matraque à la tête et ne doit son salut qu’à
l’intervention de la police qui le transporte en urgence à l’hôpital.
C’est la liste UDMA et PCA qui triomphera. La liste doit-elle
son succès aux tractations que le maire sortant révèle
lors de la première séance de la nouvelle municipalité
(pourparlers entre Benelhadj Said et Eugène Valle) ? Une fois
de plus, l’exemple des élections de 1953 donne une idée
du phénomène de clientélisme qui caractérise les
relations entre l’institution (l’administration) et les différents
acteurs politiques. La composition très hétéroclite des
deux listes « locale » et « indépendante  »
(notables et candidats anonymes) ne se comprend pas autrement. Face aux partis
organisés, l’administration n’hésite pas à
utiliser les services « de courtiers électoraux [...]
pour persuader les gens<span
class=MsoFootnoteReference> [31]
  »
à donner leur voix à tel ou tel candidat. Ces courtiers organisent
les cortèges électoraux, déclenchent les bagarres, chantent
les louanges de telle personnalité et bien sûr promettent maintes
récompenses<span
class=MsoFootnoteReference> [32]
, au bout du succès. La propagation
de ces relations clientélistes fausse l’acte électoral
qui se réduit à un rapport d’allégeance personnelle
suivi de la distribution de ressources matérielles. Derrière
ces transactions souterraines, on devine la diversité des réceptions
sociales de l’action politique dans un contexte colonial mais aussi
la volonté de domination et de contrôle de l’ensemble de
la société par un groupe.

L’amplification
des procédés de la fraude est à la mesure des privilèges
à défendre. Sa généralisation, poussée
à l’excès, est dénoncée aussi bien par les
nationalistes (journal El Maghrib al Arabi) que par des personnalités
politiques profondément choqués. Beaucoup de candidats se plaignent
des difficultés rencontrées au cours de la campagne électorale :
salles refusées ou fermées, tracts non imprimés...

Cette
« fabrication » des élections, conçue
comme un rempart à la progression inéluctable des nationalistes,
fournissait en fait un sérieux motif de découragement et de
contestation du système électoral. La mesure de l’abstention
est éloquente : lors des élections de 1947, les électeurs
boudent les urnes surtout dans les grandes villes : ils ont 75 %
à Constantine, 60 % à Oran, 55 % à Alger. La
base sociale acquise aux slogans du MTLD ne se faisait pas beaucoup d’illusion,
même si la compétition devait révéler l’enracinement
réel du parti. On a expliqué l’ampleur de cette abstention
par les effets conjugués d’une série de facteurs comme
la répression des manifestations de mai 1945, la lassitude engendrée
par la multiplication des consultations électorales et de la fraude,
qui ont marqué le paysage politique de l’après guerre.
Il n’est pas du tout sûr que l’intérêt pour
la compétition électorale soit réel et partagé
par tous. Dans une société peu instruite, plus préoccupée
par les difficultés de la vie quotidienne, la participation
électorale était loin de figurer parmi les priorités.
Par ailleurs, dans les années 1940, la population urbaine est gonflée
par un important exode rural qui va jouer, dans l’immédiat, comme
frein à la participation électorale, par défaut de mobilisation
politique. Cela ne veut pas dire que le processus de politisation était
complètement absent, mais il fallait compter avec ses effets complexes
sur la construction des attitudes politiques. Autrement dit, abstention
et participation au vote ne traduisent pas nécessairement un intérêt
politique. Mais, le degré de politisation semble prendre plus d’ampleur
auprès de populations plus disponibles et donc plus sensibles aux sollicitations
des leaders des différentes tendances politiques. Ce contact direct
avec des populations non initiées au secret du vote et à sa
signification, ne suffit pas à fonder un choix électoral libéré
des contraintes propres à l‘appartenance collective. 

