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Institut d’histoire du temps présent - IHTP

 
 
 

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La Résistance, une affaire d’hommes ? , Laurent Douzou

 

En apparence, la scène est banale. Deux frères, Alexis et Louis Grave, agriculteurs à Yronde, reçoivent Marcel Ophuls et son équipe de tournage. Installés dans la salle à manger de leur ferme, une bouteille de vin rouge et des verres à portée de main, ils répondent aux questions du cinéaste qui excelle à exprimer la vérité de ses interlocuteurs par le truchement de sa caméra. L'enquêteur est manifestement conquis par « ces vieux paysans si tranquillement humains, héroïques et terre-à-terre, qui disent que leurs exploits dans la Résistance ont nui à leur réputation[1]». L'entretien a pour thème la Résistance, singulièrement celle des deux frères. Il se déroule vingt-cinq ans après la Libération dans une ambiance bon enfant et prend même les allures d'une conversation à bâtons rompus que seule bride une pudeur à fleur de peau. Les autres personnes présentes autour de la table - un journaliste de La Montagne auquel se sont joints deux voisins arrivés inopinément en cours de tournage - égrènent également leurs souvenirs. La séquence qui s'insère dans la deuxième partie du Chagrin et la pitié[2] est laconiquement sous-titrée : « Une soirée chez les Grave, avril 1969 ». Mais les spectateurs du film ne peuvent être dupes, non plus que les exégètes savants : « le véritable héros du film (avec Mendès) », c'est « le merveilleux vieux Grave[3] ».

à y regarder de plus près cependant, cette courte séquence vaut autrement que par le récit qui lui sert de fil conducteur. Elle dit aussi beaucoup simultanément sur la place des femmes dans la Résistance vue d'en bas en même temps qu'au sein du foyer familial un quart de siècle plus tard.

Cette observation n'a évidemment pas échappé à l'œil sagace du réalisateur qui, dans la version écrite de son film, note :

    « La femme d'Alexis et sa bru écoutent les propos de leurs hommes, sans jamais franchir la frontière invisible entre la salle commune et la cuisine. Au bout d'un certain temps, Madame Grave s'est même installée sur une chaise, dans l'encadrement de la porte entre les deux pièces. C'est une femme dont la très grande autorité ne semble guère dépendre de sa position géographique. Pour l'instant, elle laisse le devant de la scène aux mâles de l'espèce[4] ».

Et, un peu plus loin : « Pour la première fois, de l'encadrement de la porte, la femme d'Alexis intervient directement dans le débat[5] ».

Ces notations doivent être complétées et leur signification si possible décryptée. La femme d'Alexis Grave apparaît d'abord dans le champ de la caméra en arrière-plan alors qu'elle se tient debout, l'épaule contre l'encadrement de la porte. Elle est toute ouïe. Également debout, sa bru fait du crochet. Du seuil de la porte, Madame Alexis Grave intervient dans la conversation des hommes attablés. Elle dit son mot en somme, tout en restant à sa place aux sens métaphorique et littéral du terme. Elle prend encore la parole un peu plus tard, à deux reprises. Cette fois, elle est assise sur une chaise, toujours sur le seuil de la porte. Elle ne vient au premier plan que pour verser à boire aux hommes sans que la conversation s'interrompe. Elle est à l'évidence plus qu'attentive à ce qui se dit pendant qu'elle s'acquitte de cette tâche qui entre dans ses attributions de maîtresse de maison.

Cette scène de la vie ordinaire où la localisation de chaque membre de la famille dans la topographie du foyer est saisie sur le vif comporte un premier enseignement évident quoique trompeur : la femme est cantonnée dans un rôle apparemment subalterne, qu'elle reste debout ou qu'elle soit assise à l'écart. Mais les interventions répétées et pleines d'autorité de Madame Grave - elle n'hésite pas à couper la parole aux hommes et couvre sans peine leurs voix - invitent à aller au-delà du constat d'une différenciation des tâches et des rôles dans la sphère de l'intimité domestique en fonction des sexes. Cela n'est certes pas faux, ni inintéressant mais ne suffit pas. En réalité, les plans qu'on vient de décrire témoignent à leur façon de la place et de la fonction des femmes dans la Résistance, une place et une fonction qui doivent beaucoup à la singularité de leur situation. Car il faut reprendre et affiner la description de Marcel Ophuls. Madame Grave n'est pas « dans l'encadrement de la porte entre les deux pièces ». Elle est très exactement sur « le seuil de la porte[6] ». Elle est ainsi en position d'écouter ce qui se dit dans la salle à manger tout en surveillant ce qui se passe en-dehors. Ainsi, quand les deux voisins arrivent, les frères Grave ne se lèvent pas de table. C'est Madame Grave qui accueille les visiteurs et leur explique apparemment de quoi il retourne. Mais c'est un des frères Grave qui les convie d'un geste à se joindre à la tablée. De même bénéficiant de sa position de recul, elle reprend en les formulant plus clairement les propos des hommes quand ils ne lui semblent pas exactement correspondre à leurs idées.

