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Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

 Accueil > Ressources en ligne > Bulletins de l’IHTP > Bulletin n°83 : Répression, contrôle et encadrement dans le monde colonial au XXème siècle > Présentation


Présentation

par Raphaëlle Branche. Anne-Marie Pathé et Sylvie Thénault

 

 Le
groupe de recherche « Répression, contrôle et
encadrement dans le monde colonial au XXe siècle »
a succédé, en octobre 2001, à celui qu’avait
dirigé Charles-Robert Ageron depuis 1981, sur l’histoire de la
décolonisation, élargie aux conflits coloniaux et post-coloniaux.
Ce premier groupe constituait un lieu de rencontre et d’échanges
où plusieurs participants du groupe de recherche actuel – et
notamment ses animatrices – ont eu leurs premiers contacts.
Anne-Marie Pathé, secrétaire scientifique du groupe de
Charles-Robert Ageron, a assuré la continuité entre ces deux
lieux de réflexion, en accomplissant un travail de veille
bibliographique et de valorisation des ressources de la bibliothèque de
l’IHTP, restitué dans sa contribution au présent Bulletin<span
style='font-style:normal'>.

Notre projet initial était de créer
un lieu de réflexion collective, autour de problématiques
communes, en s’appuyant sur la présentation de quelques documents
d’archives. Préalablement envoyés aux membres du groupe,
ces documents leur ont permis d’entrer dans le sujet proposé pour
la séance et de la préparer en amont. Ce travail sur archives
voulait également manifester une attention particulière pour les
sources de l’histoire coloniale. La diversité des fonds
exploités par les chercheurs, leur accessibilité, la richesse ou
les lacunes de ces documents ont ainsi eu leur place dans les débats.

À partir de ces documents, l’approche historique a dominé
en raison de la formation de la plupart des participants, mais elle s’est
aussi enrichie de l’apport des sciences sociales et des sciences
politiques, orientant la problématique vers les questions de
représentations et de catégorisation.

Les articles
proposés dans ce numéro reposent essentiellement sur des archives
conservées en France, au Centre historique des archives nationales
(CHAN), au Centre des archives contemporaines (CAC), au Service historique de
l’armée de terre (SHAT), au Centre des archives d’outre-mer (CAOM)
ou encore à la préfecture de Police de Paris. Pour compenser ce
déséquilibre, Raëd Bader, Didier Guignard et Akihito Kudo,
présentent les résultats de leurs prospections dans les fonds
conservés en Algérie. Cet article novateur par son contenu
témoigne d’une volonté d’échanges avec ce
pays. Le groupe a ainsi accueilli des chercheurs algériens et de
nombreux membres du groupe de recherche ont participé à des
journées doctorales à Alger, rassemblant des chercheurs et des
doctorants européens et maghrébins title="">[1]. Au sein du groupe,
des chercheurs britanniques et américains ont aussi apporté leur
regard sur cette histoire franco-algérienne.

La problématique se propose d’explorer
le rapport colonial, à partir d’une définition de la
société coloniale comme étant une société
dans laquelle les ressortissants de la puissance colonisatrice assurent les
fonctions de direction et d’encadrement. Le rapport colonial se
décline alors sous trois variables majeures : l’encadrement
qui correspond à une situation normalisée ; le
contrôle qui a pour but sa perpétuation, dans la durée et
contre les résistances ; la répression qui s’exprime
en situation extrême.

Hormis deux
cas, les articles présentés ici interrogent ainsi le rapport
entre le colonisé et le colonisateur, dans ces trois dimensions
étroitement liées, dans la mesure où l’encadrement,
le contrôle et la répression ne se sont pas succédé
dans le temps mais ont simultanément existé. Seuls James
McDougall et Tramor Quemeneur ont situé leur réflexion dans un
seul pan du rapport colonial, dont ils analysent les tensions internes,
respectivement chez les nationalistes algériens et au sein de
l’armée française, pendant la guerre
d’indépendance algérienne.

 

La notion de
« monde colonial » permettait de définir les
espaces concernés sans les restreindre géographiquement à
une colonie particulière. Le programme des années 2001-2003 a
ainsi compté des interventions concernant l’Indochine, le Maroc ou
l’Afrique subsaharienne<span
class=MsoFootnoteReference>[2]
. La pratique des historiens,
définissant traditionnellement leur compétence par la spécialisation
dans un espace donné, a cependant limité la portée de ce
projet. Dominante dès le début des travaux,
l’Algérie a fini par s’imposer, du fait même de la
composition du groupe et malgré un projet initial visant à mener
des analyses comparatives entre les différents territoires coloniaux.

Au-delà
de ces territoires, l’expression de « monde
colonial » désigne l’environnement social, politique,
économique et culturel créé par la colonisation, y compris
en métropole. Cet environnement y était effectivement reproduit,
par le statut juridique des colonisés qui s’y étaient
installés, les représentations qu’ils suscitaient,
l’encadrement dont ils étaient l’objet… Cette piste
s’est révélée féconde, au point que la
majorité des contributions publiées ici concernent la France
métropolitaine, seuls Ouanassa Siari Tengour et Jean-Pierre Peyroulou
s’intéressant au territoire algérien.