La
lente et difficile émergence de l’opinion publique

À
la veille des consultations électorales, les différents groupes
politiques se mobilisent. La géographie exiguë de la ville assure
une publicité certaine à la plupart de leurs manifestations.
Toutes les activités se concentrent sur un périmètre
qui correspond au Rocher. Les discours politiques que les têtes de listes
sont amenées à prononcer sont adaptés à l’auditoire.
La langue des orateurs ne s’embarrasse pas des subtilités des
programmes politiques élaborés par les directions des partis.
C’est une langue forcément simple qui prend un ton radical pour
aborder les thèmes de la campagne électorale. Une étude
des discours de campagne reste à faire si l’on veut dégager
l’investigation historique des perceptions émanant des institutions
officielles, et aborder l’histoire des concepts politiques dans un contexte
colonial name="_ftnref33" title=""> [33] .
Pour rallier les suffrages des masses populaires, les candidats du MTLD n’hésitent
pas à faire grand usage des « formules mobilisatrices les
plus efficaces et les plus salvatrices [...] imprégnées
de ferveur religieuse »<span
class=MsoFootnoteReference> [34]
 : la patrie, la religion, la démocratie
se confondent dans un même élan et servent de marqueurs au cheminement
de l’idée nationale.

Par
rapport à la politique municipale, les élus du second collège
ne pouvaient que faire des promesses vagues en faveur de la défense
des intérêts de leur électorat. Quel impact peut avoir
une telle imbrication de mots d’ordre avec l’intensité
des références charriées, auprès des futurs électeurs ?
On ne peut que relever le décalage entre les professions de foi qui
posent la question nationale et l’objet de la mobilisation immédiate
qui voudrait se situer dans la configuration municipale. Mais le mérite
de ces campagnes électorales est d’avoir réactivé
les tensions latentes qui sous-tendent la relation entre la citoyenneté
et la nationalité et que la domination coloniale voudrait masquer.
Prise en otage entre ces deux pôles du binôme citoyenneté
et nationalité, l’opinion publique qui tend à émerger
est orientée vers la résolution de la question nationale. Exprimant
les aspirations des masses « musulmanes », elle néglige
les différentes formes qui sont liées à la citoyenneté.
C’est le sentiment d’appartenance à la même communauté
nationale qui se trouve surinvesti. Dans ce mouvement de construction de l’identité
politique, il y a peu de marge pour l’exercice autonome de l’individu.
En revanche, la compétition électorale ou l’abstention
participe à la consolidation du sentiment d’appartenance à
la même communauté nationale d’autant plus qu’elle
s’approprie l’espace public.