Cette position solide et stratégique « au seuil de la porte « n'est pas accidentelle. Dans la réalité résistante tout comme dans celle des acteurs de la Résistance devenus témoins - les deux réalités ne sont pas de même nature - la femme est souvent, sinon toujours, au seuil de la porte. Loin de la reléguer dans la situation d'une simple servante, ce poste d'observation privilégié lui offre la possibilité de surveiller son monde, de jauger la prestation des hommes. D'où ses interventions incisives sur lesquelles les hommes rebondissent parce qu'ils sont conscients de l'acuité du regard que la femme pose sur le déroulement de l'entretien. Madame Grave a pleinement droit à la parole et elle exerce ce droit avec discernement sans jamais quitter l'endroit où les usages la placent.

Passons sur les enseignements qu'on pourrait tirer de ce repérage des lieux d'occupation de la maison différenciés selon les sexes dans une campagne française à la fin des années 1960. Il illustre probablement avec une clarté et une lisibilité peu communes une répartition des rôles et surtout un mode d'interprétation de ces rôles qui n'étaient probablement pas l'exclusivité des campagnes d'Auvergne. Et après ce détour qui n'en était pas vraiment un, tant l'examen de la place des femmes au cœur des années noires est indissociable de leur statut social et affectif, venons-en à la Résistance.

Pour y appréhender la fonction alors dévolue aux femmes, il faut se remémorer ce qu'étaient l'attitude et l'état d'esprit dominants, en 1940 et 1941 au moins. Une formule de Jean Cassou, très souvent citée, les caractérise à merveille : « Chacun était rentré chez soi [...] »[7]. Si cette formulation a aussi vivement impressionné des générations d'historiens, c'est parce qu'elle décrivait en réalité un double mouvement : retour chez soi et repli sur soi. Dans un environnement menaçant et privé des points de repères de la vie du temps de paix, dans cette sorte de nuit qui définit l'Occupation, dans un univers étroit borné par des barrières administratives et policières omniprésentes, le foyer fait office de cocon au sein d'un monde clos et étouffant, un monde fini dans la double acception du terme. La Résistance considérée à partir de la base, celle qui ne se définit par aucune visée d'ordre stratégique mais se marque par le sursaut puis par l'action au jour le jour d'individus[8], consiste d'abord et avant tout à forcer la porte de ce monde clos, à permettre à une mince raie de lumière de faire irruption dans une obscurité désespérante. C'est souvent dans le giron familial qu'au début cette opération de reconquête s'opère à tâtons, sans certitudes[9]. Et, pour préserver cette possibilité, les femmes veillent sur le pas de leur porte, habiles à beaucoup dire sans rien révéler du cheminement des pensées et de l'éclosion d'une activité résistante. La Résistance, celle à qui il n'échoit pas de décider du cap à tenir et qui agit jour après jour, se fait aussi et peut-être d'abord sur le seuil de la porte et du seuil de la porte.

C'est en cela que la veillée chez les frères Grave est exemplaire. Il n'est sans doute pas un historien de la clandestinité en quête de sources orales qui n'ait fait l'expérience de prime abord déroutante - et parfois irritante - de cette distribution des rôles. Le plus frappant est de constater que le phénomène joue avec des variantes à tous les échelons de la Résistance. Reçu à déjeuner chez un responsable éminent de la Résistance, j'ai vu avec stupéfaction un repas entier se passer sans que son épouse, dont je n'ignorais pas qu'elle avait été elle-même une résistante de premier ordre, intervienne jamais dans la discussion dès lors qu'elle avait trait à la clandestinité. Rien pourtant de ce qui était évoqué ne lui était étranger mais mes timides tentatives pour qu'elle livre son témoignage ou ses impressions restèrent vaines. Insister eût été incongru et même inconvenant. L'historien et le témoin fixent ensemble, par accord tacite le plus souvent, les règles de ce jeu singulier et complexe qui les met face à face. Or, au nombre de ces principes, il en est un qu'on ne peut transgresser : parmi les privilèges du témoin, il y a celui de garder le silence. L'historien ne peut qu'en prendre acte et tenter de l'interpréter. Les hypothèses explicatives à un silence à première vue déconcertant ne manquent pas. Si le désintérêt pour la Résistance est à exclure, si la pudeur ne peut être écartée, le premier rôle laissé tout entier au mari peut également tenir à une forme de prise en compte dénuée d'acrimonie de la façon dont s'est façonnée la mémoire résistante : puisque la mémoire collective, en bonne partie fondée sur la collecte des témoignages oraux, a privilégié la partition jouée par son mari, pourquoi son épouse irait-elle à l'encontre de cette donnée ? Cette conjecture est d'autant plus plausible que, dans leur for intérieur, le mari et la femme savent tous deux que leur action a été indissociable et complémentaire. Si l'on retient cette hypothèse, on ne peut manquer de relever un paradoxe : la collecte des sources orales tend à distinguer les hommes et cette donnée initiale détermine ultérieurement par un effet en boule de neige l'effacement de plus en plus accentué des femmes qui - inclination ? tempérament ? - s'en accommodent apparemment assez volontiers.