Ouanassa Siari
Tengour analyse la composition du conseil municipal de Constantine, instance
où s’exprime l’une des plus flagrantes
inégalités de la colonisation, celle de l’accès aux
droits politiques, mais également lieu majeur de formation des
élus dits « musulmans », futur personnel politique
de l’Algérie indépendante. Quant à Jean-Pierre
Peyroulou, il revient sur les manifestations du 8 mai 1945 à Guelma,
pour discerner l’imbrication complexe des forces de police
professionnelles et des civils organisés en milices, dans la
répression, en se fondant sur le témoignage d’une victime.
Avec James McDougall, ils restituent une histoire dont les Algériens
sont les acteurs.

 

Outre des
réflexions sur les représentations et la catégorisation
des colonisés, opérée par le colonisateur, les
réflexions du groupe ont porté sur la spécialisation du
personnel affecté à leur encadrement, fondée sur
l’idée de la spécificité de cette
population, et le caractère exceptionnel du traitement qui leur

était réservé, alliant surveillance et protection.

normal'>Cette dernière caractéristique est
particulièrement présente dans les articles d’Emmanuel
Blanchard et de Marc Bernardot. Ils insistent sur le couplage de l’action
répressive et de l’action sociale, dans les forces de police
affectées à la surveillance des Algériens à Paris
et au camp d’internement du Larzac. Avec Michel Renard – qui
analyse le comportement des autorités françaises vis-à-vis
des colonisés à travers le prisme du « traitement du
religieux islamique » – et Tramor Quemeneur, ils sondent
l’action de l’État et de ses agents.

 

Chronologiquement,
les travaux ont couvert le XXe siècle. Non défini a
priori
en dehors d’une inscription
dans l’histoire du temps présent, le champ chronologique a
été déterminé par les interventions
elles-mêmes. Jim House, montrant la persistance des
représentations forgées sous la colonisation bien au-delà

de l’indépendance des colonies, ainsi que leur transfert et leur
généralisation à tous les immigrés, a mené
la réflexion jusqu’aux années 1970.

Ce texte,
celui de Nedjma Abdelfettah et celui de Laure Pitti forment d’ailleurs un
ensemble qui parcourt le XXe siècle où la figure de
l’immigré s’est progressivement substituée au sujet
colonisé. Remontant à la Première Guerre mondiale, Nedjma
Abdelfettah revient ainsi sur la science coloniale, comme source de
légitimité des discours sur les Algériens. Laure Pitti
démontre l’importance de la pénétration sociale des
catégories les désignant, en étudiant leur mise en

œuvre dans l’entreprise Renault, dans les années 1950.

 

Le lecteur pourra noter,
d’un texte à l’autre, des redondances, significatives
d’un rebondissement des réflexions d’une réunion sur
l’autre et d’une certaine cohérence dans le travail
collectif. Il y trouvera aussi des réflexions plus

éloignées de la problématique d’ensemble. Ce dossier
retrace ainsi le cheminement d’un atelier collectif, orienté par
la définition d’un projet initial et remodelé par les
participants eux-mêmes, au fil des séances et des discussions.



title=""> vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>[1]<span
style='font-size:11.0pt'>. Journées doctorales du 19 au 22 septembre
2003, organisées par Daho Djerbal, de l’Université
d’Alger, directeur du département Mémoire et histoire<span
style='font-size:11.0pt'> de la Fondation Mohamed Boudiaf, et Haoua
Ameur-Zaïmèche de l’Institut de recherche sur le Maghreb
contemporain (IRMC), sur le thème « Micro-histoire,
biographies et monographies », avec le concours de l’IHTP.

name="_ftn2" title=""> 11.0pt;vertical-align:baseline;vertical-align:baseline'>[2]<span
style='font-size:11.0pt'>. Cf. le
programme d’octobre 2001 à décembre 2003 en annexe. Tous
les intervenants ont été sollicités pour participer

à ce Bulletin mais, pour
des raisons diverses, tous n’ont pas pu répondre. Deux
interventions ont été publiées dans le n° 80 du Bulletin
<span
style='font-size:11.0pt'> de l’IHTP 11.0pt'>, « Usages politiques du droit et de la
justice », 2e semestre 2002 : Laure Blévis,

« L’usage du droit dans le rapport colonial. L’exemple
de l’inscription des Algériens sur les listes électorales
de métropole (1919-1939) », p. 31-43 ; Sharon Elbaz,
« Les avocats métropolitains dans les procès du
Rassemblement démocratique africain (1949-1952) : un banc
d’essai pour les collectifs d’avocats en guerre
d’Algérie ? », p. 44-60.

 

 

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