Le
collège unique 1958-1962

La
réforme communale tant attendue survient en pleine guerre. C’est le
gouvernement de Guy Mollet qui, après le vote des « Pouvoirs spéciaux », s’engage
par décret du 28 juin 1956 à « transformer les communes mixtes d’Algérie en
communes régies par la loi municipale du 5 avril 1884 »<span
class=MsoFootnoteReference> [35]
. En Algérie, le ministre-résident
Robert Lacoste met tous ses espoirs dans la réalisation de cette réforme
qui devait encourager le retour de la paix. En effet, l’instauration
du collège unique, l’élection des conseils au suffrage
universel étaient considérées comme essentielles à
« l’exercice des responsabilités [...] et à
la formation progressive et rapide de véritables élites ».
La réforme se heurtera au gigantisme des opérations de délimitations
de l’assiette foncière des nouvelles communes à réaliser
dans des régions sous haute surveillance militaire. À la fin
de l’année 1957, ce sont 1 468 communes qui sont érigées,
en 1959, leur nombre passe à 1 525. Mais les élections
prévues par les textes seront retardées et n’auront lieu
qu’au mois d’avril 1959. D’où une solution provisoire
que la Délégation spéciale va incarner le temps nécessaire.
À Constantine, le conseil municipal était concrètement
dissout depuis décembre 1956. Dans la réalité, le conseil
municipal continuera à vaquer à ses occupations avec les seuls
conseillers du premier collège jusqu’au 19 mars 1958 date à
laquelle la Délégation spéciale de Constantine est installée
par Jacques Aubert, secrétaire général de la préfecture
de Constantine. Celui-ci rendra un double hommage au maire Eugène Valle
et au préfet Maurice Papon. Nul ne fait allusion à la guerre...
Mais, les délibérations de la DS figurant dans le registre ordinaire
des délibérations du conseil municipal (registre n° 120)
portent la contre signature du général commandant la zone nord
constantinois ! Pour la première fois, il y a fusion entre les
25 délégués d’origine européenne qui siègent
aux côtés de 31 délégués musulmans (56 membres
au total) sous la présidence de Hocine Allouache. Celui-ci est assisté
de 11 vice-présidents : Eugène Valle (maire de Constantine
1947-1956), Hamida Bentchicou, Marcel Bort, Michel Bousquet, Maurice Dessens,
Jacqueline Febvre, Elie Stora, Mohamed Chérif Benmostefa, Hadj Abdelkrim
Khattabi, Salah Mebarek et Mostefa Roudesli. Enfin, différents bureaux
(comme le bureau de bienfaisance des Européens et celui des musulmans)
opèrent également leur union. Le discours de Hocine Allouache
s’inscrit dans le cadre de « la loi cadre qui doit être
à notre sens appliquée d’une façon loyale, rapide,
complète et libérale suivant les propres termes employés
par monsieur le président du conseil [...] Il n’y a pas ici
des musulmans, des chrétiens, des israélites mais seulement
des Algériens décidés à œuvrer pour le bien
des populations dans un cadre français », il termine en
adressant « une vive reconnaissance à monsieur Papon qui
a su regrouper les énergies dans l’Est algérien » name="_ftnref36" title="">[36].

La
Délégation spéciale cédera la place à une
municipalité élue au suffrage universel, ouvert aux hommes comme
aux femmes, sans distinction, avec un collège unique le 27 avril 1959.
Les trois listes soumises au verdict des urnes étaient une fois de
plus fabriquées par l’administration et l’armée.
Collot rapporte que certains candidats de la région de Constantine
s’étaient présentés sur ordre du FLN.

Hocine
Allouache est élu maire par 34 voix sur 36 voix exprimées. La
nouvelle municipalité se compose de 36 conseillers municipaux dont
une femme la veuve Rebiha Chabi, 9 membres européens. Pour la première
fois, la représentation proportionnelle a été appliquée.
La désignation des adjoints au maire provoque la protestation d’Edgard
Guyon. Les termes qu’il emploie sont à peu de choses près
ceux que les élus du second collège ont l’habitude d’employer :
« Puisque nous sommes sous le régime de la proportionnelle,
j’estime que l’on se doit de la respecter jusqu’au bout,
c’est-à-dire prévoir une proportionnelle dans la représentation
des écharpes  » name="_ftnref37" title=""> [37] .
Finalement, c’est Baptistin Lapica qui est élu premier adjoint
suivi de Paul Bernard, Guy Auclair, Lahcène Allem, Abdelhamid Derrouiche,
Mostefa Roudesli, Rebiha Chebi et Naceur Boudra.

À
l’automne 1960, trois membres de ce conseil municipal sont tués
par le FLN. Il s’agit de Mohamed Ouamer, Mohamed Chérif Benachour
et Mouloud Noui. Trois autres sont blessés : ce sont Mostefa Bendjelloul,
Hadj Abd El Qader Khattabi et Hamou Benelbedjaoui.

La
dernière séance de ce conseil municipal se tient le 4 juin 1962,
dans une ville abandonnée par sa population européenne. Le 14
juillet 1962, L’Algérie nouvellement indépendante
se dote, à son tour, de délégations spéciales.
Celle de Constantine reconduit des élus de la municipalité de
1947, comme Hacène Boudjenana, président, Abdelmadjid Benouattaf
ou Abdeslem Rachi. Conformément aux Accords d’Évian, Emile
Bianco, Jean Lebail et Jean Pierre Murey représentent les Français
demeurés dans la ville.