La plupart du temps, un entretien sollicité auprès d'un résistant se déroule sur le mode du duo. L'endroit a été choisi et les places disposées en fonction d'un dialogue entre l'historien et le témoin masculin. L'épouse est pourtant présente à sa manière. Ce qui revient à dire qu'elle est toujours à portée de voix sans qu'aucune place lui ait été assignée dans cette espèce de cérémonial qui préside à la collecte d'un témoignage. De sa place périphérique, changeante souvent, elle précise quand le besoin s'en fait sentir un point de chronologie, en s'appuyant sur des points de repères qui lui sont propres : un accouchement, un mois d'hiver particulièrement rigoureux, des difficultés accrues de ravitaillement, l'incident de parcours scolaire ou la maladie d'un enfant. Elle souffle aussi le cas échéant un nom qui se dérobe obstinément à son mari. Il arrive enfin parfois qu'elle se joigne au duo initial. Mais c'est presque toujours in fine et cette entrée en lice est une façon de marquer que l'entretien touche à son terme. L'apport de la femme, lorsqu'il y a un couple constitué depuis l'époque de la clandestinité, est dans l'écrasante majorité des cas, complémentaire et auxiliaire. La Résistance décrite en majesté avec force détails héroïques ne ressortit pas au registre que les femmes prisent dans leur ensemble. En un sens, les femmes portent témoignage exactement comme elles ont résisté : du seuil de la porte.

Cette donnée explique mieux la difficulté qu'éprouve l'historien de la clandestinité à cerner et à délimiter la part des femmes dans le mécanisme résistant. L'intuition et l'observation des conditions du déroulement de l'entretien lui soufflent qu'il y a des ressources inexploitées en même temps qu'un mode de narration et une appréhension du vécu résistant spécifiquement féminins. Il y a sûrement en somme, spatialement et psychologiquement, un côté des femmes comme il y a le côté de chez Guermantes et le côté de chez Swann dans La recherche du temps perdu. Mais sa mise en évidence est extrêmement hasardeuse tant il s'insère dans un tissu sociologique complexe dont il est bien difficile de démêler les fils. Il y faudrait non seulement les compétences de l'historien, mais encore celles du sociologue, de l'ethnologue, de l'anthropologue et même de l'analyste. Non que les hommes détiennent, ni affirment détenir le monopole de la parole non plus que de l'activité résistantes. Mais hommes et femmes distillent très différemment la mémoire résistante. Reste que la pratique résistante numériquement dominante, celle d'une désobéissance civile, a été, pour le plus grand nombre et pendant la majeure partie de la clandestinité, conjointement une affaire d'hommes et de femmes.

Il existe pourtant des domaines réservés aux femmes. Tel est le cas des mouvements de protestation contre l'âpreté et la pénurie du quotidien. Ces manifestations apparues dans les premiers mois de 1942 dans les grandes villes de zone sud revêtent la « forme de protestations collectives de ménagères en colère »[10]. C'est bien en qualité de ménagères, c'est-à-dire d'épouses et de mères ayant charge d'âmes, - « tout le poids [de la famille] porte sur elles »[11]- que les femmes amorcent collectivement une protestation, renouant ainsi avec une tradition illustrée par exemple lors des journées d'octobre 1789 : « la pitié, inerte, passive chez les hommes, plus résignés aux maux d'autrui, est chez les femmes un sentiment très actif, très violent, qui devient parfois héroïque et les pousse impérieusement aux actes les plus hardis »[12]. La fonction de ces « émotions », pour emprunter à un vocabulaire qui puise loin, n'est pas mince dans l'émergence d'une Résistance de masse. Comme le note judicieusement H. R. Kedward, « il manquerait une dimension essentielle à une relation des événements du premier mai et du 14 juillet 1942 qui oublierait de mentionner ce net accroissement des manifestations contre la disette et le froid durant l'hiver 1941-1942 »[13]. Au moment de l'entrée en vigueur de la loi sur le Service du travail obligatoire du 16 février 1943, les femmes occupent encore de façon significative les premiers rangs des manifestations. « On en vit certaines se coucher sur les rails pour empêcher les trains de partir, criant ‘à bas Laval !' et ‘Non à la déportation !' et bombarder les représentants de Vichy de fruits et de légumes pourris »[14]. Leur fonction sociale de préservation de la cohésion du foyer familial, reconnue et vantée par le régime de Vichy, les conduit à rompre avec la réserve qui leur est imposée quand l'essentiel - le quotidien ou l'éloignement forcé des jeunes - est en cause[15]. Leur résistance cesse alors d'être circonscrite au domaine du privé en raison même du poids que leur confèrent leurs compétences ancestrales. C'est en l'occurrence l'observance de la tradition qui commande aux femmes de rompre avec leur confinement dans la sphère de la vie domestique. Leur rôle moteur au sein du foyer explique cette fois leur intrusion dans la vie publique, sans considération du fait qu'elles sont privées des droits civiques. Après la résistance du seuil de la porte, c'est la résistance du cœur du foyer, les deux aspects pouvant d'ailleurs parfaitement coexister simultanément. Il y a bel et bien un mode de résistance spécifiquement féminin étroitement lié aux difficultés matérielles et aux désordres psychologiques qu'elles génèrent : de leur « grande et humble position » au sein du foyer, les femmes ont un « rôle de citadelle de leur famille, de refuge inexpugnable »[16]. Lorsque l'adversité met la cohésion et la santé des leurs en péril, les femmes montent en ligne et aux avant-postes.

Expliquant en avril 1944 sur les antennes de la BBC que « cette guerre est aussi l'affaire des femmes », Lucie Aubrac ne manque pas d'évoquer les motivations proprement féminines qui ont poussé les femmes à entrer dans la mêlée, même si elle prend soin d'en élargir les perspectives : « Notre foyer disloqué, nos enfants mal chaussés, mal vêtus, mal nourris ont fait de notre vie depuis 1940 une bataille de chaque instant contre les Allemands. Bataille pour les nôtres, certes, mais aussi bataille de solidarité pour tous ceux qu'a durement touchés l'occupation nazie »[17]. Stabat mater dolorosa.

Cette dimension protectrice à connotation quasiment matriarcale du combat des femmes se retrouve peut-être dans le peu d'empressement qu'elles mirent, après la Libération, à faire valoir les droits que leur ouvrait leur activité résistante. En sorte que la proportion des femmes au sein des échantillons de membres des mouvements de résistance de zone sud comme de zone nord est étonnamment faible[18] : en nombre infime à Combat[19], moins de 10% à Franc-Tireur[20], 12,5% à Libération-Sud, environ 15% à Défense de la France[21]. La sous-représentation féminine est si forte qu'avec un peu moins du quart de femmes de l'effectif total de ses membres reconnus Témoignage chrétien fait figure de remarquable exception[22]. Paradoxalement, les femmes ne semblent pas, si l'on se fie aux ordres de grandeur donnés par les historiens, avoir été proportionnellement plus nombreuses dans les mouvements que dans les réseaux, qui étaient pourtant des organismes militaires impliquant une prise de risque maximale. Ainsi Alya Aglan dénombre-t-elle au total près de 14% de femmes opérant dans le réseau Jade-Fitzroy[23].

On objectera peut-être que, s'ils minorent l'apport des femmes, les dossiers de liquidation ne sont pas l'unique source dont disposent les historiens. Il y a après tout aussi les sources orales : telle femme qui n'a pas cru bon de faire une demande de carte de Combattante volontaire de la Résistance peut fort bien témoigner après coup pour peu qu'elle soit sollicitée. Mais c'est ici que le bât blesse puisqu'on se heurte à l'écueil du silence fréquent et obstiné de beaucoup de femmes. Tout concourt par conséquent à minimiser leur rôle. Certes, la Résistance compte des femmes au nombre de ses figures de proue : de Marie-Madeleine Fourcade à Berthie Albrecht, en passant par Lucie Aubrac, Suzanne Buisson ou Danielle Casanova. Mais leur notoriété, qui rappelle que les fonctions de commandement jusqu'au coeur de l'action n'ont pas toujours été le privilège des hommes, ne saurait masquer le fait que les femmes occupèrent rarement au total des postes de responsabilités. La sous-représentation numérique des femmes traduit assez fidèlement au fond le rôle singulier qu'il leur revint d'assumer. On en identifie peu aux niveaux de responsabilité départemental, régional et national dans les différents mouvements. Deux femmes seulement accédèrent en France à la responsabilité de chef de réseau, une seule fut chef de maquis, une seule encore présida un Comité départemental de Libération. Elles sont en revanche nombreuses dans les différents mouvements et réseaux à avoir occupé les fonctions périlleuses d'agent de liaison.

Tout se passe donc comme si la pesanteur de la sociologie du temps de paix avait continué à prévaloir dans le monde souterrain de la Résistance. C'est que l'engagement résistant, qui impliquait une rupture qui n'allait pas de soi avec tout un façonnement de l'obéissance acquis au fil des ans, ne se doublait pas ipso facto d'une capacité à repenser les rapports sociaux - moins que tout autre sans doute ceux qui étaient fondés sur la différence des sexes - dans ce qu'ils avaient de plus profondément ancré dans le subconscient de chacun. Les « cinq années de tourmente » de l'Occupation « n'ont pas suffi à emporter [...] des valeurs et des représentations »[24] forgées de très longue date. La complexité d'une histoire qui se fait du seuil de la porte d'abord et doit s'écrire ensuite, en partie au moins, de ce point de vue est tout entière contenue dans ce balancement subtil entre un engagement volontaire et total d'une part, et une pratique discrète d'autre part, encore accentuée par un mode de constitution de la mémoire assez enclin à faire la part belle aux hommes.