En
conclusion, nous pouvons dire que l’étude de l’expérience
municipale constitue une excellente approche d’une socio-histoire du
politique, en situation coloniale, qui embrasse aussi bien la question des
rapports à la société dualiste que l’institution
elle-même, c’est-à-dire son organisation et les pratiques
qu’elle a générées. D’une municipalité
à l’autre, la participation des élus dans leur ensemble,
a connu une évolution décisive et créé une dynamique
sociale à l’échelle locale dont on commence à mesurer
l’importance. En effet, l’expérience municipale, au-delà
des limites assignées, de la rigidité des partenaires du premier
collège, n’en a pas moins contribué à modeler les
contours du lien politique et à forger le sentiment national. La politisation
des élites, le vote, les professions politiques, la citoyenneté,
la nationalité, la pression de l’administration, le clientélisme...
sont des questions qui méritent l’attention des chercheurs. Elles
permettront d’aborder aujourd’hui l’histoire sociale
de l’État colonial en Algérie. L’entreprise reste
bien sûr suspendue à l’existence de sources originales.
Celles-ci sont désormais disponibles en Algérie, au niveau de
la plupart mairies algériennes qui ont conservé les registres
de délibérations et en France, au niveau des Archives d’outre-mer
qui ont récemment procédé au classement du Fonds des
Réformes<span
class=MsoFootnoteReference> [38]
.

Ouanassa
Siari Tengour, maître de conférences en histoire à l’université
de Constantine, dirige le laboratoire « Construction, analyse critique
et usages des sources : l’histoire à l’épreuve
de l’identité nationale » au CRASC d’Oran. Travaux
en cours : « Dictionnaire des élus municipaux de Constantine
1854-1962 » ; « Les Aurès en guerre 1954-1962 ».

<a
href="mailto:osiari@wanadoo.fr">osiari@wanadoo.fr



<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[1]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Elle ne concerne qu’un type
de commune : celle dite de plein exercice par opposition à la
commune mixte.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[2]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. La SAU est créée le
1eravril 1957, il existe aux Archives d’outre-mer plusieurs
dossiers sous la cote 8 SAS.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[3]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Décret n° 58-568
du 3 juillet 1958, homologuant la décision du 2 juin 1958, relative
à l’exercice du droit de vote par les femmes de statut civil
local.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[4]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Cette réflexion est le fruit
d’une recherche menée au sein du laboratoire : « Construction,
analyse critique et usages des sources : l’histoire à l’épreuve
de l’identité » (CRASC, Oran) à partir des
registres de délibération du conseil municipal de la ville de
Constantine.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[5]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> . Léon Blum, cité par
Charles André Julien, L’Afrique du Nord en marche, Paris,
Julliard, 1952, p. 278.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[6]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> . Jean Leca, « La citoyenneté
entre la nation et la société civile », in
Dominique Colas, Claude Emeri, Jacques Zylberberg (dir.), Citoyenneté
et nationalité. Perspectives en France et au Québec,
Paris,
PUF, 1991, p.479-505.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[7]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> . Né en 1917, Djamel Derdour
est chirurgien dentiste, militant du PPA, il en est le trésorier en
1944. Candidat aux législatives de novembre 1946, il est élu
sur la liste MTLD (ex PPA). Pour plus d’informations, cf. Dictionnaire
des parlementaires français,
tome 3, 1940-1958, Paris, La Documentation
française, 1994 ; Le Fonds des réformes,
93/127, Archives d’outre-mer, fiche AOM et les mémoires de l’auteur :
De l’Étoile nord-africaine à l’indépendance,
Alger, éd. Hammouda, 2001.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[8]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Claude Collot, Les Institutions
de l’Algérie durant la période coloniale, 1830-1962
,
Paris, Alger, CNRS-OPU, 1987.