Il était difficile au cœur même de la lutte clandestine de penser l'irruption des femmes dans le domaine militaire, c'est-à-dire sur un territoire par définition masculin. Témoin, ce courrier adressé en septembre 1942 à ses supérieurs du BCRA par Paul Schmidt, officier de liaison détaché auprès du mouvement de résistance Libération-Sud. Sous une rubrique intitulée : « engagements aux FFL », il note :

    « Tenez-moi au courant de cette question qui intéresse Libération. J'ai rencontré de nombreuses personnes qui se trouvant de par leurs activités dans une situation extrêmement semblable à la mienne aimeraient être inscrits aux FFC de façon à être rattachés au moins à un organisme solide, capable de leur donner des garanties.

    Dites-moi également dans quelle mesure cette question est applicable à des femmes ou des jeunes filles qui assument régulièrement des rôles tenus par des hommes »[25].

« Des femmes ou des jeunes filles qui assument régulièrement des rôles tenus par des hommes », tel est bien l'un des aspects de la lutte des femmes pendant les années noires. Car la faillite de beaucoup d'hommes, parmi lesquels les militaires qui avaient en principe pour vocation de se battre, avait créé un vide dans lequel un certain nombre de femmes s'engouffrèrent sans autre souci que de combler des rangs passablement clairsemés. Ainsi, Marguerite Gonnet, militante de Libération-Sud dès l'été 1941, devenue chef départemental pour l'Isère, arrêtée le 18 avril 1942, incarcérée à la prison Saint-Joseph à Lyon, jugée le 19 mai 1942 devant le tribunal militaire de Lyon, répond-elle au président qui lui demande comment une femme de 44 ans, mère de neuf enfants comme elle, a pu prendre les armes : « Tout simplement, mon colonel, parce que les hommes les avaient laissées tomber »[26]. Le seuil de la porte et le centre du foyer n'interdisaient pas une troisième façon de résister : l'engagement au cœur de la mêlée. Les institutions militaires, fussent-elles celles de la France libre, éprouvèrent quelque difficulté à intégrer cette nouvelle donne dans leur vision du combat. L'interrogation de Paul Schmidt - qui pensait très probablement au moment où il la formulait à la situation précaire de son assistante, Anne-Marie Bauer -, est hautement révélatrice du problème inattendu que posait l'engagement des femmes, de la difficulté à intégrer cette donnée nouvelle en rupture avec la conception traditionnelle de la guerre.

Le même écart entre la part prise par les femmes dans le combat clandestin et sa reconnaissance institutionnelle peut être constaté dans l'attribution des Croix de la Libération. Sur les 1036 Croix décernées à titre individuel, on a souvent relevé que les femmes avaient été placées au régime de la portion congrue : six femmes en tout et pour tout, soit un demi pour cent de l'effectif total honoré par cette très haute distinction. La disproportion peut se concevoir en ce qui concerne les forces purement militaires de la Résistance extérieure qui ne comptent qu'une femme dans leurs rangs, Marie Hackin morte dans le torpillage du « Jonathan Holt » au large du Cap Finistère en février 1941. Elle est plus surprenante pour ce qui regarde la Résistance intérieure puisque 5 femmes côtoient 152 hommes : Berthie Albrecht, Laure Diebold, Marcelle Henry, Simone Michel-Lévy, émilienne Moreau-Evrard. Du moins, ces cinq femmes-là ont-elles en commun des itinéraires véritablement hors du commun tant l'Ordre de la Libération poussa l'exigence d'excellence à son degré le plus élevé dès lors qu'il s'agissait des représentantes du sexe réputé faible. Leur moyenne d'âge relativement élevée - 38,6 ans en 1940 -, leur passé militant et engagé - émilienne Moreau avait été faite chevalier de la Légion d'Honneur et décorée de la Croix de Guerre à l'âge de 17 ans pour acte de bravoure militaire -, leur mutisme absolu - Marcelle Henry, Simone Michel-Lévy furent longuement torturées -, leur altruisme et leur lucidité - Berthie Albrecht et Laure Diebold renonçèrent à la quiétude d'un foyer douillet et, arrêtées, parvinrent à égarer leurs tortionnaires -, tout cela les désignait pour accéder à la dignité de Compagnon et pour représenter ainsi une communauté anonyme, silencieuse et peu soucieuse de voir ses mérites célébrés. Comme Claude Bourdet, lui-même Compagnon de la Libération, l'a écrit : « L'absence des femmes est [...] stupéfiante. Dieu sait pourtant qu'il y eut, à la direction de la Résistance, de nombreuses femmes qui jouèrent un rôle essentiel... ». Et d'ajouter : « ...on a l'impression que, en général, n'ayant pas de femmes dans les bureaux de Londres ou aux FFL, de Gaulle et les hommes de ses bureaux ont purement et simplement oublié cette moitié de l'humanité et de la Résistance »[27]. Si le décalage entre la participation effective des femmes à l'action résistante et les titres de Résistance qui leur furent attribués est moins flagrant pour les médaillés de la Résistance[28] et les Combattants volontaires de la Résistance, il est tout de même très net : sur 2 005 CVR recensés dans l'Hérault pour faits de résistance métropolitaine, on ne dénombre que 199 femmes[29].

Cette sous-représentation pourrait après tout passer pour normale si l'on tenait pour établi que la Résistance, dans la phase où ses rangs grossirent, c'est-à-dire tout bien pesé assez tard, fut perçue comme une affaire essentiellement militaire relevant par là-même de capacités plutôt masculines. L'argument est fort mais ne convainc qu'à demi. Un fait souvent décrit et, depuis peu, érigé en objet d'étude scientifique doit, en effet, être mis en parallèle avec le modeste tribut rendu aux femmes : il s'agit de l'empressement avec lequel les femmes suspectées d'avoir été complaisantes ou serviles envers l'occupant furent châtiées sitôt l'ennemi évanoui. Le contraste est tout bonnement saisissant entre la minceur de la reconnaissance institutionnelle de l'activité résistante des femmes et la vigueur des humiliations infligées sans délai à celles qui étaient devenues d'une certaine façon des indésirables. « Les femmes sont surreprésentées dans les affaires de dénonciations »[30] au lendemain de la Libération au moment même où une symbolique purificatrice les prend pour cibles exclusives à travers les phénomènes de la tonte des cheveux et de la nudité exposée. Sobrement et parcimonieusement représentées au tableau d'honneur de la Résistance, elles sont avec éclat clouées au pilori.

La pratique des sources orales par les historiens, le visionnage de la veillée chez les frères Grave pour un public plus large permettent d'une certaine façon de résoudre la question si fréquemment soulevée de l'effacement des femmes du panorama résistant. Dans ses profondeurs et pour le plus grand nombre, la résistance des femmes se fit de la place qui leur était échue et sur un mode d'intervention où l'efficacité se conjuguait avec la discrétion[31]. Ce serait commettre une lourde erreur que d'en inférer que leur participation fut marginale ou seconde.

Ce statut était difficilement conciliable avec la description d'un organigramme, du moins pour les mouvements de résistance. De façon significative, et pour ne prendre volontairement que des exemples de femmes ayant de notoriété clandestine exercé des responsabilités fortes, ni Berthie Albrecht, alter ego - ce qui n'est pas peu dire - et inspiratrice d'Henri Frenay, ni Lucie Aubrac, ni Annie Hervé n'eurent de fonctions bien définies au sein de leurs organisations. En temps de paix et d'exercice codifié de la démocratie, cet état de fait les aurait marginalisées. Mais la clandestinité obéissait à des règles de fonctionnement particulières. Le poids de chacun dépendait moins de ses attributions explicites que de sa capacité à façonner l'opinion d'autrui. « L'influence des autres pour former le jugement, considérable dans mon cas, ne s'était pas exercée jusque-là dans des délibérations suivies de décisions mais plutôt par imprégnation, celle que donne le contact presque quotidien entre personnes qui se font totalement confiance »[32] . Cette notation, d'autant plus intéressante qu'elle émane de Philippe Viannay, c'est-à-dire d'un homme qui fut de la poignée des créateurs et chefs de mouvement, peut être étendue à l'ensemble de la société résistante. Elle donne à la partition tenue par les femmes, à tous les degrés et jusque dans les strates les plus élevées de la clandestinité, un relief que les statistiques estompent comme mécaniquement[33].

Pour preuve, cette anecdote rapportée par Hélène Viannay. Présentes dès l'origine dans l'aventure qui allait donner vie au mouvement de résistance de zone nord Défense de la France, Génia Gemähling, Jacqueline Pardon et Hélène Viannay y ont tenu un rôle important, travaillant avec leurs camarades de combat masculins à en définir graduellement les orientations générales. Or, interrogées une quarantaine d'années après la Libération par une historienne menant enquête sur les femmes dans la Résistance, elles furent confrontées à une question simple qui les déconcerta et leur dessilla les yeux : « Quels articles avez-vous rédigés pour le journal ? ». Hélène Viannay et ses deux amies se regardèrent, réalisant soudainement qu'elles n'avaient jamais écrit une ligne du journal ! Il est décidément des domaines où chiffres et statistiques sont impuissants à rendre compte de la réalité.

Quant aux représentations mentales dominantes dans la France issue des années noires, on empruntera, pour les évoquer, à la plume d'un romancier néophyte, frais émoulu de la Résistance, historien de métier, Henri Michel. Dans un roman intitulé Quatre années dures (1940-1944), qu'il avait achevé de rédiger en septembre 1944 et qui fut publié chez Grasset en 1945, le romancier titrait le chapitre relatant la visite à Toulon de Pétain en novembre 1940 : « L'opinion femelle et servile ». Décrivant un personnage féminin ânonnant la Marseillaise, le narrateur observait placidement : « ... elle y met tout son coeur de femelle consentante »[34]. Évidemment, le propos relevait et relève de la licence du romancier, qui se trouvait être par ailleurs un « acteur éminent de la Résistance varoise »[35]. Le stigmatiser n'aurait aucun sens. Il est plus intéressant de prendre acte du fait que le langage romanesque, celui qui laisse le plus de liberté et exprime avec le moins de retenue l'état d'esprit en vigueur à un moment donné, portait à tout le moins témoignage que la différence des sexes n'était pas un vain mot. Rendant compte du voyage de Pétain, le Petit Journal titrait d'ailleurs quatre ans plus tôt sur huit colonnes : « Avec tout l'élan de son âme généreuse, marseille s'est donnée au maréchal pétain, Vivant symbole de la France rénovée ».