<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>
[9]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Registre de délibérations
municipales, n° 113, séance du 30 octobre 1947.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[10]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Journal El Maghreb El arabi,
15 octobre 1947.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[11]
<span
lang=DE style='font-size:11.0pt;font-family:Times;'>. Id., registre 
n° 113.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[12]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. In le journal Égalité
du 22 novembre 1947, Archives d’outre-mer, FM 81F/691 (élections
municipales 1947).

<span
class=MsoFootnoteReference>
[13]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Registre n° 117, séance
du 17 avril 1953.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[14]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Cité par Jean Mélia
in le journal Démocratie du 22 novembre 1947, FM 81F/691,
op. cit.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[15]
<span
lang=NL style='font-size:11.0pt;font-family:Times;'>. Registre n° 117,
op. cit.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[16]
<span
lang=NL style='font-size:11.0pt;font-family:Times;'>. Id.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[17]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Registre n° 117, 8 mai 1953.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[18]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Registre n° 119, séance
du 18 juillet 1955.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[19]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. D’après le fils de Abdelazziz
Lemdaoui, conseiller municipal élu en 1953 : les élus du
second collège encore hésitants démissionnent après
l’assassinat de Allaoua Abbas.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[20]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Allaoua Abbas, pharmacien à
Constantine était le neveu de Ferhat Abbas. Le même jour, Chérif
Benelhadj Said échappe à une tentative d’assassinat. Cf.
La Dépêche de Constantine, 22 août 1955.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[21]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. À cette date, toutes les assemblées
élues sont dissoutes en Algérie.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[22]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Pierre Rosanvallon, Le Sacre du
citoyen
, histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard,
1992, p. 427 et suiv.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[23]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id., p. 432.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[24]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Benedict Andersen, L’Imaginaire
national, réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme
,
Paris, La Découverte, 1996.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[25]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Simona Cerruti, « Processus
et expérience : individus, groupes et identités à
Turin », in Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles,
la micro-analyse à l’expérience,
Paris, Gallimard-Seuil,
1996.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[26]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Hannah Arendt, Les Origines du
totalitarisme
, Paris, Gallimard, 2002.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[27]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Journal L’Entente, 23
février 1936.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[28]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Alain Garrigou, Histoire sociale
du suffrage universel en France, 1848-2000,
Paris, Seuil, 2002.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[29]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'> ) La Dépêche de Constantine
26-27 octobre 1947.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[30]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Hocine Allouache est appelé
à présider, en mars 1958, la Délégation spéciale
et sera maire élu de Constantine au mois d’avril 1959.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[31]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Rapport SLNA, 12 décembre
1951, Archives d’outre-mer, fonds des Réformes 93.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[32]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Deux licences font l’objet
de sollicitations : la gérance d’un café ou l’ouverture
d’une ligne de transport.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[33]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Sur cette question du sens des concepts,
voir Gérard Noiriel, « Socio-Histoire d’un concept,
les usages du mot “nationalité” au XIXe siècle »,
Genèses, n° 20, septembre 1995, p. 4-23.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[34]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Mahfoud Kaddache, Histoire du
nationalisme algérien, question nationale et politique, 1919-1951
,
Alger, SNED, 1980, p. 13 et suiv.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[35]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Le territoire de l’Algérie
du Nord est divisée entre communes de plein exercice (qui suppose la
présence d’une population européenne assez importante)
régie par la loi de 1884 et communes mixtes (comprenant une majorité
de population indigène). La Statut de 1947 avait prévu leur
suppression. Mais en 1956, on dénombrait toujours 78 communes mixtes
et 333 communes de plein exercice. 

<span
class=MsoFootnoteReference>
[36]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Registre n° 120.

<span
class=MsoFootnoteReference>
[37]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. Id.

name="_ftn38" title="">
[38]
<span
style='font-size:11.0pt;font-family:Times'>. La préparation d’un
dictionnaire de l’ensemble des conseillers municipaux de la ville de
Constantine (1854-1962) est en cours.

 

 

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