Vocabulaire et métaphores, empruntés au registre de la sexualité, suggèrent que l'abandon des femmes en forme de renoncement à leur libre arbitre n'était probablement jamais très éloigné alors des esprits masculins. La défaite elle-même, celle d'une France qui « se couche » face à l'envahisseur quand l'honneur commanderait de « se dresser « devant lui, est fréquemment décrite en faisant référence à des attitudes supposées plus féminines que masculines[36]. Le fantasme balaie ici la réalité comme fétu de paille. Donne-t-il, même de loin, la mesure de l'engagement d'une Marguerite Gonnet, d'une Berthie Albrecht ou d'une Suzanne Buisson ? Il est permis d'en douter. Contrairement à des clichés tenaces, le don de soi des femmes résistantes était un acte volontaire et réfléchi, qui n'allait pas sans une conscience aiguë des dangers multiples afférents à ce franchissement du Rubicon qu'était l'entrée en clandestinité. Compte tenu des pesanteurs sociologiques et des contraintes domestiques qui les entravaient, leur entrée en Résistance découla d'une volonté bien arrêtée de faire quelque chose.

La difficulté à penser réellement la place des femmes dans la Résistance cinquante ans plus tard démontre que nous n'avons pas fini d'épuiser une histoire qui se présente volontiers en trompe-l'œil et qui exige pour cette raison même une approche diversifiée, croisée, qui n'hésite pas de surcroît à se faire intimiste et intuitive. C'est une démarche qui n'est pas familière aux historiens sans doute mais c'est à ce prix qu'on pourrait peut-être rompre avec un type de questionnement positiviste, au sens commun et étroit du terme, qui condamne à tourner en rond. à l'antienne : « les femmes ont-elles résisté autant que les hommes ? », à la ritournelle pétrie de bons sentiments : « comment se peut-il que leur action ait été à ce point minorée ? », il faudrait peut-être substituer une autre interrogation : « comment ont-elles résisté? ». Du seuil de la porte vis-à-vis des éléments étrangers au foyer - en temps de guerre, puis la paix rétablie -, du cœur du foyer familial pour le cercle des intimes, en se jetant à corps perdu dans une lutte à la vie à la mort pour certaines d'entre elles. Telles sont les trois pistes qu'il pourrait être fécond d'explorer, sans esprit de système et tous sens en éveil[37].


Notes :

[1] Stanley Hoffmann, « Chagrin et pitié ? », dans Essais sur la France. Déclin ou renouveau ?, Paris, Seuil, 1974, p. 77.
[2] Sur ce film qui défraya la chronique, se reporter à l'analyse d'Henry Rousso, Le syndrome de Vichy de1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990, (coll. « Points Histoire »), pp. 121-136.
[3] Stanley Hoffmann, art. cit. supra, p. 82.
[4] Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié, Paris, Alain Moreau, 1980, p. 139.
[5] Ibid., p. 140.
[6] Je reprends ici une expression et un concept dont la paternité revient à Harry R. Kedward dans une intervention orale faite au colloque de Toulouse, publié sous la direction de Jean-Marie Guillon et Pierre Laborie, Mémoire et histoire : la Résistance, Toulouse, Privat, 1995.
[7] Jean Cassou, La mémoire courte, Paris, Minuit, 1953, p. 29.
[8] Sur cette nécessaire définition de la Résistance entendue en son sens large afin de mieux y cerner la part des femmes, consulter Paula Schwartz, « Redefining Resistance : Women's Activism in Wartime France », dans Margaret Randolph-Higonnet (dir.), Behind the Lines : Gender and the two World Wars, New Haven/ Londres, Yale University Press, 1987, pp. 141-153.
[9] Comme l'écrit Hélène Eck : « La Résistance souvent naît et vit au foyer », Histoire des femmes, tome 5 : Françoise Thébaud (dir.), Le XXe siècle, Paris, Seuil, 1992, p. 206.
[10] Harry Roderick Kedward, Naissance de la Résistance dans la France de Vichy. Idées et motivations, 1940-1942, Paris, Champ Vallon, 1989, p. 226.
[11] Jules Michelet, Histoire de France, tome 13, 1847, rééd. Ed. Rencontre, 1967, p. 316.
[12] Ibid., p. 317.
[13] Harry Roderick Kedward, Naissance..., op. cit., p. 227.
[14] Harry Roderick Kedward, « STO et maquis », dans La France des années noires, tome 2, Paris, Seuil, 1993, p. 280.
[15] Se reporter à Dominique Veillon, « La vie quotidienne des femmes », dans Jean-Pierre Azéma, François Bédarida (dir.), Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992, pp. 629-639.
[16] Ces expressions sont de John Steinbeck lorsqu'il décrit, dans Les raisins de la colère, Ma Joad : «  She seemed to know, to accept, to welcome her position, the citadel of the family, the strong place that could not be taken  ».
[17] Jean-Louis Crémieux-Brilhac (dir.), Les voix de la Liberté. Ici Londres, 1940-1944, tome 4, Paris, La Documentation française, 1975, pp. 238-239.
[18] Pour réfléchir aux enseignements de la forte disproportion entre les représentativités masculine et féminine, consulter Jacqueline Sainclivier, « Sociologie de la résistance : quelques aspects méthodologiques et leur application en Ille-et-Vilaine », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n° 117, janvier 1980, pp. 42-43.
[19] Cf. Marie Granet, Henri Michel, Combat, histoire d'un mouvement de résistance de juillet 1940 à juillet 1943, Paris, PUF, 1957.
[20] Dominique Veillon, Le Franc-Tireur. Un journal clandestin, un mouvement de résistance, 1940-1944, Paris, Flammarion, 1977.
[21] Olivier Wieviorka, Destins d'un Mouvement de Résistance : Défense de la France, thèse de doctorat, Université de Paris I, mai 1992, 2 tomes.
[22] Renée Bédarida, Les Armes de l'Esprit, Témoignage chrétien, 1941-1944, Paris, Les Éditions ouvrières, 1977.
[23] Alya Aglan, Mémoires résistantes. Histoire du Réseau Jade-Fitzroy, 1940-1944, Paris, Cerf, 1994, p. 47.
[24] Hélène Eck, op. cit., pp. 209-210.
[25] AN, papiers du BCRA, courrier n° 4 de MX.22 du 22 septembre 1942 arrivé le 18 novembre 1942, p. 5.
[26] Témoignages de Raymond Aubrac et de Marguerite Gonnet recueillis par mes soins. La fermeté d'âme de Madame Gonnet est attestée par sa déclaration devant le commissaire de police de la sûreté de Grenoble qui l'interroge, le 18 avril 1942, jour de son arrestation. Se déclarant « fervente et imprudente gaulliste », elle affirme : « Je ne veux vous donner aucune réponse relative à l'affaire qui vous occupe actuellement. Tout ce que j'ai pu faire, je l'ai fait par amour pour mon pays et avec l'entière approbation de ma conscience ». Acte d'accusation du 13 mai 1942, Archives de la justice militaire, Le Blanc (Indre).
[27] Claude Bourdet, L'aventure incertaine. De la Résistance à la Restauration, Paris, Stock, 1975, p. 399.
[28] Instituée par un décret du 9 février 1943, destinée à reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l'Empire et à l'étranger, auront contribué à la Résistance du peuple français contre l'ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940, la Médaille de la Résistance fut attribuée à 48 000 personnes environ. Les femmes représentent 10% de cet effectif.
[29] Hélène Chaubin, « Femmes résistantes en Languedoc méditerranéen », dans La Résistance et les Français, Université de Toulouse-Le Mirail, 1993, pp. 383-393. (Préactes du colloque international tenu à l'Université de Toulouse-Le-Mirail, 16-18 décembre 1993).
[30] Philippe Burrin, La France à l'heure allemande, 1940-1944, Paris, Seuil, 1995, p. 215.
[31] Se reporter par exemple à la livraison des Cahiers de l'IHTP, n° 25 d'octobre 1993 relative aux notes de prison de Bertrande d'Astier de la Vigerie (15 mars-4 avril 1941).
[32] Philippe Viannay, Du bon usage de la France. Résistance. Journalisme. Glénans, Paris, Ramsay, 1988, p. 93.
[33] L'approche sérielle appliquée aux femmes a fait un temps figure de solution pour résoudre les problèmes spécifiques que pose leur histoire. Elle venait après les approches juridique, biographique et celle qui privilégiait le quotidien, le domestique et le privé, bref les « moeurs ». Lire l'analyse de Christiane Klapish-Zuber, « Le médiéviste, la femme et le sériel », dans Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Marseille, Ed. Rivages, 1984, pp. 38-47.
[34] Henri Michel, Quatre années dures (1940-1944), Paris, Grasset, 1945, p. 77.
[35] Jean-Marie Guillon, « La Résistance provençale : un processus méridional ? », dans Annales du Midi, n° 199-200, juillet-décembre 1992, p. 388.
[36] Dans l'hommage qu'il prononça le 16 juin 1969 lors des obsèques d'Emmanuel d'Astier, Pascal Copeau eut recours à une image de ce type : « Emmanuel d'Astier disparaît dans la fleur de l'âge : il était né véritablement en 1940. Non pas que des quarante premières années de sa vie fussent absents cette intelligence, cette élégance, ce talent. Cependant, sans le savoir, il attendait le foudroiement de la transfiguration. Voici la débâcle, la démission générale : chacun estime qu'il est urgent de se coucher. Alors d'Astier déploie son grand corps, il choisit de se lever ».
[37] Pour une synthèse relative aux apports de l'introduction de la distinction sociale des sexes dans le champ historique, lire Olwen Hufton, « Femmes/Hommes : une question subversive », dans Jean Boutier et Dominique Julia (dir.), Passés recomposés. Champs et chantiers de l'histoire, Paris, Autrement, 1995, pp. 235-242.

 

 

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